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"Poezibao a reçu", n°124, dimanche 2 mai 2010

Par Florence Trocmé

Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournies par les éditeurs. 
  
°Jean-Pascal Dubost, Le Défait, Champ Vallon 
°Christian Hubin, Greffes, José Corti
°Franck O’Hara, Poèmes déjeuner, Joca Seria
°Jean-Paul Michel, Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre, Flammarion
°Gustave Roud, Le Repos du Guerrier, éditions Fario
°Ron Padgett, Le Grand Quelque chose, Joca Seria
°Pierre Bergounioux, Deux écrivains français, éditions Fario
°Revue Fario n° 8
°Gérard Titus-Carmel, L’Ordre des jours, Champ Vallon
°Maria Gabriela Llansol, La Foudre sur le crayon, Les Arêtes 
°Béatrice Golkar, Le Point trigonométrique des mouvances, L’Harmattan 
°Thierry Clermont, Jubilate !, Éditions de la Différence  
°Manifeste du droit à être dans la Lune, Centre de création pour l’enfance 
°Paul Farellier, Une Odeur d’avant la neige, L’Arbre à paroles
°Chantal Neveu, Une spectaculaire Influence, L’Hexagone 
°Jacques Guigou, Par les Fonds soulevés, L’Harmattan 
Notices détaillées de chacun de ces livres en cliquant sur « lire la suite de…. »
 

 

Jean-Pascal Dubost 
Le Défait 
Champ Vallon, 2010 
15 € 
« Voilà longtemps que le travaillait l’idée d’affronter une certaine solitude. Sans avoir jamais décidé quel en serait le théâtre, une île, un phare, la montagne, la forêt ou un monastère, chacune de ses lectures relatant une expérience d’ermite variait son désir, se défiant cependant de tout romantisme. 
Un chagrin a mis en branle le vieux fantasme de revenir dans cette ferme hantée de bruits et de bonheur et d’y passer quelques semaines seul ; l’ imposée comme le lieu recherché sans être cherché.
 » (Dos du livre) 
•Christian Hubin 
Greffes 
José Corti, 2010 
14 € 
« Particules jumelles étanches – des années, des intervalles devant maintenant, l’énonçant, ultérieur en l’énonçant – la pression, la peur de toucher, la petite lamelle croissante, le préfixe dans les attitudes en – une, énonçant. » (p. 57) 
•Franck O’Hara 
Poèmes déjeuner 
Traduit de l’anglais (américain) par Olivier Brossard et Ron Padgett, postface et notes d’Olivier Brossard 
Joca Seria, 2010 
15 € - site de l’éditeur 
1950-1960 : New York est la capitale artistique du monde. Artistes côtoient poètes, compositeurs et danseurs dans une effervescence créatrice semblable à celle du Paris début de siècle. Au cœur de la ville et de cette communauté d’artistes, le poète Frank O’Hara devient l’Apollinaire américain. Conservateur au Musée d’art moderne, il parcourt les rues de New York chaque jour à l’heure du déjeuner. Il en tire les Poèmes déjeuner, écrits sur le pouce, en vitesse, entre deux rendez-vous. Ils vous feront faire le tour de la ville, mais une ville personnelle, aussi exacte qu’elle est imaginaire : des adresses précises, l’Empire State Building et les Nations Unies, mais aussi, souvent, des rêves et souvenirs où l’on croise Billie Holiday le temps d’une dernière chanson, Pasternak en robe de chambre, Lana Turner qui s’évanouit et Errol Flynn à la poursuite de nazis. New York, chez Frank O’Hara, est une ville « à emporter », à découvrir à pied, dans le métro ou dans un taxi, toujours en mouvement, sur le vif. 
Frank O’Hara (1926-1966), associé à l’École de New York, est l’un des plus grands poètes américains du XXe siècle. Publié sous le titre Lunch Poems en 1964, Poèmes déjeuner a fait date dans l’histoire littéraire américaine : un langage poétique nouveau naissait, énergique et réfléchi, drôle et mélancolique, léger et grave. C’est le premier livre de Frank O’Hara traduit en français.
 
