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Génération Besson ? Oui... mais non.

Par Tred @limpossibleblog


Génération Besson ? Oui... mais non.Je n’ai jamais été un fan de Luc Besson. Le seul film de lui à m’avoir enthousiasmé au moment où je l’ai vu fut Le cinquième élément. A l’époque j’avais 15 ans et tout ce qui touchait à la science-fiction et était bien foutu devenait immanquablement un de mes films préférés du moment. Ce fut le cas de l’épopée SF de Besson, qui à l’époque avait fait l’ouverture du Festival de Cannes et m’avait plongé dans un état de jubilation intense, malgré le très mauvais positionnement en salles. Je m’en souviens comme si c’était hier, à l’époque j’allais encore plus facilement voir les films à Rosny-sous-Bois, direct en bus, qu’aux Halles, où il y avait un changement en métro.
Certes c’était de la VF, certes c’était un public banlieue pas toujours fréquentable, mais j’avais quinze ans et je n’étais pas encore maniaque des conditions de visionnage d’un film (la chance, je regrette ce temps béni parfois…). Ma mère, ma sœur et moi étions donc allé voir Le Cinquième élément à l’UGC Ciné Cité Rosny, qui était pour ainsi dire flambant neuf à l’époque. Le cinéma coexistait encore pour un temps avec l’Artel local de ma préadolescence, où je vis encore à la même époque la reprise 1997 du Retour du Jedi dans une salle quasi vide (quel pied !). Mais je m’éparpille.
Dans une grande salle de l’UGC Ciné Cité Rosny donc je vis la cuvée 1997 de Luc Besson, au troisième rang, complètement à droite. Dans ces moments-là, j’ai beau être mal placé, si le film m’emballe, j’oublie vite que je ne suis pas à la bonne place (comme récemment avec Green Zone). Je crois me souvenir que pendant un temps, j’ai admiré Luc Besson, grâce au Cinquième élément. J’ai revu Léon, que jusqu’ici je n’aimais pas, et l’ai amplement réévalué (depuis je l’ai vu une troisième fois et l’ai de nouveau trouvé soporifique). En juin 1998 en revanche, à l’occasion de son dixième anniversaire, la ressortie en copie neuve de la version longue du fameux Grand Bleu me confirma que non, décidément rien ne résonnait en moi à la vision du film culte de Besson, sinon l’ennui. Et l’amusement de la passion de ma sœur, présente avec moi à la redécouverte sur grand écran de son film culte (vu, vu, revu et archi revu jusqu’à extinction de la VHS sur le magnétoscope de notre enfance), ne pouvant retenir ses chaudes larmes en s’exclamant « C’est pas possible de faire un film aussi beau !!! » sur le parking du cinéma. A cet instant, je me suis senti bien loin du cinéma de Luc Besson.
Génération Besson ? Oui... mais non.Je suis certainement trop jeune pour être de la génération des passionnés du Grand Bleu, et probablement trop peu fasciné par la grande bleue et ce qu’elle cache pour frissonner aux descentes en apnée de Jacques et Enzo.Entretemps Besson est devenu cet entrepreneur du cinéma, ce mogul français capable d’être à la fois scénariste sans imagination (la série des Taxi ou des Banlieue 13) et producteur ou distributeur audacieux (Trois enterrements de Tommy Lee Jones, I love you Phillip Morris). Un nabab à casquettes multiples qui a tellement d’ambitions qu’il oscille sans difficulté entre le bon et le mauvais. Son gros coup de 2010 ? Distribuer via Europa Corp le film le plus alléchant de l’année, l’ultra attendu The tree of life de Terrence Malick (quand sera-t-il prêt Terrence ?!).
Malgré toute la tiédeur que l’on peut ressentir vis-à-vis de Luc Besson réalisateur, il est difficile de ne pas guetter d’un œil les films où il officie derrière la caméra. Après une décennie 2000 fade à souhait, entre ses Arthur et les Minimoys trop gamins et l’inepte Angel-A, 2010 promettait le premier projet intéressant de Besson cinéaste depuis son Jeanne d’Arc en 1999. Transposer sur grand écran le fameux personnage de Tardi dans Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Une idée ambitieuse, pour laquelle Besson s’est donné les moyens de reconstituer le Paris des années 1910, s’y adjoignant les services d’une distribution masculine trois étoiles : Mathieu Amalric, Gilles Lellouche et Jean-Paul Rouve, tous trois entourant Louise Bourgoin, actrice peu enthousiasmante mais très en vogue (ça me rappelle quelqu’un).
