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Schubert et l'alto

Publié le 16 avril 2010 par Philippe Delaide

Je trouve que le disque que l'altiste Antoine Tamestit a consacré à Franz Schubert est une véritable réussite. Avec la collaboration du pianiste Markus Hadulla et de la soprano Sandrine Piau, il nous invite à visiter autrement l'univers du compositeur autrichien.

Le premier angle de lecture intéressant réside dans la transposition pour alto de la fameuse sonate en la mineur pour arpeggione. L'alto apporte une projection, des couleurs et une pureté de ligne très spécifiques et qui nous révèlent cette superbe sonate sous une tout autre lumière, plus franche, plus nette qu'avec le violoncelle. Le jeu d'Antoine Tamestit évite fort justement de tomber dans les pièges d'une démarche qui serait trop démonstrative. La lecture est sensible et d'une certaine noblesse de ton.

Schubert Arpeggione & lieder

Viennent ensuite une série de lieder où l'alto se substitue à la voix. On est là certainement au centre de l'approche originale de cet album, à savoir décliner les différentes formes du chant et du lyrisme schubertien. J'ai particulièrement été marqué à quel point cette version révèle la beauté et l'intemporalité du lied "An den mond" qui, dans sa composition vocale d'origine, accompagne un texte de Goethe. Il est intéressant de noter comme l'alto peut, grâce à son ambitus assez large, proposer un registre aussi étendu que la voix et traduire, avec un fin contrôle du vibrato, de belles émotions. L'absence de texte conduit à plus de linéarité dans le déroulement du chant mais aussi à plus d'ampleur, la ligne mélodique étant libérée des contraintes de l'articulation du texte.

Le disque se termine par des lieders cette fois vraiment chantés. C'est Sandrine Piau, d'une justesse toujours aussi éblouissante, qui vient apporter sa lecture aérienne et d'une belle plasticité, même si elle semble un peu moins à l'aise (et on peut le comprendre) sur le phrasé allemand que sur l'italien. Ici la voix humaine et celle de l'alto ne substituent pas, ni ne s'opposent d'ailleurs, mais dialoguent non sans une certaine sensualité. Leur interprétation du fameux "Der hirt auf dem felsen" est tout à fait convaincante et d'une tendresse indéniable.

Ce disque repose sur un projet cohérent et d'une belle intelligence. Il nous permet d'explorer les mystères d'une forme de convergence entre les cordes vocales et celles d'un instrument qui opère sur un registre insuffisamment exploré car encore trop jugé comme intermédiaire. Les pièces choisies révèlent un Schubert introspectif et d'une douceur inouïe. D'aucuns n'apprécieront peut-être pas le tempo assez souvent étiré des différentes interprétations que comprend cet album et rechercheront plus de nervosité. ON ne peut toutefois nier le jeu fin et délicat des trois protagonistes et qui nous plonge dans une atmosphère d'un raffinement extraordinaire avec, je trouve, une évocation assez nette du monde nocturne.

Schubert - Arpeggione & lieder - Antoine Temstit (alto) - Sandrine Piau (soprano) - Markus Hadulla (piano) - label Naïve.

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Coup de coeur du Poisson Rêveur.

Je propose comme extraits la version "altiste" du lied "An den mond" que l'on peut "opposer" à celle de Dietrich Fischer-Dieskau.

Version de l'album "Arpeggione & lieder".

Version de Dietrich Fischer-Dieskau / Gerald Moore. 


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