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Larbaud #2

Publié le 22 avril 2010 par Menear
Larbaud jamais où il pourrait être. Il traverse un siècle en marchant à côté. L'Histoire est fausse. Il n'y a pas de guerre début 20e. Il n'y a pas de monde, juste un microcosme itinérant. La langue aussi témoigne du même déplacement : en Espagne, en France écrit en anglais, en Angleterre poursuit en français et de nouveau l'anglais une fois retrouvée la France, l'Espagne. Ici l'extrait de novembre 1918 creuse cette impression. Mieux vaut être ailleurs qu'être où on pourrait. Mieux vaut l'à côté que l'ici. Idem aussi 13 ans plus tard : pour la première fois le mot guerre, pourtant à l'instant T silence radio. Et suivre aussi le fil #Larbaud sur Twitter pour voir au fil des pages se développer l'absence (Larbaud était un Bartleby pour Jean Yves Jouannais, rappelons le).
Yesterday, at night, under a pelting rain, I walked through Plaza Hernan Cortes and memories of these last years crowded upon me at once. Still, I keep thinking and thinking about England. I know very well that, once there, I shall sometimes think of Spain with something of the same longing which I feel now towards England ; but still, I like thinking about the dear old places, London especially, of course. I am alright here, ME ENCUENTRO A GUSTO, but England is the place for me. My thoughts always avoid France, and even Paris, because of my memories of the years 1896-1902, and for other reasons (mainly ''family'' reasons) ; they ''jump over'' France and go directly to the white cliffs over there. Briefly, I say : better to be in Spain than to be in France ; but better to be in England than to be in Spain. - I must note a few things. The walks up and down the Explanada, and the fine colours of the clouds reflected on the water of the harbour. All the joy and happiness of the winter world (or rather hemisphere) seems to have escaped from the North and be here, in this luminous and transparent atmosphere. The mornings, the fine quality of the air and the light, at about 8 a.m., the hush, the stillness over the vacant sea, the youthfulness of everything.
Valery Larbaud, Alicante – Paris – Londres – Alicante in Journal, Gallimard, P.456-457.
Traduction : Hier, à la nuit, sous une pluie battante, je traversais la Plaza Hernan Cortes et les souvenirs de ces dernières années m'ont soudain assailli. Mais je ne cesse de penser à l'Angleterre. Je sais très bien que, lorsque j'y serai, je penserai parfois à l'Espagne, avec la même nostalgie que je sens en ce moment de l'Angleterre ; j'aime évoquer les bons vieux endroits, Londres particulièrement, bien sûr. Je suis bien ici, ME ENCUENTRO A GUSTO, mais l'Angleterre est l'endroit qu'il me faut. Mes pensées évitent toujours la France, et même Paris, à cause de mes souvenirs des années 1896-1902, et pour d'autres raisons (surtout des raisons « familiales ») ; elles « sautent » la France et atteignent directement les falaises blanches de l'Angleterre. Pour être bref, je dirai : mieux vaut être en Espagne qu'en France ; mais mieux vaut être en Angleterre qu'en Espagne. Il faut que je note quelques choses. Mes promenades le long de l'Explanada, et les belles couleurs des nuages qui se réfléchissent dans l'eau du port. Toute la joie et le bonheur du monde (ou plutôt de l'hémisphère) hivernal semblent s'être échappés du Nord et se trouver ici, dans cette atmosphère transparente et lumineuse. Les matinées, la qualité subtile de l'air et de la lumière, vers 8 heures, le silence, le calme sur la mer libre, la jeunesse de toute chose.
P.638.

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