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Anthologie permanente : Frank O'Hara

Par Florence Trocmé

MUSIQUE 
   Si je me repose un moment à côté de The Equestrian 
m’arrêtant au Mayflower Shoppe pour un sandwich saucisse de foie, 
alors cet ange semble mener le cheval droit chez Bergdorf 
et je suis nu comme une nappe, mes nerfs fredonnent. 
Près de la peur de la guerre et des étoiles qui ont disparu. 
je n’ai que 35 cents en main, cela ne rime à rien de manger ! 
et les jets d’eau aspergent les feuilles des bassins 
comme les marteaux d’un piano-forte en verre. Si pour toi j’ai l’air 
d’avoir des lèvres de lavande sous les feuilles du monde, 
   je dois me serrer la ceinture. 
C’est comme une locomotive en marche, saison 
   de détresse et clarté 
et ma porte est ouverte aux soirs de neige 
en plein hiver tombant légèrement sur les journaux. 
Étreins-moi dans ton mouchoir comme une larme, trompette 
de début d’après-midi ! dans la brume d’automne. 
Quand ils installeront les sapins de noël sur Park Avenue, 
je verrai mes rêveries se promener avec des chiens emmitouflés 
et servir à quelque chose avant que toutes ces lumières colorées ne s’allument ! 
   Mais plus de fontaines et plus de pluie, 
et les magasins restent ouverts terriblement tard 
  
MUSIC 
If I rest for a moment near The Equestrian 
pausing for a liver sausage sandwich in the Mayflower Shoppe, 
that angel seems to be leading the horse into Bergdorf's 
and I am naked as a table cloth, my nerves humming. 
Close to the fear of war and the stars which have disappeared. 
I have in my hands only 35c, it's so meaningless to eat! 
and gusts of water spray over the basins of leaves 
like the hammers of a glass pianoforte. If I seem to you 
to have lavender lips under the leaves of the world, 
I must tighten my belt. 
It's like a locomotive on the march, the season 
of distress and clarity 
and my door is open to the evenings of midwinter's 
lightly falling snow over the newspapers. 
Clasp me in your handkerchief like a tear, trumpet 
of early afternoon! in the foggy autumn. 
As they're putting up the Christmas trees on Park Avenue 
I shall see my daydreams walking by with dogs in blankets, 
put to some use before all those coloured lights come on! 
But no more fountains and no more rain, 
and the stores stay open terribly late. 

 
POÈME 
 
Lala Turner s’est évanouie ! 
Je trottais tranquillement et tout d’un coup 
il s’est mis à pleuvoir et à neiger 
et pour toi c’était de la grêle 
mais la grêle ça cogne dur 
sur la tête donc en fait il neigeait 
et pleuvait et j’étais tellement pressé 
de te voir mais la circulation 
se comportait exactement comme le ciel 
et tout d’un coup je vois un gros titre 
LALA TURNER S’EST ÉVANOUIE ! 
il n’y a pas de neige à Hollywood 
il n’y a pas de pluie en Californie 
je suis allé à plein de soirées 
où je me suis comporté fort mal 
mais jamais je ne me suis évanoui 
Oh Lala Turner nous t’aimons relève-toi 
 
Lana Turner has collapsed! 
I was trotting along and suddenly
it started raining and snowing
and you said it was hailing
but hailing hits you on the head
hard so it was really snowing and
raining and I was in such a hurry
to meet you but the traffic
was acting exactly like the sky
and suddenly I see a headline 
LANA TURNER HAS COLLAPSED!
there is no snow in Hollywood
there is no rain in California
I have been to lots of parties
and acted perfectly disgraceful
but I never actually collapsed
oh Lana Turner we love you get up  
 
Frank O’Hara, Poèmes déjeuner, traduction d’Olivier Brossard et Ron Padgett, postface et notes d’Olivier Brossard, Editions Joca Seria, 2010, pp. 7 & 72 
Bio-bibliographie de Frank O’Hara 
 
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