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Le nazi et le barbier d'Edgar Hilsenrath

Par Sylvie

ETATS-UNIS /ALLEMAGNE (1971-1977)

Le nazi et le barbier

Editions Attila, 2010

Un grand merci au génial (petit) éditeur Attipla (douze titres depuis 2009) de nous avoir fait découvrir cet auteur presque méconnu en France, véritable phénomène de société aux Etats-Unis et en Allemagne.

Né en 1926, Edgar Hilsenrath est un rescapé des ghettos juifs d'Ukraine. Il se réfugie ensuite aux USA où il publie son oeuvre iconoclaste. Fuck america, tout d'abord, récit picaresque d'un looser juif new-yorkais, héritier de Fante et Buckowski.

Son oeuvre la plus connue, Le nazi et le barbier, a d'abord été éditée aux USA en 1971 ; elle remporta un succès considérable avant de faire scandale que sept ans plus tard en Allemagne. Il faut dire qu'il y avait de quoi ! Donner la parole à un ex SS, qui plus est sous une forme humoristique, en a choqué plus d'un...

Jugez-en plutôt par le personnage qui raconte son histoire : Max Schulz, "fils illégitime mais aryen pure souche", naît le même jour que son petit voisin, Itzig Finkenstein. C'est tout juste s'il ne se fait pas circoncire ! Toujours est-il qu'il passe toute son enfance entre un beau-père violent et violeur, et le salon de coiffure Finkenstein où il apprend les rudiments de la coiffure...et les bonnes traditions juives !

Arrive la montée du nazisme ; par opportunité plus que par conviction, il adhère au national-socialisme et devient SS (plus que brillant !) dans un camp en Pologne. Il fuit dans la forêt polonaise au moment de l'avancée de l'Armée Rouge. Seul dans Berlin, il se crée une nouvelle identité...Itzig Finkenstein, son meilleur ami, qu'il a lui-même tué dans les camps !

 

Et c'est parti pour une aventure picaresque rocambolesque de 1930 jusqu'aux années 70, de Berlin à Tel-Aviv. Car notre Itzig, alias Max Schulz émigre en Israël, devient juif orthodoxe extrémiste, membre d'un groupe terroriste et héros de la Guerre des Six Jours !

Sur 500 pages, Hilsenrath réalise un chef d'oeuvre irrévérencieux, une fable burlesque à la verve satirique, parvenant à nous rendre sympathique un "génocidaire".

Il se fait l'héritier des romans picaresques où les hommes de rien parcourent le monde en luttant contre les obstacles et en retombant toujours sur leurs deux pieds.

Tout le monde en prend pour son grade : la famille allemande traditionnelle, les nazis, les juifs orthodoxes.

Mais le sens du burlesque de l'auteur ne frise jamais la caricature. au contraire, il rend ses personnages attachants et sympathiques.

Présenté sous forme de roman-confession, bien avant La mort est mon métier et plus de trente ans avant Les bienveillantesde Jonathan Littell, Hilsenrath fait parler pour la première fois un bourreau qui devient le porte-parole des victimes.

Le nazi et le barbier d'Edgar Hilsenrath

Il est le premier et le seul à oser l'humour noir pour traiter de l'Holocauste et du génocide. A noter qu'il est aussi l'auteur du Conte de la pensée dernière, jugé comme étant le roman le plus réussi sur le génocide arménien, raconté sous forme de conte. Il reçut pour ce récit le Prix national arménien de littérature .


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