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Pavement au Zénith le 7 mai 2010

Publié le 27 mai 2010 par Jb

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Qu’elles sont loin déjà, les années 90… Ce furent des années extrêmement fertiles pour ce qui concerne le rock, supérieures à mon humble avis à la première décennie de l’an 2000, comme j’ai déjà eu l’occasion de le montrer. Voici déjà quelques jours Pavement, un des groupes importants des années 90 et qui s’est récemment reformé, jouait au Zénith de Paris. J’avais la chance d’y être.

Pavement a pondu cinq albums entre 1992 et 1999. On peut sans doute dire aujourd’hui qu’il est un des groupes importants des années 90, même si sa notoriété n’a jamais atteint des sommets, en tous cas elle fut toujours bien en-deçà de celle d’autres formations phares des nineties (qu’il s’agisse de Nirvana, Radiohead, Smashing Pumpkins et j’en passe). Le Zénith d’ailleurs, quoi que bien rempli, n’était pas plein. Preuve que même dix ans après, la popularité du groupe n’a toujours pas crevé les plafonds (et ne le fera sans doute jamais).

Pour la postérité, on dira que Pavement est l’un des groupes à l’avant-garde du mouvement lo-fi. Mais pour ceux qui trouvent un peu vaine l’application de telles étiquettes, forcément réductrices, on dira simplement que la musique de Pavement sonne comme un moment de fraîcheur et de créativité intense dans le rock américain indépendant de la fin du 20ème siècle, dans la mesure où elle parvient à mixer avec brio des influences pop et noisy et créer du nouveau.

Du noisy à la Sonic Youth, Pavement retient la dissonance (dans certaines parties de guitares et, plus systématiquement, dans la voix qui est souvent à la limite – volontaire – du faux), quelques brisures de rythmes et certains riffs enragés.

De la pop, Pavement retient les lignes mélodiques inspirées, parfois chantonnantes ("Cut Your Hair", "Shady Lane"), parfois plus mélancoliques ("Gold Soundz", "We Dance", "Spit on a Stranger"), parfois country-folk ("Range Life", "Father to a Sister of Fought").

A titre personnel, j’aurais tendance à trouver que Crooked Rain, Crooked Rain (1994) est leur meilleur album, suivi de près par Wowee Zowee (1995). Slanted and Enchanted (1992) est un excellent premier album, Brighten the Corners (1997) a selon moi quelque chose de plus inabouti, même s’il reste de haut niveau, quant à l’ultime Terror Twilight (1999), il "casse" définitivement l’image lo-fi du groupe puisqu’il est produit par Nigel Godrich (qui, rappelons-le, a produit OK Computer de Radiohead en 97). Parfois plus méditatif, parfois plus triste (la sublime "The Hexx"), il propose un son plus aérien et moins "home made", un peu crépusculaire, cadrant bien avec la dissolution prochaine du groupe.

Si Pavement s’est retrouvé en 2009, c’est bien sûr pour marquer le coup et fêter l’anniversaire des 20 ans de leur formation (1989). A ce jour, aucun nouvel album n’a été édité et la tournée qu’ils ont donc entamée voici quelques mois a uniquement pour but de jouer des titres extraits de leurs 5 albums des années 90, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure ou de ceux qui le sont devenus entre temps.


Aussi pouvait-on légitimement avoir quelque appréhension ce vendredi 7 mai 2010 alors qu’on attendait les débuts du concert parisien de Pavement : le groupe avait-il toujours envie ou cette reformation n’était-elle qu’une affaire de gros sous ? Les doutes ont assez vite été levés : d’allure toujours juvénile (surtout du côté du leader chanteur et guitariste Stephen Malkmus), volontiers primesautiers, proposant un set extrêmement punchy, n’occultant aucun titre emblématique, servant deux rappels, Pavement a prouvé à son public qu’il avait eu raison d’acheter ses places et de venir les acclamer. Le choix des titres et de leur enchaînement laissait peu de place aux temps morts et à l’ennui, il prouvait surtout que ceux qui pensent que Pavement est un des grands groupes des années 90 ont mille fois raison.

Au chapitre des regrets (inévitables lorsqu’il faut faire des choix parmi les nombreux titres de 5 albums excellents), je citerai : "We Dance", "Grave Architecture", "Cream of Gold", "The Hexx". Autant de chansons que j’adore et que Pavement n’a pas jouées ce vendredi 7 mai. Tant pis, espérons que ce sera pour la prochaine fois…


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