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Un spectacle Jaccottet/Pétrarque

Par Florence Trocmé

Jaccottet-Pétrarque / Être par nature
•le spectacle
Libre adaptation théâtrale inspirée du rapprochement des textes de Philippe Jaccottet (La promenade sous les arbres) et de François Pétrarque (L’Ascension du Mont Ventoux)
Mise en scène : Eric Pasturel, assisté d’Annick Garnier
Avec : Roger Pasturel, Eric Pasturel
Et : Michel Souyri (clarinettes)
Costumes : Claire Salmon-Legagneur
Visuel d’après une œuvre de Gérard Sighicelli : Huile/toile (détail), 2007.
Co-production Théâtre du Fenouillet
Durée du spectacle : 1h10.
Spectacle tout public.
Création au Théâtre du Fenouillet les 23 et 24 novembre 2007.
Disponible en tournée à partir de cette date.
Théâtre du Fenouillet, St Gervais-sur-Roubion (26160)
Tél. réservation : 04 75 53 84 74

Présenter côte à côte les textes de Pétrarque et de Jaccottet c’est explorer – autour de formes littéraires initialement non dramatiques et séparées de près de 700 ans – la construction et l’expression d’une relation intime avec la nature et, au-delà, la conception de l’homme qui s’élabore dans la naissance et l’affirmation de ce sentiment.
Dans une période contemporaine qui brouille les catégories identitaires et les rapports de distance physique au monde, quelle part de soi reste attachée à ces territoires intimes : émotion esthétique, recueillement, contemplation… ? Et, en contrepartie, comment le monde physique continue-t-il à s’inscrire chez l’homme ?

•les chemins
C’est du Mont Ventoux pour Pétrarque et des premiers contreforts des Préalpes drômoises pour Jaccottet dont il est question.
Les poètes choisis sont attachés à ces territoires, cet ancrage culturel et poétique se retrouve au cœur de leur littérature. Leur intérêt, leurs regards sur ces paysages ont guidé nos choix.
Entre Provence et Dauphiné, ces paysages sont ceux qui lient la compagnie à son territoire : lieux d’origine, lieux de résidence, lieux d’activité, lieux de mémoire... Au travers de l’évocation de ces lieux et des investissements dont ils sont l’objet, quels propos se construisent sur soi et sur le monde, cadre de nos existences et de nos interrogations ?
« Que de fois, aujourd’hui, j’ai tourné mes regards vers la cime du mont ! Et pourtant sa hauteur me paraît bien petite en comparaison de celle où peut prétendre la pensée humaine, si elle ne s’enfonce pas dans la fange des turpitudes de ce monde ! » Pétrarque. L’Ascension du Mont Ventoux, avril 1336

•les auteurs, les textes
Francesco Petrarque
L’Ascension du Mont Ventoux.
Traduction de Denis Montebello.
Editions Séquences.
« Ce que tu as tant de fois tenté aujourd’hui en escaladant cette montagne se répétera, pour toi et pour tant d’autres qui veulent toucher à la béatitude ; si les hommes ne s’en rendent pas compte facilement, cela vient du fait que les mouvements du corps sont visibles, tandis que ceux de l’esprit sont invisibles et cachés. »
Pétrarque. L’Ascension du Mont Ventoux.
François Pétrarque est un poète humaniste italien né à Arezzo (Toscane) le 20 juillet 1304. La famille de Pétrarque fuit l’Italie en 1311 pour se réfugier à Carpentras. Le jeune Pétrarque effectue des études de droit à Montpellier et Bologne. En 1325 il s’installe à Avignon où il réside de longues années et rencontre Laure de Noves à qui il consacrera ses meilleurs sonnets. Il se retire dans sa maison près de Fontaine de Vaucluse en 1341. En 1354, Pétrarque s’établit à Milan. Il meurt à Arqua en 1374.
Dans son Ascension du Mont Ventoux, Pétrarque, pris d’un désir d’élévation, nous conduit à suivre la quête d’un homme à travers la naissance de son sentiment pour la nature. Son jeune frère, qui l’accompagne, devient l’intercesseur de sa méditation poétique et spirituelle. L’enfance provençale de Pétrarque et son oeil de voyageur le prédisposaient à porter un regard vif sur le site naturel de sa jeunesse.
Philippe Jaccottet
La Promenade sous les arbres, 1957
Editions Bibliothèque des arts, Lausanne.
« À un moment donné, donc, je n'ai plus pu me contenter d'écrire des poèmes ; il a fallu que j'essaie de comprendre ces émotions et le rapport qui les liait à la poésie [...] Ainsi, ces textes ne sont pas des poèmes, mais des tâtonnements, ou parfois de simples promenades. »
Philippe Jaccottet, La Promenade sous les arbres
Philippe Jaccottet est né a Moudon (Suisse) en 1925. Il fait ses études de Lettres à Lausanne puis vit à Paris quelques années avant de s’installer à Grignan en 1953, dont le cadre naturel inspire profondément sa littérature.
Ses oeuvres en vers, ou en prose, comme « Paysages de Grignan » (1964, publié sous le nom de « Paysages avec figures absentes » chez Gallimard en 1970), ou ses « Notes du ravin » (2001)… sont autant de pistes ouvertes pour cultiver, à hauteur d’homme, les émotions et l’imaginaire qui le traversent, et restituer dans un murmure le pouvoir du monde sur les vivants.
Dans La promenade sous les arbres (1957), Philippe Jaccottet, poète, témoin sensible et émerveillé, promeneur, passant, observateur, accueille et saisit un monde qui n’est pas seulement ascensionnel mais à portée de main. Chaque description poétique d’un paysage à laquelle il s’attache, d’une parole simple, sans effusion, est une ouverture proposée à l’expression intime d’une manière d’être et d’habiter poétiquement le monde.
Son regard n’est pas tendu vers le ciel comme celui de Pétrarque, mais bien tourné vers la terre, où se dissimule ce « dieu perdu dans l’herbe