•Jean-Paul Michel 
Je ne voudrais rien qui mente, dans un livre 
Flammarion, 2010 
19,50 € 
Ce nouveau recueil inédit de Jean-Paul Michel (1978-2003) constitue un pendant essentiel à Le plus réel est ce hasard et ce feu, dont la publication en 1997 fut un évènement critique d'une ampleur bien rare pour des poèmes (volume dont la collection Poésie/Flammarion a donné une édition nouvelle en 2006). Il permet de donner sa véritable mesure à l'œuvre en cours (site de l’éditeur
•Gustave Roud 
Le Repos du guerrier, suivi par Aimé parmi les autres, de James Sacré 
éditions Fario, 2010 
10 € - voir le très beau site de l’éditeur 
NDLR : ce livre est en premier lieu l’occasion de saluer la naissance des éditions Fario (d’après le titre de la revue éditée depuis plusieurs années par Vincent Pélissier).  
(...) Oui, je le crois très sérieusement, les autres hommes ne vous voient même plus, vous qui vous êtes perdus, - pour n’avoir pas osé vous perdre. 
C’est à vous que je parle, comme si ma voix pouvait être entendue, hommes cernés par l’inexplicable, vous de qui la misérable présence est si consolante pour les vivants qu’elle assoit majestueusement dans le sentiment de leur dignité profonde. Vous n’avez à vous que votre anxieuse faiblesse, mais cette espérance est-elle si faible qui vous force sans trêve à regarder ? Je regarde. 
Au plus pur de ma mémoire un village que je surplombe, adossé au mur des morts.
 (…) 
72 pages en format 110x160, imprimé en deux couleurs sur vergé Rives Laid blanc 90 gr, couverture en Curious Skin violet 270 gr à rabats, composé en Baskerville corps 10 pour le texte et en Didot pour la couverture, agrémenté d’une photographie par Gustave Roud, cahiers cousus, dos carré collé, tirage limité à 600 exemplaires.  
 
•Ron Padgett 
Le Grand Quelque Chose 
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Brossard, postface d’Olivier Brossard 
Joca Seria, 2010 
15 € - site de l’éditeur 
Avertissement au lecteur : « Rien ne se passe / de la façon / que l’on croit » dans Le Grand Quelque Chose de Ron Padgett. Le livre dont le titre est une variation sur Le Grand Sommeil offre autant de surprises et de rebondissements que le polar de Raymond Chandler, dans un univers poétique parallèle. Pourtant pas de vieux général, pas de jeunes femmes délurées ni de dangereux malfrats dans ces pages. Mais une invitation, lancée au lecteur, à devenir un privé d’un nouveau genre : quel est le point commun entre les étonnants personnages qui se promènent dans le monde de Ron Padgett ? Entre Tom et Jerry qui passent leur bac, Pierre Reverdy qui remonte la rue de Rennes manuscrit sous le bras, Woody Woodpecker adulé, Tarzan dans le collimateur et Guillaume Apollinaire feu follet? 
On découvre dans ces poèmes d’étonnants indices, comme les pin-up dénudées du calendrier de Jean-Paul Sartre, un guide du savoir vivre du pivert, de bons baisers de Dalmatie. On s’étonne du mystère de la poussière qui tourne, on observe un dîner frappé par la foudre, on repère un grand hamburger qui pilote un avion. Dans la poésie de Ron Padgett, « boîte de nuit imaginaire » avec la faune de ses habitués, on peut apprendre comment commencer sa propre civilisation. On peut aussi regretter les amis disparus au son idiot d’un chien qui aboie. On peut apprendre, tout simplement, à « profiter de tout / une heure de plus ». 
Auteur de nombreux livres de poésie, grand traducteur de poésie française (Cendrars, Apollinaire, Reverdy), Ron Padgett est né dans l'état d'Oklahoma en 1942. Associé à l’école de New York, Ron Padgett a collaboré avec de nombreux écrivains et artistes (Joe Brainard, Bertrand Dorny, Alex Katz, George Schneeman, Trevor Winkfield, Jim Dine). Il partage son temps entre New York et Calais (Vermont). 
•Pierre Bergounioux 
Deux écrivains français 
Éditions Fario 
9 € - sur le site de l’éditeur 
(...) Comme toute religion, celle des lettres s’appuie sur une hiérocratie, celle des écrivains, dont on constate, après coup, qu’ils avaient vocation à se faire les interprètes de leur temps parce qu’ils en avaient l’expérience idéale-typique. La littérature ne naît pas d’elle même. C’est au monde qu’elle emprunte sa substance. Ses inventions formelles, si elles ne répondent pas aux nouvelles exigences de la vie, de la réalité, se ramènent à des jeux byzantins.(…) 
Deux essais, l’un sur Julien Gracq, l’autre sur Claude Simon, constituent ce petit volume. Pierre Bergounioux fait apparaître ces deux auteurs dont la matière et la saveur d’écriture sont si dissemblables, comme les interprètes du temps qui les a vu naître et vivre. Tout deux ont connu une même épreuve, et en partie construit leurs œuvres sous le choc de l’effondrement général que constitua, pour la vieille société dont ils avaient hérité, la guerre de 14-18 puis la défaite de 1940. 
48 pages en format 110x160, imprimé en deux couleurs sur vergé blanc 90 gr, couverture en Curious Metallics rouge 300 gr à rabats, composé en Baskerville corps 11 pour le texte et en Helvetica pour la couverture, cahiers cousus, dos carré collé, tirage limité à 800 exemplaires. 
 
