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Les saisons de la solitude de Joseph Boyden

Publié le 26 avril 2010 par Xylophon

« Moosonee. Le bout de la piste. Je le sens là, juste derrière les arbustes mes nièces. Ce n'est pas tellement loin dans la neige épaisse. Ici, on a une petite ville parfois triste et vorace. Tu as ton petit groupe d'amis, et voilà. Des amis pour la vie sauf quand on devient ennemis. Alors, il vaut mieux ne pas se tromper. Ici,les gens de ta famille mourront pour toi. A moins qu'ils t'en veuillent. Si tu es brouillé avec un ami, tous les paris sont annulés. Tu n'existes pas. Il me reste plus que deux amis et c'est ainsi depuis des années. C'est peut être partout pareil, mais nous sommes portés sur la vengeance. Parce que les Crees sont un peuple clanique. Chaque clan a ses propres intérêts à l'esprit. Et quand on pense qu'à ses propres intérêts, il y a toujours des exclus et des mécontents ».

Moosone
se trouve sur les rives de la Baie James. C'est une ville dont la majorité des habitants est Cree. Will était un ancien pilote qui aimait continuer à voler et chasser les oies et l'original. Mais aujourd'hui, Will est dans le coma et il raconte cette vie de trappeur dans les fôrêts de l'Ontario, parle de son enfance et de sa famille et dévoile les circonstances du drame qui l'on conduit dans cet état.

On s'intègre rapidement donc dans les paysages de la région de Moosone, on sent le vent, le froid, on participe à la chasse aux castor. A l'image des récits de Jack London dans le grand nord canadien, ou de Nicolas Evans, on est imprégné de cette région du Canada dont la beauté de la nature semble donner force à ses habitants

De ce coma silencieux, répond justement sa nièce Annie, dont la soeur Suzanne a disparu. Elle raconte à cet oncle endormi, le chemin pour la retrouver. Annie chausse les chaussures de celle-ci et s'attache à gagner les faveurs de ceux et de celles qui font et défont les carrières pour pouvoir trouver des réponses à cette fuite inexpliquée.

En parallèle de ces récits d'aventurier sur la rivière Moose, on parcours donc les rues de Montréal puis de Manhattan. On fréquente alors un autre monde: celui de la jet set, de la mode, et de la drogue. Un monde où les relations sont tronquées, où les personnes parfois vénéneuses. Comme dans American Psycho ou Miami Vice, il règne dans ces villes du nouveau monde une troublante excitation, qui peut vite faire perdre pied quand on ne maitrise pas certains codes.

Au travers de ce récit à deux voix, de ces deux âmes en peine, on découvre des personnages attachants, une société blanche qui a du mal à faire place aux amérindiens, et un regard sur l'histoire meurtrie d'une assimilation mal vécue à l'image de nos grands parents bretons auxquels on interdisait de parle breton.

Au delà de ces destins individuels, Boyden dresse donc un portrait sans doute juste de la société Cree au Canada aujourd'hui. Certes, il y a toujours une haine des indiens de la part de certains blancs, il existe encore une présence de discriminations à leur égard, l'alcoolisme et la pauvreté de ces populations sont encore des fléaux qui perdurent, mais Boyden nous dit aussi au travers cette histoire, la richesse de ces familles, leur connaissance de la nature, des mythes et de leur science des rêves...

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