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Mahmoud Darwich -palestinien planétaire-Paix

Par Caraffa

Mahmoud Darwich -palestinien planétaire-Paix

“Journal”

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Al-Ayyam, 17 juin 2007 

Nous fallait-il tomber de si haut et voir notre sang sur nos mains... pour nous apercevoir que nous n’étions pas des anges... comme nous le pensions ?

Et nous fallait-il aussi dévoiler nos tares en public, afin que notre vérité ne demeure plus vierge ?

Comme nous avons menti lorsque nous avons dit : nous sommes une exception !

Te prendre au sérieux est pire que de mentir aux autres !

Montrer de l’amabilité envers qui nous hait et de la dureté envers qui nous aime, témoigne de la servilité du vaniteux et de l’arrogance du misérable !

Ô passé ! Fais que nous ne changions pas... à mesure que nous nous éloignons de toi !

Ô futur : ne nous demande pas : Qui êtes-vous ? Et que voulez-vous de moi ? Nous non plus ne le savons pas.

Ô présent ! Témoigne-nous d’un peu d’indulgence, nous ne faisons que passer notre chemin, passants importuns !

L’identité, c’est ce que nous laissons en héritage et non pas ce dont nous héritons, ce que nous inventons et non pas ce dont nous nous souvenons. L’identité, c’est la perversité du miroir qu’il nous faut briser chaque fois que l’image reflétée nous séduit !

Il a mis son masque, rassemblé son courage, et a tué sa mère... parce que c’est elle qu’il a pu trouver comme gibier... et parce qu’une soldate l’avait arrêtée, s’était dénudé les seins devant lui, et lui avait demandé : est-ce que ta mère en a de pareils ?

N’étaient la pudeur et les ténèbres, je me serais rendu à Gaza, sans être instruit ni du chemin qui mène à la demeure du nouvel Abu Sufiane[1] ni du nom du nouveau prophète !

Et si Muhammad n’était pas le Sceau des Prophètes,[2] chaque bande aurait eu son prophète et chaque compagnon sa milice !

Juin nous a ravis en sa quarantième commémoration : si nous ne trouvons pas celui qui peut nous vaincre à nouveau, nous nous imposerons la défaite à nous-même, de nos propres mains, afin de ne pas oublier !

Malgré ton assiduité à fouiller mes yeux... tu n’y rencontreras pas mon regard. Il est l’otage d’un scandale !

Mon cœur n’est pas à moi... ni à personne. Il s’est détaché de moi, sans se changer en pierre.

Sait-il, celui qui proclame par-dessus la dépouille de sa victime-son frère : “Dieu est le plus grand”, sait-il qu’il est un mécréant parce qu’il se représente Dieu à son image à lui : plus petit qu’un être humain de constitution normale ?

Le prisonnier convoitant d’hériter de la prison a dissimulé le sourire de la victoire devant la caméra. Mais il n’a pas réussi à

contenir la joie qui ruisselait de ses yeux.

Peut-être parce que le texte impétueux était plus fort que l’acteur.

Quel besoin avons-nous des narcisses puisque nous sommes Palestiniens ?

Et tant que nous ne savons pas différencier la mosquée (jâmi‘) de l’université (jâmi‘a), tous deux participant de la même racine linguistique, quel besoin avons-nous d’un Etat... puisque celui-ci et le temps fuient vers un même destin ?

Une grande banderole à la porte d’une boîte de nuit : Bienvenue aux Palestiniens de retour du front. L’entrée est gratuite ! et notre alcool ne saoûle pas... !

Je ne peux défendre mon droit au travail comme cireur de chaussures sur le trottoir. Parce qu’il est du droit de mes clients de me prendre pour un voleur de chaussures - c’est ce que m’a dit un professeur d’université... !

“Moi et l’étranger contre mon cousin. Et moi et mon cousin contre mon frère. Et moi et mon cheikh contre moi-même.”[3] Telle est la première leçon d’éducation civique, nouvelle version, dans les cachots enténébrés.

Qui entrera au paradis le premier ? Celui tué par les balles de l’ennemi ou celui qu’ont tué les balles d’un frère ? Certains jurisconsultes disent : Il est possible que tu trouves un ennemi en celui qui fut enfanté par ta mère.. !

Les fondamentalistes ne m’exaspèrent pas, ils sont croyants à leur manière. Ceux qui m’exaspèrent ce sont leurs partisans laïques, leurs partisans athées, dont la foi ne sacrifie qu’à un dieu unique : leur image à la télévision.. !

Il me demande : Un garde affamé se doit-il de défendre une maison dont le propriétaire est parti passer ses vacances d’été sur la Riviera française ou italienne.. peu importe laquelle ?

Je dis : Non, il ne doit pas la défendre... !

Et il me demande : Est-ce que moi + moi = deux ?

Je dis : Toi et toi cela fait moins qu’un... !

Je n’ai pas honte de mon identité, elle est encore en voie de création. Mais j’ai honte de certains extraits des Prolégo

mènes d’Ibn Khaldoun.[4]

Dès cet instant, “tu” est un autre !

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