•Revue Fario 
Numéro 8, printemps 2010 
28 € 
Au sommaire de ce numéro, un fort dossier « La Vie qui s’éloigne (II »), « Écrire, c’était vivre. Survivre » : avec des textes de Marcel Cohen, Claude Mouchard, Henri Droguet, Konstantin Pavlov, de poètes de Czernovitz, Eugenio de Signoribus & François Mathieu, Milan Šimečka. Un second dossier, Le Livre ouvert, rassemble des textes de Serge Airoldi, Dimitris Hadzis, Jacques Réda, un anonyme du XIIIe siècle (Bestiaire), Euripide & Marie Cosnay, Jean Martory, Christian Fumeron 
•Gérard Titus-Carmel 
L’ordre des jours 
Champ Vallon 
14 € 
On dira qu'ici tout est ordonnancé pour être reconnu dans la clarté d'une allée sans tare, comme ouverte par fantaisie dans le désordre naturel de la langue. Mais cette déambulation ne sera pas une innocente promenade dans un parc à la française: au contraire, elle scande sourdement, jusque dans la distribution de ses planches, la fatale succession des jours qui ruinent notre rêve de présence dans l'ici-bas déjà du monde. Ainsi, dans le jeu des calques et des épreuves, comme dans celui des miroirs et des répons, nous retrouvons-nous nus, seulement occupés à mesurer notre ombre qui, sans fin, s'allonge selon l'ordre des jours. (Dos du livre) 
•Maria Gabriela Llansol 
La Foudre sur le crayon, suivi de Hölder, de Hölderlin & Cantilène 
Traduit du portugais par Guida Marques 
Les Arêtes, 2010 
20 € 
« je n’ai pas compris 
à quel niveau d’existence appartenait le faucon ; 
s’il était ma voix, ou son sujet ;  
si le bureau englobait le secrétaire, ou s’il était l’immense territoire du faucon ; si utiliser le faucon pour voler était comme utiliser une loupe pour mieux voir ; si ses vols correspondaient à trois livres différents, ou s’il n’était qu’un seul livre
 ».  
Écrivain portugais, née à Lisbonne, Maria Gabriela Llansol est l’auteur d’une œuvre considérable, l’une des plus novatrices de la littérature portugaise. (Dos du livre) 
 
•Béatrice Golkar
Le Point trigonométrique des mouvances 
Trigonometrischer Punkt des Wandelns 
Bilingue français-allemand 
L’Harmattan, 2009 
14,50 € 
"Un point trigonométrique mais non un point fixe. L'orientation d'un regard, je, tu, il. Dans la fluctuation des perspectives, une constante, un invariant qualitatif...critique expérimental, le regard est aimant. Source objet. Au miroitement séducteur, aux assonances syncopées des images correspondent l'effarement né du choc, le doute délétère de l'esprit." 
Béatrice Golkar, née en 1972, est franco-allemande. Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), elle est agrégée d’allemand et vit à Paris.  
 
