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Jean de La Ville de Mirmont - Les dimanches de Jean Dézert

Publié le 14 mars 2010 par Siheni
Jean de La Ville de Mirmont - Les dimanches de Jean Dézert
Singulier destin, que celui de cet ancien condisciple et ami d'enfance de François Mauriac, qui ne l'oubliera jamais. Né à Bordeaux en 1886 d'une famille protestante de la vieille aristocratie landaise, l'enfant, de constitution délicate, est souvent malade, morose. Un solitaire. Il est de ceux dont on dit qu'ils ne feront pas de vieux os. En ce qui le concerne, aucun doute que la formule ne lui aille comme un gant, sauf que la santé de l'intéressé n'entrera guère dans les raisons que la Providence se donnera pour lui procurer un air de vérité. On l'a même cru, à un moment, près de perdre la vue. Un comble. Rien ne semble en effet retenir l'intérêt du petit Jean de La Ville de Mirmont comme la contemplation du ciel de Gironde, rarement occupé de nuages, à travers les vitres de sa classe. C'est d'ailleurs en ce lieu, propice, pour certains, au désespoir, qu'il tentera de se suicider en buvant de l'encre. Mais il n'en mourra pas, il est trop tôt, pas plus qu'il ne deviendra aveugle. Ce qui lui permet, adolescent, de rédiger ses premiers poèmes entre deux promenades au bord de sa chère Garonne. Plus tard, après le bac (obtenu avec mention), il s'inscrit aux facultés de lettres et de droit. Dans la première, il a pour professeur Fortunat Strowski. Ce dernier est un spécialiste émérite de Montaigne ; ce sera donc à l'auteur des Essais que Jean décidera de consacrer un mémoire. Nous voici alors en 1906. Cette année-là, licencié ès lettres, il devance l'appel. Il s'engage au 57ème régiment de ligne. Deux ans plus tard, cependant, il est réformé. Il en profite pour gagner Paris.
Il y renoue avec François Mauriac et André Lafon, un autre ami lointain. Il écrit inlassablement : des poèmes (qui seront retrouvés et rassemblés après sa mort sous le titre L'Horizon chimérique) mais aussi des contes (que des journaux lui achètent parfois). Et parce que la vie coûte cher, il est devenu en outre fonctionnaire. Il travaille en semaine au Bureau de l'assistance aux vieillards. Le reste du temps, après avoir écrit son content, il se promène, cherche des cantines bon marché. On l'aperçoit à Villejuif, à Vitry. Il acquiert un petit singe, qu'il baptise Caliban. Or Caliban tombe soudain malade. Alors, Jean de La Ville de Miremont l'étrangle pour lui éviter une douloureuse agonie. Et c'est à cette époque, semble-t-il, qu'il entreprend la rédaction des Dimanches de Jean Dézert, son unique roman. Le sujet en est aussi modeste que sa vie dont il reprend les grandes lignes. C'est l'histoire d'un rond-de-cuir qui vit dans une chambre rue du Bac (où lui-même a vécu) et s'ennuie ferme, mais comme beaucoup d'autres, avec résignation. Pour se distraire, " il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un "lavatory rationnel" de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien antialcoolique. Puis il consulte une somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 fr. 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditions musicales chez un pharmacien près de la gare du Nord. Je n'ai même pas la peine d'inventer " : ainsi conclut-il une lettre qu'il destine à sa mère. L'aventure de Jean Dézert se termine en 1914, au moment où la guerre éclate. A cause de sa myopie, Jean de La Ville de Mirmont se voit dispensé de service mais comme la paperasse lui pèse sérieusement, il n'aura de cesse que d'être mobilisé. Il finira par l'être en septembre. Le 8 il rejoint à Libourne le 57ème régiment d'infanterie avec le grade de sergent et part pour le front le 26. Le 28 novembre, à Verneuil-en-Champagne, un obus l'enterre vivant.
" La mort détruit, mais la vie dégrade ", écrit François Mauriac dans sa magnifique préface aux Dimanches de Jean Dézert. " Surpris dans l'attitude du combat, la tête levée, l'arme en avant, prêt à bondir... (...) La mort a fixé Jean de La Ville de Mirmont dans cette attitude, pour l'éternité. Sur la rive où nous aborderons un jour, nous reconnaîtrons d'abord ce jeune homme éternel. Mais lui, il ne nous reconnaîtra peut-être pas " .
Les Dimanches de Jean Dézert figurent au catalogue des éditions de la Petite Vermillon.

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