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"La Nuit nous appartient": tragédie grecque et russe

Par Vierasouto

C’est le même New-York des années 80, les mêmes acteurs Joaquim Phoenix et Mark Whalberg, le même thème de passer du côté de la loi ou pas, un faux choix où l’enchaînement inéluctable des événements ne donne pas le choix, c’est un peu le même film que le précédent ("The Yards", 2000), entre Nouvel Hollywood et tragédie grecque, la même ambiance, mais un auteur ne refait-il pas toujours le même film ?
Bobby Green (Joaquim Phoenix) est gérant d’un temple de la nuit à Brooklyn qui appartient à un bon père de famille russe qui l’accueille chez lui comme un fils. Un caïd plus âgé, figure de père, comme le beau-père de Mark Whalberg dans «The Yards ».  Mais le père biologique de Bobby existe, c’est le commandant Burt Grusinski (Robert Duval). A la luxueuse fête de Thanksgiving dans la boite de nuit "El Caribe", on oppose dans la foulée la fête de la police pour la promotion du frère de Bobby, Joseph Grusinski, le policier modèle. Bobby s’y rend avec sa petite amie Amada, superbe plante (Eva Mendes, enfin une actrice non formatée!) que le père rejette  immédiatement de « tu l’as ramassée où ta portoricaine ?». D’un côté, les paillettes, les drogues mondaines, les vêtements bling-bling (la boucle d’oreille en diamant de Bobby), de l’autre, un buffet de cantine, une estrade, des uniformes.
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Eva Mendes

© Wild Bunch Distribution Galerie complète sur AlloCiné


Apprenant par hasard que le trafiquant de drogue Vadim Nejinski, le neveu de Marat Bouzhayev, du patron russe de la boite de nuit, est à l’origine de la tentative d’assassinat sur Joseph, son frère, devenu chef de la brigade des  stups, et que le même sort est réservé à leur père, Bobby change de vie, il n’a pas le choix. Devenu indic de la police, on cache Bobby et Amada dans un motel, mais le couple ne tient pas le coup dans cet environnement austère, trop habitué aux plaisirs et à la vie facile. La première scène montre une étreinte torride entre Bobby, chemise rouge sang, et Amada, robe en lamé noir et bas noirs, les deux plus ou moins défoncés, « Je suis un mec comblé », dit Bobby. Dérangés par Jumbo, le vigile dealer, on se bagarre devant les podium des gogo dancers topless, ils  fumeront encore dans la voiture qui les emmène à la fête de la police (« Jumbo nous a gâtés ») pour se déstresser…
Le truc infaillible du scénario, c’est d’avoir pesé de façon inexorable sur le faux choix du héros  en faisant d’un voyou  le frère et le fils d’un policier, ce qui le condamne à choisir rapidement son camp : les truands ou la police. Dans «The Yards», Mark Whalberg, victime de Joaquim Phoenix et de sa bande de copains, ayant payé et payant encore pour les autres, n’aura pas le choix pour sauver sa peau, à la fin du film, il passera du côté de la loi, de la dénonciation. Dans «La Nuit nous appartient» (devise de la police de NY), Joaquim Phoenix endosse les deux emplois, le voyou et le transfuge repenti, personnage coupé en deux qui va choisir (accepter) son destin à mi-film. A Mark Whalberg le rôle ingrat du policier ternissime, l’homme de devoir sans fantaisie.

Joaquin Phoenix

© Wild Bunch Distribution  


C’est en cela que le film est dérangeant, il fut sifflé en projection à Cannes où la presse y vit un film de justicier. Voir Bobby endosser l’uniforme de la police laisse dubitatif mais James Gray tempère son propos : Joseph dit à Bobby devenu policier qu’il l’a toujours envié pour sa liberté, que lui n’a jamais fait qu’obéir à leur père, semblant regretter le choix de Bobby… Les dernières images doivent tout à l’interprétation touchante de Joaquim Phoenix : sa tristesse tandis qu’on le fête dans la police, son regard perdu qui semble reconnaître Amada dans l’assistance mais ce n’est pas elle, seulement une jeune femme qui lui ressemble comme une sœur…
Plus violent, moins crépusculaire, plus agité que le précédent, le film y perd en grâce, en homogénéité, la reconstitution des sinistres années 80 étant la réussite de l’entreprise, les années fric et frime, le New York des Yuppies et des golden boys, la défonce dorée, les temples de la nuit dont s’inspirera à Paris le Palace, Eva Mendes étant le sosie du top model Cindy Crawford (de l’époque révolue des tops models stars avec Claudia Schiffer et Naomi Campbell en tête de file).
En revanche, le film y gagne en scènes d’actions dont une superbe poursuite en voiture sous une pluie battante. Polar maffieux aux accents Shakeasperiens, Scorsesiens, neo-Nouvel Hollywood, servi par des images et des acteurs au dessus du lot (bouleversant Joaquim Phoenix, vrai héritier de Brando, Robert Duval tellement subtil), le film va sans doute trouver plus large public que le précédent « The Yards », malgré leur parenté étroite, à cause de ces scènes d’action ouvrant sur une plus large audience. Malgré l’aspect trop manichéen du scénario qui en dérangera plus d’un, sans parler de l’apologie de la police (on peut le voir ainsi), c’est de la grande qualité tout de même, la haute couture du polar !

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