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The Blind Side de John Lee Hancock

Par Geouf

USA, 2009
Réalisation: John Lee Hancock
Scénario: John Lee Hancock
Avec: Sandra Bullock, Quinton Aaron, Tim McGraw, Lily Collins, Kathy Bates

Résumé : Michael « Big Mike » Oher est un adolescent noir n’ayant pas eu de chance dans la vie : pas de père, une mère droguée, pas de vraie maison (il squatte sur le canapé d’un de ses voisins), de grosses lacunes scolaires… Mais sa chance tourne lorsque sa route croise celle de la famille Tuohy et que la mère de famille, Leigh Anne (Sandra Bullock), décide de l’accueillir dans son foyer. Sa persévérance et sa détermination vont permettre à Michael de sortir de sa coquille et de commencer une nouvelle vie en rejoignant l’équipe de football du lycée…

Il existe parfois des mystères insondables dans la vie d’un cinéphile, des questions auxquelles on se demande si l’on aura un jour la réponse. The Blind Side est l’un de ces mystères. Impossible en effet à la vision de ce film de ne pas se demander comment un long métrage aussi insignifiant a pu s’attirer à la fois les louanges des critiques et les faveurs du public américain, au point de devenir un énorme succès surprise au pays de l’Oncle Sam. Et le pire, c’est que l’histoire semble sur le point de se répéter au Royaume-Uni, vu le plébiscite hallucinant de la quasi totalité de la critique locale.

Bien sur, The Blind Side n’est pas une purge immonde, ni un truc informe et irregardable. Mais c’est un film ne possédant aucune personnalité, et surtout absolument aucun enjeu. Et pourtant, il y avait vraiment matière à faire de cette histoire vraie un grand drame posant de vraies questions. Mais il semble que le scénariste et réalisateur John Lee Hancock (pourtant scénariste des magnifiques Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal et Un Monde Parfait de Clint Eastwood) a décidé de ne faire aucun usage des nombreuses pistes pouvant donner de l’intensité à son récit. Toutes les difficultés que pourraient rencontrer les personnages sont systématiquement aplanies comme par magie, les amorces de drame gommées implacablement, pour ne laisser au final qu’un long métrage débordant de guimauve écœurante. Michael a du mal à l’école ? Les gentils profs se mettent en quatre pour lui donner des cours privés et lui faire passer les exams à l’oral. Les camarades de classe de Collins (la fille adolescente de Leigh Anne) se moquent d’elle à cause de la présence de Michael dans son foyer? Il suffit qu’elle le voie pousser deux petites filles sur leurs balançoires pour que tous ses doutes s’envolent en un instant. Michael peine à trouver ses marques dans l’équipe de football de l’école ? Leigh Anne lui fait un petit speech et il se met à jouer comme un dieu…

The Blind Side de John Lee Hancock

Plus agaçant encore, le film lance de très nombreuses pistes de réflexion passionnantes qui sont soit abandonnées au bout de deux minutes (le racisme latent de la population blanche riche de la ville, le fossé entre la richesse des quartiers blancs et la misère des quartiers noirs), soit carrément inexploitées (le traumatisme de l’enfance de Michael, ses relations avec les gangs). Le film ressemble en cela énormément au Juno de Jason Reitman, balayant d’un revers de main tous les éléments pouvant donner lieu à des enjeux scénaristiques intéressants. On en vient du coup à se détacher progressivement de ce qui se passe à l’écran et à se douter honnêtement de la réalité des faits. Un comble pour un film affichant fièrement « tiré d’une histoire vraie » (jusqu’à montrer des photos des protagonistes réels dans le générique de fin)…

Du coup, que reste-t-il à sauver ? Tout d’abord, il faut tout de même bien avouer qu’on se laisse relativement prendre au jeu et que les deux heures de projection passent presque sans douleur. Une réussite relative à mettre au crédit de Sandra Bullock, qui porte littéralement le film sur ses épaules. Sa prestation ne méritait pas forcement un oscar (même s’il s’agit certainement de son meilleur rôle à ce jour), mais le tour de force par lequel elle parvient à maintenir la barque à flots se doit d’être souligné. Sa conviction et sa gouaille font du personnage de Leigh Anne un être extrêmement attachant, et sa relation avec Michael (Quinton Aaron, qui déploie un jeu tout en finesse) est la partie la plus réussie du film. Certaines scènes fonctionnent plutôt bien, comme le défilé des recruteurs à la maison des Tuohy pour démarcher Michael, ou encore le début de l’interview de Michael par un membre de la NCAA (National Collegiate Athletic Association, association régulant et organisant les programmes sportifs des universités américaines) pour vérifier si les Tuohy n’ont pas « acheté » le jeune homme pour lui faire intégrer l’université qu’ils sponsorisent (encore une piste passionnante abandonnée trop vite malheureusement).

The Blind Side de John Lee Hancock

Mais les gimmicks agaçants (le gamin de la famille, tout simplement insupportable), ainsi que le trop plein de guimauve (tout de même compensé par de l’humour régulier), finissent malheureusement par lasser même le spectateur le plus bienveillant. The Blind Side s’effondre dans sa dernière partie, et c’est légèrement écœuré par tant de bon sentiments que l’on ressort de la salle.

Note : 4/10

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