•Thierry Clermont 
Jubilate !  
Avec treize interventions de José de Guimarães. 
coll. Clepsydre, éditions de la Différence, 2010 
14 € 
Jubilate ! explore le mystère de la voix, cette non-parole « du cri au / chuchotis / dans un soupir sans / lèvres » qui nous ramène au corps et à sa jouissance. Mettre des mots sur ce qui se passe de mots, tel est le défi de Thierry Clermont dans ce recueil singulier que ponctuent les œuvres de José de Guimarães.  
Thierry Clermont est né en 1966. Poète, journaliste au Figaro littéraire et critique musical, il a publié un premier recueil de poèmes en 2005 aux éditions Maelström/City Lights, Brooklyn : sketches, et des textes dans les revues Action poétique, Le Nouveau Recueil, Petite... Il a collaboré avec les compositeurs Régis Campo, Gilles Schuehmacher et la cantatrice Rachel Guilloux. Thierry Clermont est invité en compagnie de la soprano Rachel Guilloux au Festival Étonnants voyageurs qui aura lieu à Saint-Malo du 22 au 24 mai 2010. 
 
•Manifeste du droit à être dans la Lune 
Hors Série de la revue dans la Lune 
Centre de création pour l’Enfance de Tinqueux 
19 € 
A l’occasion de son 50e anniversaire, le Centre Culturel de créations pour l’enfance de Tinqueux édite Le Manifeste du droit à être dans la Lune. Ce recueil est à la fois le témoin d’un engagement et des actions et créations qui célèbrent l’art et la poésie.  
Parmi les nombreux participants, on peut citer notamment Bernard Bretonnière, Pascal Commère, Jacques Demarcq, Sabine Macher, Céline Minard, Jean Miniac, Valérie Rouzeau, James Sacré, Tomaž Šalamun, Fabienne Swiatly, Christiane Veschambre.  
•Paul Farellier 
Une odeur d’avant la neige 
L’Arbre à paroles 
12 €  
Des pas sur le bord du sommeil 
Qui viendrait là ? Sauriez-vous 
la couleur de l’inespéré ? 
On imagine 
au ras du sommeil 
la palabre secrète, 
l’ange des syncopes 
(p. 32) 
•Chantal Neveu 
Une spectaculaire influence 
L’Hexagone 
Ce livre amoral d'où la rectitude politique est exclue propose un étrange renversement des genres sexuels et littéraires en une expérience de l'extrême. Perplexe devant le réel, Chantal Neveu expose à la fois le corps et ce rien qui l'habite. Son écriture, à l'éthique minimale, va jusqu'à la dissolution de l'idéalisme, mais demeure indulgente pour le vivant qui nous agite. Une spectaculaire influence est véritablement engagé tant sur le plan littéraire que sur le plan social. (Dos du livre)  
Chantal Neveu choisit l’écriture comme mode privilégié d’exploration et de connaissance. Elle a publié mentale aux Éditions La Peuplade et èdres et èdres | dehors aux éditions É = É. Écrivain et artiste interdisciplinaire, elle poursuit une démarche singulière à la faveur d’une poésie engagée en différentes scènes et tribunes – fiche de l’auteur chez son éditeur (avec une vidéo) 
 
•Jacques Guigou 
Par les Fonds soulevés 
L’Harmattan 
10 € 
« A chacun de ses versets
issus des plus grands fonds
la mer vient
elle vient méconnaissable
elle vient précédant
le temps
elle vient (...) »
Toujours étrangère à la littérature, arc-boutée contre les images, sans objet ni sujet, la poésie peut-elle advenir par les fonds soulevés ? 


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