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5 questions à Antonin Varenne

Par Sophielit

Né en 1973, Antonin Varenne se consacre entièrement à l’écriture après des études de philosophie. Fakirs est son troisième roman.

1. VOUS ET la lecture ?Côté lecture, j’ai des habitudes très erratiques. Le rythme dépend des périodes de l’année (plus il fait beau moins je lis), de mes périodes d’écriture (plus j’écris moins je lis). L’intensité change aussi. Quand je suis en train d’écrire, tous les radars sont ouverts et les livres ont des effets bien plus forts. Trop de lecture, comme trop d’écriture d’ailleurs, a tendance à me plonger dans un état d’irréalité, de retrait; je lis donc pour disparaître un peu, et j’arrête pour la même raison, pour revenir. C’est ce qui décide de mon rythme et de mon rapport aux livres.

J’aime prêter les livres que j’ai aimés; en ce moment le critère est assez simple : si j’arrive à les finir. Il y a une quinzaine d’ouvrages sur ma table de nuit, inachevés. Quand l’alchimie opère avec un texte, en général il est lu en deux ou trois jours. Je fais attention à ces objets, j’utilise des marques-page, mais quand le bouquin me déplait, parfois je me mets en colère contre le papier : j’ai jeté le dernier roman d’Ellroy contre un mur tellement j’avais l’impression que l’auteur et la critique s’étaient foutus de moi. Un plaisir qu’on ne peut pas se permettre avec un livre électronique. Beaucoup trop cher.

Ça revient à ce que je pense de ces machines : elles ne remplaceront jamais le rapport de passion que l’on a avec un véritable bouquin. Je ne crois pas au livre électronique, les ordinateurs serviront toujours plus à jouer à des jeux vidéos, les marchands d’ordinateur se trouvent une façade “culturelle” en vendant du contenu littéraire, mais c’est bidon, une mode qui passera. Il y a plutôt des questions sur les droits, sur la copie électronique et la diffusion.

  2. VOUS ET les livres ?Le dernier bouquin que j’ai fini était un livre de Ruth Klüger, (Perdu en chemin), publié chez Viviane Hamy, mon éditrice; c’est le deuxième livre de souvenirs écrit par cette femme remarquable.

Je suis dans un creux, pas de livre en vu, j’attends que le hasard m’en fasse tomber un entre les mains. Je suis tombé sur L’Adversaire de Carrère; j’ai essayé trente pages et l’ai reposé. Le hasard ce sont les librairies, les rencontres et les amis, par contre je n’ai absolument aucun réflexe vis-à-vis des prix littéraires.

3. VOUS ET l’écriture ?Pour écrire je suis du matin, et cela peut durer toute la journée; mais si je ne commence pas ma journée en écrivant, je passe à autre chose. Tout démarre quand j’ouvre les yeux, et que je reste dans mon lit, sans bouger, en faisant le bilan de la journée de la veille, passée au tamis du sommeil et des rêves. C’est à ce moment-là que je prends des décisions et que j’assemble les idées. Si mon fils ne vient pas sauter sur le plumard, en balayant d’un seul coup les petites intuitions fragiles du réveil… J’avance à l’instinct, la raison intervient plus tard, à la relecture, quand on a pris de la distance et qu’on revient sur cette matière lardée d’inconscient.

Ecrire à la main m’empêche complètement de penser à autre chose, je suis trop près des mots parce qu’il faut les fabriquer manuellement, et ils me collent aux doigts. Le clavier me permet de regarder ailleurs quand j’écris, d’avoir une sorte de double pensée.

Il m’arrive de prendre des notes à la volée, dans un train ou pendant une soirée, mais c’est rare et je ne les relis pas.

Je me transforme en éponge quand j’écris, donc je fais gaffe à ne pas trop lire. J’ai lu La Route de McCarthy pendant que j’écrivais mon prochain livre. Je n’ai pas touché à mon ordinateur pendant quelques jours après cette lecture qui m’avait marqué.

4. VOUS ET Internet ?Internet… Je m’en sers un peu pour mes recherches. Par exemple je repère des rues et des immeubles quand je n’y suis pas allé, quand je choisis des adresses sur un plan et que je veux savoir à quoi ressemble un endroit. Mais quand je peux je vais voir de mes yeux. Je ne fouille pas l’actualité sur internet. D’ailleurs je suis très peu l’actualité, et sinon plutôt à la radio. J’utilise la toile avec parcimonie, pas vraiment par méfiance, surtout parce que je ne cherche pas de cette façon. Je me documente en lisant des livres sur les sujets qui m’intéressent.

Pour ce qui est des blogs et des critiques, je me méfie autant d’internet que des journaux. Le problème étant que la critique se réduit de plus en plus à des avis; les blogs en disent souvent plus sur ceux qui écrivent que sur les livres. Une critique n’est pas une conversation, ce devrait être une analyse, ou comme la description d’un paysage : il est absurde de dire qu’on n’aime pas un paysage, en tout cas pas avant de l’avoir décrit et replacé dans le contexte d’un voyage, à la limite en expliquant ce qu’on est venu y faire et ce qu’on y a trouvé. Je ne sais pas si l’image est explicite, mais les critiques ressemblent souvent à de mauvaises photos de vacances. On est passé là, c’était nul… et basta. Ou bien C’était super beau, sauf que la photo ne rend rien… Du coup on ne tient plus compte de ce qu’on lit à propos de ses livres. La seule chose que l’on peut dire c’est : quelqu’un a aimé, quelqu’un n’a pas aimé.

Par contre, dans un registre plus subjectif que critique, c’est sur internet que l’on trouve les commentaires les plus touchants, et encourageants. Il m’arrive d’envoyer un petit mot de remerciement. Pour ce qui est de l’écriture, il est rarissime de lire une critique qui fasse avancer.

5. VOUS ET vos projets ?J’ai terminé mon prochain manuscrit, qui est en relecture chez Viviane Hamy. Il sortira en janvier 2011, pas encore de titre. C’est un livre qui a été impressionnant à écrire, parce qu’il traite de la guerre d’Algérie, du parcours d’un appelé très proche de ce que mon père a vécu là-bas. Il est mort au début de ce projet qui lui tenait à cœur. Je crois que pendant un an j’ai continué à vivre avec lui, c’était réconfortant. Finir le livre a été le moment le plus dur. Je suis content de ce texte. Je crois qu’il ressemble pour la première fois, un peu en tout cas, à ce que j’avais voulu en commençant. C’est une première, et la parution de ce bouquin sera une épreuve. Là, les critiques, il se pourrait qu’elles fassent mal. L’important est de l’avoir écrit et d’être soutenu par mon éditrice et son équipe; pour la suite je vais tenter de me préparer un blindage !

Oui, j’ai d’autres projets et occupations en dehors de l’écriture; par envie et pour ne pas devenir une chose abstraite, je suis en train de monter une SCOP avec trois amis, une entreprise coopérative de construction de maisons en bois et de saunas, dans la Creuse. Une excellente façon de recharger les piles, de garder bonne mine et de ne pas avoir le cul plat à force de rester assis dans un fauteuil. Pour moi c’est aussi un projet à long terme, contrairement à l’écriture qui me semble plus passagère, disons volatile. Pour l’instant j’écris relativement beaucoup, mais cela pourrait changer.


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