Pour la première fois depuis bien longtemps Luc Besson semblait retrouver son statut de réalisateur majeur, du moins incontournable du cinéma français, et le fan du Cinquième élément au fond de moi se disait « Pourquoi pas ? ». J’ai mis du temps à voir Adèle Blanc-Sec, suffisamment longtemps pour entendre quelques personnes dire du bien du film, et toutes les autres le descendre en bonne et due forme.
Génération Besson ? Oui... mais non.Bon, je n’irai pas jusqu’à dire que le résultat m’a atterré… le mot est trop violent… mais la médiocrité de l’œuvre m’a tout de même pris à la gorge. Les défauts du film de Besson ne sont pas ceux que j’attendais. Comment aurais-je pu imaginer qu’Adèle Blanc-Sec ressemblerait à un premier film malade d’un jeune cinéaste sans personnalité ni sens de la narration ? Car c’est là tout le problème des Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, et il est sérieux. Le film souffre de laxisme de la part de son scénariste / réalisateur. Laxisme d’un homme qui semble croire qu’il suffit d’avoir de bons acteurs, quelques gags, et un univers visuel fort (le Paris 1910) pour tenir un film d’aventure satisfaisant.
A-t-il si peu de jugeote ? Manque-t-il à ce point de respect pour les spectateurs pour penser que l’on puisse se satisfaire d’une œuvre qui commence avec un narrateur pour le faire disparaître au bout de 5 minutes ? Pour penser que le rôle du méchant déjouant les plans du héros, souvent le plus savoureux dans le genre, est à ce point superflu qu’il ne l’introduit dans les 10 premières minutes que pour le ranger au placard pendant tout le reste du film ? Avoir l’audace d’engager Mathieu Amalric pour ce rôle qui aurait pu grandement apporter au récit, pour ne finalement pas l’utiliser sinon comme feu de paille, voilà un geste grotesque.
L’intrigue, sans contrepoids maléfique, perd de son enjeu dramatique, qui s’apparente désormais à une gentille balade d’époque, avec des gags paresseux, des seconds rôles sans épaisseur (seul Gilles Lellouche et son personnage de commissaire parviennent à apporter un gimmick comique qui tient éveillé), et des dialogues… peu fameux (le « Eh, Ramsès de mes deux » déclamé par Louise Bourgoin m’a fait trembler de dégoût et rappelé au souvenir peu fameux de Besson scénariste pour ados fans de cascades…).Tout à coup, en fin de film, Besson semble craindre d’avoir effectivement été léger narrativement, et alors qu’une partie du générique a déjà défilé et que la salle s’est vidée aux trois quarts, il ajoute 4 ou 5 minutes au film, expliquant quelques trous du récit, et tentant de finaliser tant bien que mal le film en lançant une piste pour la suite, une piste assez grotesque qui plus est, qui a pour unique mérite de faire réapparaître un court instant Mathieu Amalric, que nous n’avions pas vu depuis 1h30 à l’écran.
Génération Besson ? Oui... mais non.Avec Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, le cinéma d’aventure hollywoodien peut tranquillement dormir sur ses deux oreilles, la concurrence française est loin d’être à la hauteur, et le public ne s’y trompe pas. 1,2 millions d’entrées en 3 semaines, c’est probablement le score qu’espérait atteindre Besson en une semaine à peine. Les deux millions ne semblent même pas envisageables…
Pendant longtemps, Luc Besson répétait inlassablement qu’il arrêterait de réaliser après son dixième film derrière la caméra. Tout à coup, le regret qu’il ne s’y soit pas tenu apparaît. Produire et distribuer des films ambitieux est toujours dans les cordes de notre mogul national, il le prouve régulièrement. Pour ce qui est de l’écriture, et de la mise en scène… mieux vaut conserver de bons souvenirs (enfin, pour ma part, un seul).


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