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Goldman Sachs sur le banc des accusés

Publié le 17 avril 2010 par Edelit @TransacEDHEC
Le siège social de Goldman Sachs à New-York

Le siège social de Goldman Sachs à New-York

La toute puissante banque de Wall Street fait l’objet d’une plainte de la SEC, l’autorité boursière des marchés américains. Selon les propres mots d’un analyste new-yorkais, la banque aurait « parié contre ses clients » et avantagé un fonds spéculatif, Paulson & Co.

La célèbre banque américaine, très critiquée par la presse mais enviée par toutes ses concurrentes, est accusée de fraude par la Securities & Exchange Commission. Les faits qui lui sont reprochés sont assez simples en apparence : la banque aurait vendu sciemment à certains de ses clients des produits financiers à très haut risque et susceptibles de s’effondrer pour privilégier de très gros clients qui ont spéculé sur la chute de ces mêmes produits.

Il existe plusieurs protagonistes dans cette opération. Goldman Sachs, tout d’abord, a commencé a surfé sur la vague des CDO (Collateral Debt Obligation), des produits financiers artificiels indexés sur les crédits immobiliers accordés à des ménages modestes : les subprimes. La banque a créé une série de tels produits baptisés Abacus.

Intervient un deuxième protagoniste, le Français Fabrice Tourre, cité par la plainte de la SEC. Ce brillant jeune homme de 31 ans qui a fréquenté les bancs d’Henri IV et de Louis-le-Grand puis suivi des études d’ingénieur à Centrale Paris et Stanford est alors responsable du montage des produits structurés à New-York. C’est lui en 2007 qui conçoit toute la série Abacus.

Le troisième protagoniste est un des grands gagnants de ce montage financier. Le fonds d’investissement Paulson & Co, dirigé par John Paulson prévoit dès 2006 la baisse du marché immobilier américain et la fragilité des subprimes. Il mise sur cette chute de deux manières différentes. Paulson & Co investit massivement dans des CDS (Credit Default Swaps), des assurances contre des défauts de paiement. Le risque augmentant à partir de 2007, ces produits vont très vite prendre beaucoup de valeur. Le fonds va aussi « shorter » les CDO, pariant à juste titre sur leur effondrement. En 2007, le fonds réalise un des plus grands profits de l’histoire des transactions financières en faisant gagner plus de 15 milliards de $ à ses clients.

C’est là que débute la fraude évoquée par la SEC. Le fonds spéculatif va réclamer de nouveaux CDO qui soient de plus en plus fragiles. Goldman Sachs va alors les créer de toutes pièces selon les souhaits et désirs de Paulson, qui va rémunérer la banque en échange. Le fonds est accusé d’avoir directement participé à des réunions au siège de Goldman Sachs et d’avoir sélectionné lui-même les CDO qu’il voulait. Le produit Abacus 2007-ACI est ainsi directement conforme aux volontés de Paulson & Co. Goldman Sachs, pour se couvrir, a eu recours au cabinet indépendant, ACA, qui apparaîtra comme étant celui qui a sélectionné les crédits servant à l’établissement des CDO. La SEC accuse donc Goldman Sachs d’avoir omis de mentionner que Paulson avait joué un rôle plus que significatif dans ce choix de crédits. Or, si les investisseurs avaient su qu’un fonds important comme Paulson jouait sur la chute des produits qu’ils achetaient, peu auraient risqué tout achat de ces titres.

En tout, les principales victimes auraient perdu près d’un milliard de $. La banque allemande IKB, qui a perdu 150 millions de $ au cours de cette investissement, a fait faillite suite à la crise des subprimes tandis que la banque néerlandaise ABN Amro a été partiellement nationalisée. Le cabinet ACA est sur le point de rendre l’âme. Cet événement pourrait jouer en faveur du président Barack Obama qui souhaite faire passer une loi sur la réforme de la finance alors que les banques américaines semblent pouvoir agir en toute impunité malgré la crise. En attendant, le titre Goldman Sachs a dévissé en bourse le jour même de l’annonce, perdant 12,79% en une séance.

A.B.


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