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Theatertreffen - La Dauerkolonie de Marthaler sent le renfermé

Publié le 18 mai 2010 par Steffi

Theatertreffen - La Dauerkolonie de Marthaler sent le renfermé

Samedi soir, en sortant des hangars de Tempelhof, je me dis que j'ai du mal à comprendre le succès de Christoph Marthaler. Artiste associé d'Avignon 2010, il y a déjà triomphé l'an dernier avec son RiesenBuztabach - eine Dauerkolonie. Sélectionnée pour ces Theatertreffen, cette pièce s'est installée le week-end dernier dans les hangars désertés du plus grand aéroport du monde, Tempelhof. J'ai souvenir que la poésie m'avait tenue éveillée pour Die Fruchtfliege, vue il y a deux ans à la Volksbühne. Cette fois-ci je trouve juste son univers sans surprise, et je m'y ennuie.

En Allemagne, ces tapisseries vieillottes, ces vêtements étriqués, ces meubles années 50 sont devenus à la mode. Cette esthétique n'a plus rien d'une douce ironie populaire qu'on trouve chez les Deschiens. Pour la première fois j'ai vraiment l'impression d'un décalage générationnel avec un metteur en scène pourtant pas si vieux (la cinquantaine). Son monde m'est étranger, son petit ballet d'anti-héros du quotidien qui ne ressemble plus au mien me touche mollement. Peut-être étais-je trop loin perdue au 30e rang d'un gradin vertigineux. Je vois bien que tout le monde applaudit à la fin, que le charme a opéré, je regarde les visages, ils sont âgés.

Le gigantisme de Tempelhof se mariait pourtant bien au décor signé Anna Viebrock, une maison/usine/pavillon/cité, à vous de choisir. Le lieu de tous nos quotidiens, sous l'inscription "Institut des entreprises de fermentation". Balcons, garages aux portes coulissantes, escaliers, salles vitrées, les acteurs évolent dans ce décor aux multiples facettes mais finalement très clos, étouffant. La pièce s'ouvre sur un tableau tout féminin. Des silhouettes de tous âges sont disposées ça et là au milieu de meubles épars, et attendent. Salle des ventes, magasin, bureau, appartement, en tout cas un lieu transitoire, en devenir - ou en pleine décrépitude. Ca sent le début et la fin d'un monde, on ne sait pas bien lequel. Un homme entre en scène, claque des bises à chacune et multiplie les mêmes explications vaseuses de son retard à sa maman/épouse/maîtresse. Il leur parle en français, elle n'y comprennent rien. Mais finalement peu importe ce qui se dit, et en quelle langue, ces échanges n'ont pas de sens, pas plus que les comptes des banques qui se vident et se remplissent au rythme éffréné de la (les) crise(s) économique(s). Ces quelques conventions sociales du quotidien, sont tout ce qui nous reste d'un monde en déliquescence et on s'y raccroche pour croire encore en l'ordre du monde : un patron derrière son bureau vitré qui surveille, un employé de banque peu aimable derrière son comptoir, des hommes qui crient à leur femme de leur chercher des bières, des fêtes à cotillons qu'on organise dans le garage. Mais autour tout s'effrite, les meubles disparaissent les uns après les autres, les comptes se liquident, les héritages s'envolent, les patrons se déshabillent pour pousser la chanson.

Durant les deux heures et demi de la pièce, Marthaler semble regarder ses personnages s'affoler dans une cage ou un aquarium leur injectant une dose de "crise économique" et regardant ce qui se passe. Le ballet qu'il leur fait exécuter est dirigé avec méticulosité à tous les étages. Pas ou peu d'histoire, des situations qui éclatent, s'étirent souvent, des répétitions, des ballets qui tournent à la posture et tournent à vide - comme ce défilé de mode final en habits recyclés (il faudrait que Marthaler aille voir ce qui se fait en danse avec ce type d'idées, je pense notamment à Parades and Changes d'Anna Halprin, c'est tout de même autre chose). Impossible cependant de résister à cette bande d'acteurs fidèles, différents, non formatés, et surtout "pas jeunes". Ils vivent sous nos yeux, tour à tour guignolesques, mesquins, petits, rêveurs. Mais leurs déplacements à quatre pattes, leurs va et vient entre les trois garages, leurs chorégraphies sur "Staying alive" transpirent le second degré bon marché. Les chorégraphies ne me font pas vraiment rire, le comique est facile, vu et revu.

Le théâtre de Marthaler sent un peu le rance, comme le capitalisme qu'il attaque. Son théâtre de marionnettes chantantes ne m'amuse pas, voire m'ennuie. Quoi, Bach et Schubert pour nous sauver des eaux entâchées de nappe de pétrôle du libéralisme triomphant ? Je ne trouve aucune originalité dans cette proposition, aucune échappée, ni poétique, ni esthétique. Où se situe la modernité de ce spectacle ? J'ai l'impression d'être loin de tout ça, et me souviens de l'émotion lundi dernier à la Schaubühne en découvrant Trust de Falk Richter - qui sera d'ailleurs à Avignon cette année. Dans sa critique de la crise économique, Richter développe bien d'autres énergies, même si ce sont celles du désespoir.


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