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"Robin des Bois".

Par Loulouti

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On a toutes et tous besoin de héros mythiques, de figures historiques emblématiques, de ces personnes légendaires qui peuplent notre imaginaire de cinéphile.


Robin des Bois est de celles-là. Il représente l’archétype du héros populaire qui détrousse les riches pour donner aux pauvres, qui combat la tyrannie et l’injustice.


Même si Robin des Bois a fait l’objet de multiples adaptations sur le grand et le petit écran il faut bien reconnaître que deux longs métrages sortent indiscutablement du lot.


En 1938, Michael Curtiz et William Keighley ont mis scène "Les aventures de Robin des Bois" avec dans les rôles titres Errol Flynn, Basil Rathbone et Olivia de Havilland. Une œuvre cinématographique pleinement réussie mais dont le "tort" est d’avoir quelque peu figée l’image même du héros pour des lustres.


Il a fallut attendre 1991 avec "Robin des Bois, prince des voleurs" de Kevin Reynolds avec Kevin Costner, Morgan Freeman, Mary Elizabeth Mastrantonio et Alan Rickman pour que la trame narrative et les personnages évoluent, l’angle d’attaque choisi soit différent. Le long métrage a insufflé de la vie à une figure devenue trop encombrante. Parfois le mythe peut tuer le mythe.

Si vous désirez vous cultivez je vous conseille de lire cette mise au point très complète de Ciné Quartier. Un retour sur le mythe "Robin des Bois" plein d'informations et surtout superbement écrit.


La sortie d’un nouveau "Robin des Bois" pour cette année 2010 a soulevée bien des doutes et des hésitations. Ces incertitudes se sont transformées en sarcasmes quand l’annonce a été faite que Ridley Scott serait aux commandes et que Russell Crowe incarnerait Robin des Bois.


Les premières affiches et surtout la première bande annonce n’ont pas arrangé les choses. Certains ont estimé (avant même d’avoir vu le film, paradoxe quand tu nous tiens) que dix ans après, le duo magique, nous resservirait une sorte de "Gladiator 2" déguisé.


Mais il faut toujours juger sur pièces avant d’asséner une quelconque sentence.


A titre personnel je n’avais pas ce genre d’interrogations. Je suis fan de Ridley Scott depuis un quart de siècle et Russell Crowe est un acteur charismatique à souhait. Et j’aime le cinéma spectaculaire.


Alors pourquoi bouderais je mon plaisir ?


Et le spectacle fut au rendez vous. Et dans des conditions phénoménales.


J’étais le seul spectateur dans une salle de 300 places. Le rêve de tout cinéphile. A la fin du long métrage, j’ai croisé le projectionniste qui m’a signifié qu’il n’aurait jamais du lancer le film, car le coût de la séance n’étant pas couvert par le prix de mon billet.


J’ai vraiment eu de la chance sur ce coup là.


"Robin des Bois" est une œuvre spectaculaire, brutale et démesurée. LE spectateur en prend plein la poire et en a pour son argent.


D’entrée je vais évacuer le parallèle avec "Gladiator" pour ne plus y revenir. Il serait caricatural de dire les deux opus se ressemblent. Même duo gagnant, procédés et équipes techniques usités quasi similaires, sujets comparables ne signifient pas qu’une œuvre est la copie conforme de sa devancière.


Je ne vais pas contester qu’il y a ça et là des plans de caméra qui se répondent, des partis pris techniques qui rappellent "Gladiator", "Robin des Bois" est un film qui a ses caractéristiques et une identité qui lui sont propres. Penser et/ou énoncer le contraire s’assimilerait à de la mauvaise foi pure et simple et nierait le dur labeur de centaines de personnes sur plus de deux années.


"Robin des Bois" est un film qui se singularise d’entrée par la volonté de revenir aux origines du mythe. Nous côtoyons non pas la légende mais un simple archer du Roi d’Angleterre dont le destin bascule à l’occasion d’une embuscade contre son souverain.


La volonté est clairement affichée de mettre à distance les longs métrages précédemment réalisés. Parler de "Robin des Bois" parait presque injustifié car côtoyons Robin Longstride pendant la plus grande partie du long métrage.


