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Cannes 2010, Jour 6 : Le cinéma sud-américain est “biutiful”…

Publié le 18 mai 2010 par Boustoune

Il était attendu, il n’a pas déçu : Alejandro Gonzales Iñarritu revient en compétition, quatre ans après son prix de la mise en scène pour Babel, mais sans son scénariste-fétiche Guillermo Arriaga, avec qui il est irrémédiablement brouillé.
Au début de Biutiful, on a justement eu un peu peur que l’absence du génial scénariste ne se fasse cruellement sentir, car il faut un peu de temps avant d’entrer dans le film, s’attacher aux personnages et comprendre les tenants et les aboutissants de son histoire. Mais cela vaut vraiment la peine de s’accrocher et d’attendre que l’oeuvre livre ses secrets. Iñarritu avait pour habitude de réaliser des films-choraux faisant intervenir de nombreux personnages au service d’un thème donné. Ici, il se concentre sur quelques personnages, mais aborde de nombreux thèmes subtilement reliés les uns aux autres : la famille et la force du groupe, l’argent, l’humanisme au coeur de la misère, l’immigration clandestine et le sort tragique des sans-papiers, la maladie et la mort, qui étend son ombre sur l’ensemble du film… 
Mais Biutiful est avant tout une formidable leçon de mise en scène. L’auteur joue sur les mouvements de caméra, les cadrages, les lumières et les effets de montage avec discrétion et efficacité. Il utilise la puissance du langage cinématographique, les récurrences visuelles, les éléments du décor pour conférer une dimension poétique indéniable à cette oeuvre fortement ancrée dans une réalité peu joyeuse. Enfin, il continue son travail sur le son, entamé avec Babel, en créant une ambiance sonore incroyable, enveloppante, dense. Pour l’instant, il s’agit probablement du film le plus abouti parmi ceux présentés en compétition officielle, et Iñarritu se place directement parmi les plus sérieux prétendants à la palme…

Biutiful - 2

On n’en dira pas autant de Takeshi Kitano qui, après nous avoir offert un véritable petit chef d’oeuvre au début de l’année, Achille & la tortue, déçoit fortement avec Outrage, son nouveau film. Il revient au film de Yakuza, son genre de prédilection, pour offrir une énième variation sur le thème des règlements de comptes entre truands, du code de l’honneur et de la vengeance, sans lui apporter de quelconque originalité, jouant sur les mêmes effets, les mêmes provocations. C’est plus qu’une stagnation dans son oeuvre, une régression… Peut-être ne faut-il y voir qu’un film de commande, une oeuvre un peu plus commerciale lui permettant de poursuivre la veine expérimentale de ses précédents films ? Mais alors, sa sélection en compétition officielle est plus qu’injustifiée, en compétition du moins…

carancho - 2

Thierry Frémaux aurait pu, par exemple, sélectionner l’excellent Carancho plutôt que de le coller dans Un certain Regard. Le film de Pablo Trapero, superbe film noir à la mise en scène et à l’interprétation brillantes (Martina Guzman, Ricardo Darin), aurait pu se mêler aux prétendants à la Palme d’Or… 
Jean-Luc Godard aurait aussi pu être sélectionné en compétition avec Film Socialisme, mais le fantasque réalisateur suisse a posé ses conditions : le festival pouvait mettre son film dans la sélection qu’il voulait, mais la projection devait avoir lieu en salle Debussy, pas au Grand auditorium lumière. Résultat, cette nouvelle oeuvre était présentée dans le cadre d’Un Certain Regard. J’aurais aimé vous en parler plus longuement, mais ma malédiction personnelle a encore frappé – je n’ai jamais pu voir un film de Godard à Cannes. Trop de monde, pas assez de places… J’étais pourtant dans les trente premiers de ma file d’attente – pas prioritaire du tout… – et seuls vingt-cinq sont rentrés… Frustrant… Rageant… Ce qui me rassure, c’est que les organisateurs ont eux-aussi été frustrés… par l’absence de Godard, qui avec humour a prétexté un “problème de type grec”…

Film-socialisme - 2

A la place du nouveau Godard, j’ai vu un nouvel objet cinématographique bizarre à la Quinzaine : Le vagabond, l’histoire d’un jeune juif orthodoxe de Jérusalem, issu d’un milieu ultra conservateur, soudain confronté à un problème physiologique qui éveille en lui pulsions sexuelles et désir. Objet curieux dont les thèmes abordés, plutôt osés dans ce contexte, tranchent avec la mise en scène, très lente, très sobre… Encore une expérience curieuse, pas totalement aboutie, mais pas mauvaise non plus…

Autre film présenté dans cette section, Tout va bien se passer, le nouveau film de Christoffer Boe, lauréat de la Caméra d’or en 2003  pour Reconstruction. Un thriller très “hitchcockien”  (n’en déplaise à Laterna Magica, pas d’accord avec moi sur le terme…) qui développe un climat de paranoïa assez réjouissant.
Tout s’est bien passé, effectivement, et le film brille par sa mise en scène, élégante, raffinée, jouant sur la répétition des motifs géométriques (le cercle) et lumineux (les reflets de caméra). Boe filme ses décors comme les maquettes dont se sert son personnage principal, scénariste brusquement confronté à une sombre histoire de secret militaire…

everything will be fine

Enfin, Année bissextile semble avoir divisé les festivaliers – de bons échos d’un côté, très mitigés de l’autre pour ce drame érotique assez cru. A voir pour se forger sa propre opinion… Mêmes avis mitigés à La semaine de la critique, pour The myth of the american sleepover de David Robert Mitchell…
En revanche, les échos de Countdown to zero de Lucy Walker, présenté hors compétition, en séance spéciale, sont assez mauvais…

Que dire de plus de cette journée bien chargée ? Ah oui, La Meute a eu droit à une projection en séance spéciale que seuls quelques privilégiés ont vu. Pour rappel, il était initialement prévu une projection sur la plage du festival, ouverte au public, mais comme le film, violent, n’avait pas encore eu son visa d’exploitation, il était hors de question de le projeter n’importe comment en public… A moins que ce ne soit juste pour éviter de resalir des plages fraîchement nettoyées… Le sang, ça tache…


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