•Notes de mise en scène
Lire et travailler ces textes comme deux promenades.
Deux marches, deux démarches, un peu tremblantes mais enchantées ; comme un élan, un ton, un rythme, une façon de maintenir une parole entre un discours et une promesse.
Comment trouver l’harmonie, le bien vivre… Comment le regard que l’homme porte sur la nature influence sa vie. Les paysages d’élections, d’appartenance ont-ils une influence sur notre manière d’être au monde ?
Deux élans, traversés d’une étrange inquiétude qui donne à ces promenades une admirable tension.
Chez le jeune Pétrarque dans L’Ascension du Mont Ventoux, une sensibilité si neuve qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle perçoit et une conscience qui cherche une règle de conduite… une perfection, un rêve d’élévation.
Et chez Jaccottet, une manière d’appréhender la nature qui est un art de vivre, une quête spirituelle et poétique vers un même but : l’éthique de l’homme et sa tâche intime.
Les grandes questions que se posent les poètes, nous allons les poser aussi en apportant un regard particulier sur ces textes non destinés à la scène. Nous traiterons la problématique de l’acteur face à un récit poétique dans sa forme. Est-il besoin, comme le jeune Pétrarque franchissant des monts et des sommets, de rechercher dans l’effort une esthétique, un chemin dramatique pour faire parvenir un texte déjà très écrit ? Ou bien, en suivant Jaccottet, suffira-t-il de laisser vagabonder la parole à l’intérieur de nous, afin qu’elle traverse notre sensibilité, et comme la note la plus infime d’un instrument, arrive jusqu’au plus profond de notre être, pour nous emplir de cette parole poétique. Nous nous attacherons à privilégier les textes.
« Vivre la vie de tous les hommes avec les yeux bien ouverts ; regarder intensément le monde. »
Philippe Jaccottet, La promenade sous les arbres.
Objectifs de mise en scène
L’acteur est seul… Une voix monte alors. Quelque chose se donne à entendre, quelque chose qui ressemble à la splendeur de la vérité, mais qui ne dispense aucun feu sacré, seulement une très faible lueur qui n’apparaît que par éclairs ou éclaircies, et qui à l’image de l’aurore surgit. Comme un fil tendu entre la scène et la salle, fragile mais précis… Le texte seul… Au commencement, laisser des images vagabonder au-dedans du corps, donner à sentir des voix, celles des poètes. Pas à pas elles nous guident sur le chemin : une voix en écho sur la voie de l’autre. Créer un état de vibration entre ces deux textes. Comme si le corps était l’instrument d’une partition déjà très bien écrite pour laisser la place à la « voix juste » de l’auteur. Suivant Jaccottet, dans la plus grande nudité et la plus grande simplicité d’une tension vers l’autre, d’une attention tournée vers les autres, nous nous attacherons à privilégier l’esthétique de la retenue et de la discrétion. Et suivant les pas de Pétrarque, nous nous laisserons traverser par l’insouciance du jeune promeneur, à l’écoute de ses paysages intérieurs, de la vérité d’une voix capable de rendre au sensible toute sa valeur poétique.
L’acteur nous donne à voir le monde, à l’entendre et peut-être à nous y installer, à s’alléger, puis à s’élever pour toucher du doigt une nature, celle des poètes… celle des hommes.
« Alors, satisfait jusqu’à l’ivresse de la vue de cette montagne, je tournai les yeux de l’âme vers moi-même et, à partir de ce moment, personne ne m’entendit plus proférer un mot de toute la descente (…) »
François Pétrarque. L’ascension du Mont Ventoux

•Coordonnées utiles
Valérie Pasturel
Port. : 06 08 04 38 27
Courriel : [email protected]
Compagnie de la Montagne bleue
Mairie
26770 Rousset-les-Vignes
Tél. 04 75 27 72 06
Courriel : [email protected]


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