La figure de Robin des Bois étant devenue trop lourde à porter, Ridley Scott s’emploie à casser l’image du héros et dépoussière l’image d’épinal. Quitte à déboussoler les spectateurs venus assister à une énième apologie du héros, le metteur en scène prend des risques sur le plan scénaristique et s’approprie la légende.


Et cela fait un bien fou. Le cinéma prouve une nouvelle fois qu’il n’est pas figé. Les réalisateurs ont toute la latitude nécessaire pour nous procurer du bonheur.


"Robin des Bois" 2010 est un long métrage enthousiasmant, trépident. Cette nouvelle vision des choses bénéficie d’une mise en scène tonique. Nous savons toutes et tous que Ridley Scott est à l’aise avec des milliers de figurants, des dizaines de caméras à gérer. Il nous le prouve une nouvelle fois. Sa construction est sans défaut majeur.


On peut juste lui reprocher le débarquement français sur les côtes anglaises qui fait trop "D-Day" mais ce choix de mise en scène dont la modernité est discutable n’est qu’une larme dans un océan de réussite.


Car "Robin des Bois" est indiscutablement un film sévèrement gonflé, pour ne pas dire autre chose. Les séquences spectaculaires sont légions. Les moments de bravoure s’enchaînent pour notre plus grand bonheur. Ridley Scott fait appel à ses plus grands savoirs faire. Son dernier est destiné au grand public. Et cela se voit à l'écran.


Tout est question de rythme aussi. Sans nous laisse le temps de nous ennuyer, le metteur en scène sait alterner temps forts et temps faibles. Le long métrage ne se résume pas à deux heures vingt d’action. Nous évoluons dans l’intimité des protagonistes au travers d’échanges et de conversations aux dialogues finement travaillés.


Il a surtout le temps de nous présenter ses personnages. Chacun d’entre eux bénéficie d’un traitement qui va au-delà de la simple apparition.


Robin (Russell Crowe), Marion Loxley (Cate Blanchett), Sir Walter Loxley (Max Von Sydow), William Marshal (William Hurt), Godfrey (Mark Strong), le Roi Richard (Danny Huston) ou le Roi Jean (Oscar Isaac) ont tous leur minute de gloire et une présence à l’écran savamment dosée.

Les seconds rôles, à commencer par Kevin Durand (Petit Jean) , Mark Addy (frêre Tuck) et Scott Grimes (Will l'écarlate) ne sont pas en reste. Les intrigues secondaires se mélangent agréablement à la grande Histoire.

Le film est visuellement agréable. La reconstitution est crédible. Les panoramas sont magnifiques, les lieux de tournage opportuns et imposent un cachet de véracité. Les moindres détails (costumes variés, armes, armures) sont soignés. Nous baignons dans un moyen-âge véridique sur le plan formel.

Marc Streitenfeld compose une trame musicale très agréable.

Mais je crois que la plus grande satisfaction est pour le public est d’être plongé dans une véritable épopée historique spectaculaire. La seule constante est le plaisir procuré.


Nous savons pertinemment que Ridley Scott s’est accordé quelques libertés avec l’époque médiévale. Les tatillons pointeront (à raison sur le fond) telle ou telle erreur mais un film n’a pas vocation à être d'une fidélité à toute épreuve.


Au premier "ça tourne", nous sommes déjà dans la fiction.


Une fois de plus long métrage est porté par un Russell Crowe à la présence diablement impressionnante. Son Robin Longstride, héros en devenir, a du charisme à revendre, une force intrinsèque


Je ne serai jamais objectif dans l’absolu avec Cate Blanchett car c’est mon actrice préférée. Je la trouve divinement belle et talentueuse. L’actrice apparaît pleine de douceur et de force à la fois dans le rôle de Marianne. Au final elle représente l’alter ego au féminin de Robin.


William Hurt et Max Von Sydow font preuve une fois de plus de leur professionnalisme coutumier.


Mark Strong, étoile montante du 7ème art, est un méchant de cinéma convainquant et crédible. Une fois de plus pourrait on dire.


Oscar Isaac est l’une des bonnes surprises du film. Son rôle de roi calculateur lui va comme un gant.


"Robin des Bois" est à prendre pour ce qu’il est avant tout : un spectacle cinématographique.


Pas autre chose.


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