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Le mythe de la discrimination salariale

Publié le 08 mars 2010 par Copeau @Contrepoints

Le mythe de la discrimination salariale

Titrer un article de journal « Les femmes gagnent 20% de moins que les hommes pour effectuer le même travail » est parfaitement et abusivement biaisé. Certes, c'est une phrase choc qui permet d'attirer facilement l'attention, mais la logique et les statistiques rappellent qu'il y a beaucoup de choses à tenir en compte avant de lancer l'anathème sur les entrepreneurs supposément machistes ou sur une société entière prétendument discriminante.

Les femmes reçoivent-elles un salaire inférieur en raison de leur sexe ? Tout au long de cette journée du 8 mars, « Journée internationale des droits de la femme », la réponse donnée à cette question aura été presque certainement positive et il est à parier qu'ils auront été nombreux les médias et les politiciens pour dénoncer cette « intolérable » discrimination – les femmes gagneraient jusqu'à un quart moins qu'un homme pour le même travail ! Mais cette dénonciation se fonde-t-elle réellement une base solide ?

Ces dernières années, de nombreuses études démontent justement cette idée généralement admise et montrent que les entreprises ne discriminent nullement les femmes et que les différences de salaires observées s'expliquent parfaitement par les différentes évolutions des carrières professionnelles selon le sexe. Ou pour le dire d'une autre manière : il n'existe pas de différence de salaire entre un homme et une femme à égalité de conditions (même niveau d'études, âge, expérience professionnelle, charges familiales, parcours professionnel, etc.) Or ce qui se passe de manière générale (rappelons qu'il s'agit seulement d'une question statistique, avec toutes les exceptions que l'on peut désirer), c'est que les hommes et les femmes ne participent pas de la même manière au marché du travail. C'est pourquoi mesurer en bloc ce que gagnent les hommes et les femmes n'a aucun sens économique (même si l'on se focalise sur un secteur précis d'activité ou sur un certain niveau d'études). Si l'on n'introduit pas d'autres variables (fondamentalement la situation familiale et le parcours professionnel), les chiffres ne pourront qu'être biaisés.

Tenir compte donc de ces multiples variables qui modèlent le marché du travail, voilà ce qui a été fait dans deux des études les plus citées ces dernières années sur ce sujet. Dans la première, « Why Laura isn't CEO », Marianne Bertrand, a analysé, pour le compte de la University of Chicago Booth School of Business, l'évolution des salaires des diplômés MBA (destinés à devenir des cadres). Dans la seconde, « What Do Wage Differentials Tell Us about Labor Market Discrimination ? », June O'Neill a étudié pour le National Bureau of Economic Research les raisons qui expliquent les différences de salaires entre hommes et femmes. Dans les deux cas, les conclusions furent identiques : il n'y a pas de différence quand les conditions sont identiques.

C'est ainsi que, par exemple, O'Neill a observé qu'aux États-Unis, en comparant les salaires des hommes et des femmes âgés de 35 à 45 ans, célibataire et sans enfant, celles-ci gagnaient légèrement plus. Alors que de son côté Bertrand explique que les différences de salaire s'expliquent principalement en tenant compte de l'expérience professionnelle et du nombre d'heures travaillées, sans que le sexe de l'employé représente un quelconque signification. Comment comprendre alors les chiffres régulièrement avancés qui assurent que les femmes gagneraient de 20 à 25% moins que les hommes ? Parce que les hommes et les femmes n'ont pas la même expérience professionnelle ni ne travaillent le même nombre d'heures. Et cela essentiellement parce que tel était le choix de ces femmes.

Par ailleurs, l'étude réalisée pour la Chicago Booth University, qui se concentre uniquement sur les diplômés MBA (en théorie les plus susceptibles de connaître hauts salaires et brillantes carrières) montre que 10 ans après avoir reçu leur diplôme, 16% des femmes ne travaillent pas ou plus (parce qu'elles préfèraient se consacrer à leur famille), contre 1% des hommes. Mais en plus 92% des hommes travaillaient à temps plein contre 62% des femmes. Et si l'on s'attache au temps de travail presté, on observe qu'après avoir été égal un an après la remise des diplômes celui-ci est, 10 ans plus tard, devenu de sept heures hebdomadaires supérieur en ce qui concerne les hommes (56,7 heures contre 49,3 pour les femmes).

Voilà le genre de différences de comportement sur le marché du travail qui expliquent le salaire moyen supérieur des hommes par rapport à celui des femmes, et non le sexe. Et voilà pourquoi les femmes quadragénaires célibataires américaines gagnent un peu plus que leurs homologues masculins. En effet, s'agissant de deux échantillons homogènes, on peut supposer ses membres ont eu un comportement similaire d'un point de vue professionnel et que, par conséquent, les salaires sont équivalents. Comme le montre le professeur Mark Jerry, de l'Université du Michigan, l'âge, le mariage et les enfants expliquent pratiquement toute la différence de salaire entre homme et femmes. Et intuitivement, on discerne bien la logique que l'expérience corrobore. Plusieurs exemples de facteurs expliquant la différence salariale :

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la dangerosité de la tâche qui fait que ce sont plutôt les hommes qui sont le plus enclins à se porter volontaires pour le service de nuit dans certains secteurs ;
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le travail à temps partiel est très majoritairement le fait de femmes ;
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les femmes, comme le démontre l'étude de Bertrand, font beaucoup plus souvent usage que les hommes de l'interruption de carrière (essentiellement pour élever des enfants en bas âge) ;
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toujours selon l'étude de Bertrand, les hommes tendent à choisir des carrières qui exigent plus de temps de travail, mais qui sont également plus rémunératrices (comme le secteur financier), alors que les femmes choisissent souvent d'autres secteurs moins rémunérateurs (comme le marketing).

La conclusion que l'on peut tirer de ces études est que titrer un article de journal « Les femmes gagnent 20% de moins que les hommes pour effectuer le même travail » est parfaitement et abusivement biaisé. Certes, c'est une phrase choc qui permet d'attirer facilement l'attention, mais la logique et les statistiques rappellent qu'il y a beaucoup de choses à tenir en compte avant de lancer l'anathème sur les entrepreneurs supposément machistes ou sur une société entière prétendument discriminante.


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