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Hopper: pop or not?

Publié le 18 mai 2010 par Mojorisin

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Nous pouvons dire que oui, et même si l’ensemble de son œuvre immense varie sur ce critère, certaines continuent d’inspirer des générations d’artistes pop. NightHawks ou Summertime traduisent bien le langage pop dans leur composition. Hopper annonçait l’arrivée du pop art comme Turner celle de l’impressionnisme en son temps.

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Summertime Edward Hopper

L’effet de réalisme s’impose d’abord, puis vient une sensation étrange, proche de la nostalgie, mélange d’espoir et de tristesse de laquelle naît un étrange engouement. Ces scènes si banales (des gens dans un bar ou en train de bosser, nous sommes loin de la grandeur du jugement dernier !) s’auréolent pourtant d’une beauté sensuelle et d’une fatalité tragique, et dans cette sublimation réside tout le génie pop de l’artiste.

Car Hopper fut avant tout un romantique (au sens artistique mais je ne doute pas de son cœur d’artichaut) probablement inspiré par la définition qu’en donna le poète allemand Novalis (1772-1801) :

« Le monde doit être romantisé. Ainsi on retrouvera le sens originel. [...] Quand je donne aux choses communes un sens auguste, aux réalités habituelles un sens mystérieux, à ce qui est connu la dignité de l'inconnu, au fini un air, un reflet, un éclat d'infini : je les romantise »

Le romantisme s’attachait à la contemplation d’une nature mystifiée, à la fois sauvage et apaisante, sensuelle et violente. Particulièrement esthétique, ce courant majeur de l’Art n’en traduisait pas moins les inquiétudes de sociétés amorçant une révolution industrielle et une dernière fois l’Europe contemplait son passé et son innocence à jamais entamés par la Science et l’Argent. La Nature devint donc le rempart contre les valeurs matérialistes d’une nouvelle classe au pouvoir, la Bourgeoisie. Ainsi l’Homme, saisi par une contemplation nostalgique et vertigineuse, prend conscience de son caractère éphémère face à l’infinité indomptable de la Nature. Caspar David Friedrich illustra parfaitement cette sensibilité.

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Le détournement de Hopper se situa justement à ce niveau. L’Américain opéra une franche substitution en remplaçant cette Nature abstraite, presque divine et proche du Jardin d’Eden, par l’environnement ultra concret et matériel des Etats-Unis. Les buildings remplacèrent les arbres, les restaurants et cinémas devinrent de nouvelles abbayes, les intérieurs de nouveaux refuges, et les marques de nouvelles emblèmes. La ville, dont New-York constituait l’aboutissement, devint finalement cette nouvelle nature immense et insaisissable que les hommes plongés dans leur solitude contemplaient avec vertige ou traversaient au volant de leur voiture (symbolisée par la station essence).

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Et si Hopper substitua la Ville à la Nature, il en préserva néanmoins l’aura mystérieuse, source de beauté et de fatalité, dont l’homme, lui, demeurait toujours le témoin.

    


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