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La musique sérielle (1/3)

Par Dablemont

Aujourd’hui nous continuons notre voyage dans l’univers de Schoenberg et de ses disciples avec la musique sérielle. Le terme « musique sérielle » est souvent employé à tort comme synonyme de « musique dodécaphonique » ou de « musique atonale« . En fait il apparait chez Schoenberg, Berg ou Webern dans les descriptions de certaines oeuvres postérieures à 1920 faisant usage de la série dodécaphonique, mais fut surtout utilisé apres la seconde guerre mondiale.

L’idée principale de la musique sérielle est que les éléments mis en série sont tous égaux en droits et régis par l’ordre dans lequel ils apparaissent et se suivent. Pour abolir la notion de hiérarchie entre les sons, Schoenberg eut recours au sérialisme, mais ne l’appliqua qu’à un seul des 4 parametres fondamentaux (hauteur, durée, timbre, intensité): la hauteur. Utilisant comme matériel les douzes sons de la gamme chromatique, le sérialisme Schoenbergien se révele etre également dodécaphonique , ce pourquoi on a souvent associé son systeme sériel au dodécaphonisme.

Techniquement, la série dodécaphonique est donc composée des douze sons de l’échelle chromatique tempérée, énoncés dans un ordre défini par le compositeur mais énoncé une fois et une seule. Le nombre des séries possibles est donc très élevé ; en termes mathématiques, il s’agit d’une permutation de 12 éléments, soit 12! (1×2x3×4….x12) donc 479 001 600 possibilités de série. Le compositeur, une fois la série de base définie, peut l’utiliser sous diverses formes:

  • originelle (Grundgestalt) appelée aussi forme droite, donc sans changement
  • récurrente appelée aussi forme rétrograde, la série est prise à rebours (de la dernière note vers la première)
  • renversée appelée aussi forme miroir, un intervalle descendant devient ascendant et vice versa
  • récurrente renversée appelée aussi forme miroir du rétrograde

Chacune de ces formes peut également etre transposée sur sur les onzes autres degrés de la gamme chromatique, amenant le nombre de formes possibles d’une même série à 48. Le compositeur peut présenter tout en partie de la série de façon simultanée (sous forme verticale, donc d’accords) ou à l’horizontale, mais aussi changer de registre certaines parties de la série, ou de superposer plusieurs vitesses de déroulement. Nous le voyons bien, les possibilités sont presque inépuisables, mais surtout la série ne peut être considérée comme un thème au sens classique, n’étant pas facilement reconnaissable mélodiquement, mais intervient plus comme une succession d’intervalles.

On peut déduire de ce qui précède certains points importants:

  • Sériel ne veut pas dire dodécaphonique: la série peut être composée de moins de douze sons (les séries défectives chez Stravinsky par exemple), de plus de douze sons (dans le langage microtonal) ou toucher d’autres paramètres que la hauteur (le rythme par exemple).
  • Sériel ne veut pas dire atonal: certaines séries peuvent être choisies de manière à évoquer un caractère tonal
  • Si les oeuvres de Schoenberg écrites selon sa « méthode de composition avec douze sons n’ayant de rapport entre eux » sont en principe atonales, dodécaphoniques et sérielles, il ne s’agit que d’un cas particulier de l’atonalité et du sérialisme.

Nous n’avons parlé que de dodécaphonisme Schoenbergien mais c’est un terme qu’on peut également appliquer a la musique tonale occidentale, fondée elle aussi sur les douze sons de la gamme chromatique. Quelques exemples pourraient bien vous étonner: on retrouve des séries dodécaphoniques dans les récitatifs du Don giovanni de Mozart, ou au début de la Faust Symphonie de Liszt ou encore dans la fugue du Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss… Surprenant, n’est-ce pas?

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