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Ikigami, élève brillant.

Par Nemotaku
Ikigami, élève brillant.

Lancé via une forte campagne promotionnelle allant jusqu'à toucher certains magazines grand public, Ikigami est visiblement un manga clé de la politique éditorial d'Asuka. L'éditeur allant jusqu'à mettre en ligne un site officiel dédié et à s'associer avec Oui FM et 13ème rue pour sa promotion. Après 5 volumes, il est heureux de constater que tout cela est au service d'une bonne cause. En effet, Ikigami est un titre comme on aimerait que les éditeurs les mettent plus souvent en avant.

Ikigami, élève brillant.

Bal tragique, 1 mort.

Avant de se concentrer sur ses personnages principaux, Ikigami nous narre l'Histoire d'un Japon à la dérive. Le pilier central de ce pays est devenu la loi pour la Prospérité Nationale. Via une procédure soigneusement pensée et impeccablement mis en place, chaque enfant du pays se voit contraint à son entrée à l'école de subir une injection contenant différents vaccins. Mais dans une seringue sur 1000 se trouve également une microcapsule, sorte de bombe à retardement qui éclatera immanquablement lorsque son porteur aura entre 18 et 24 ans. Quelques jours avant celui fatidique, un porteur rattaché à la fonction publique se voit remettre l'ikigami, le préavis de décès, qu'il doit remettre à son propriétaire 24h avant.

Ikigami, élève brillant.

Ikigami est ainsi une succession d'histoires de personnes le recevant. On suit les jours précédant sa remise puis la dernière journée du condamné. Composés de plusieurs chapitres, chaque cas est unique et le seul lien entre eux est le maigre fil rouge constitué par la vie de Fujimoto, un porteur d'ikigami – héros de l'histoire. La plus grande réussite de ce manga tient dans la gestion impeccable de cette complexité scénaristique. Chaque cas étant différent, il est bluffant de constater que non seulement le manga arrive à tenir le rythme en rendant tous ses destins intéressants et émouvants mais également que la profondeur de l'univers dépasse l'addition de tous ces cas particuliers.

C'est aussi là , pour le moment et paradoxalement, que réside sa plus grande faiblesse car les receveurs de l'ikigami sont bien plus intéressants à suivre dans leur funeste sort que Fujimoto dont la personnalité assez neutre voire complètement fade ressort trop peu et de façon assez maladroite dans ses 5 premiers volumes. La simplicité apparente de ce personnage en faisant un élément bien moins captivant que l'univers dans lequel il évolue.

Prise de conscience.

Car petit à petit, de cas en cas, l'on s'aperçoit de la perversité absolue du système qui régente ce Japon imaginaire. En fondant sa nation sur la toute puissance de sa loi pour la Prospérité nationale, le Japon d'Ikigami se révèle au fur à mesure beaucoup plus proche d'une dictature puissante imposant graduellement à chacun de ses citoyens une approche totalement sectaire de la pensée. Le plus fascinant étant les processus mis en place pour faire accepter sans jamais réellement forcer cette situation à la société : pourcentage faible de condamnés donnant l'impression que cela ne nous touchera pas, attribution de bourses aux familles, honneurs rendus aux condamnés, ....

Or, le lecteur ne prend pas conscience immédiatement du pouvoir de tous ces mécanismes qui ne servent qu'à cacher les ombres qui noircissent la société d'Ikigami : justice expéditive pour les « élements dégénérés », censure de la presse, police de la pensée... C'est là aussi, par bribes, par allusions, par petites touches réparties au fond de chaque histoire que Ikigami construit son univers effrayant et kafkaïen. Au delà de la maîtrise du récit et du dessin, c'est l'intelligence du propos et des messages véhiculés qu'on retiendra de ce manga. Asuka ne s'y est d'ailleurs pas trompé ce qui l'a poussé à joindre en fin du premier volume une analyse très intéressante des premiers chapitres et de l'univers qui y est introduit.

Ikigami, élève brillant.

Lire un volume d'Ikigami c'est d'ailleurs accepter de se soumettre à cet univers gris à l'ambiance très lourde où la voie vers la lumière semble inaccessible et surtout complètement incertaine. C'est également vivre et réfléchir sur les destins de héros d'une tragédie qui immanquablement se termine au bout de quelques chapitres.

A ce titre, le dernier condamné du chapitre 5 est à mon sens le plus passionant puisqu'il s'agit de suivre l'histoire d'une famille totalement intégré dans le système et cherchant par tous les moyens à participer à sa défense. La venue de l'ikigami ne semble pas à première vue bouleverser la famille qui … est ivre de joie de pouvoir servir la nation. Cette réaction complément abberante de notre point de vue est le point de départ d'une dénonciation par l'absurde en règle du système sans qu'aucun des personnages ne s'en rendent vraiment compte. Fascinant et très encourageant pour la suite surtout que la vie de Fujimoto semble enfin avoir un peu de piquant.

Ikigami, élève brillant.

Intelligent, puissant, les adjectifs manquent pour décrire Ikigami qui est un manga de très haut niveau qu'on pourrait presque comparer, toutes proportions gardées, à 1984 de Georges Orwell. Une dénonciation brutale par l'immersion dans une société dictatoriale imaginaire dont les réflexions peuvent inspirer notre réalité. Maîtrisé de bout en bout, ces 5 premiers volumes sont plus qu'encourageant pour la suite. Si certains regretteront à coup sûr l'empilement des histoires sans liens véritables entre elles et un héros encore trop transparent pour être intéressant, il serait franchement dommage de passer à coté un des meilleurs mangas adulte disponible à l'heure actuelle.


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