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Robin Des Bois

Publié le 31 mai 2010 par Flow

Robin Des Bois. (de Ridley Scott)

Mort d'une légende.

 

Robin des Bois est un mythe. Apolitique et atemporel, il s'est fondé petit à petit, au gré de multiples rajouts et réécritures. A la manière d'un Vercingétorix ou d'une Jeanne d'Arc, il a la particularité de pouvoir épouser toutes les causes. Ce qui en fait un symbole politique alors qu'il n'en représentait aucune à la base (dans ce sens, ce film n'échappe pas à la règle). La mode étant en ce moment de se pencher sur la naissance des mythes -de revenir aux origines- ce film suit le mouvement. Or, il n'était peut être pas inutile de les évoquer tant les seules images que l'on garde du héros sont ses collants, sa romance idyllique avec Dame Marianne et son leitmotiv: prendre aux riches pour donner aux pauvres. Replacer la légende dans un contexte actuel tout en expliquant sa naissance était un programme alléchant. Hélas, il n'en sera rien. Et au lieu de nous expliquer comment naissent les légendes, Scott nous montre comment en tuer une.

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D'entrée de jeu, nous saisissons la volonté du réalisateur. Sa version sera réaliste et ancrée dans l'Histoire. Fini les collants à la Walt Disney et les aventures romanesques à la Kévin Costner, ici il y aura du sang et des larmes. Le contexte historique est sombre, le héros est torturé par la mort de son père. Il n'y a pas de quoi rire. Pourtant, un paradoxe se dessine rapidement. Si il décide de faire de Robin des bois un film réaliste et historique pourquoi l'Histoire est tellement malmenée? En effet, il suffit de regarder les représentations des deux Rois pour crier au scandale. Jean sans terres est l'archétype du despote benêt, alors que l'on sait qu'il a essayer de remettre sur pied un royaume en ruines et Philippe Auguste, vil conspirateur, se prend pour un américain et à droit à son propre débarquement de Normandie! De même, le film souffre de tous les stéréotypes de la représentation du Moyen-Age au cinéma. Le ciel est sombre, le sol est boueux et les dents sont blanches.

D'autres films ont commis ces erreurs et il est aisé de passer outre mais le malmenage ne s'arrête pas là. Le message du film est limpide (et ressemble à de la propagande). La petite noblesse est menacée par les riches et les puissants donc elle se bat pour sa liberté. Le message est actuel: la classe moyenne doit se battre pour survivre. Seulement, lorsque l'on modifie l'Histoire pour la faire coller à notre volonté, on fait de la propagande. Et c'est exactement ce que fait ce film. La vision de l'unité seigneuriale, véritable Utopie, montre les seigneurs travaillant avec les paysans qui eux sont heureux d'être pauvres. Et ces vils riches viennent menacer toute cette belle harmonie. Dans le même ordre d'idée la Magna Carta est brulée par le Roi Jean...

Même en prenant le film au premier niveau de lecture il n'y a rien à sauver. La nature même de l'épopée requiert un souffle épique. C'est un lieu commun qui me semble inutile d'évoquer. Et pourtant, le réalisateur l'a oublié. Si les batailles sont réussies visuellement, elles n'ont aucune envergure, aucun enjeu. L'ennui règne. Nous suivons d'un côté les aventures de Robin à la ferme et de l'autre les intrigues politiques de bas étage de ces dirigeants corrompus. Rien n'est mis en œuvre pour pousser le spectateur à s'impliquer.

Et la naissance de la légende dans tout cela? Et bien justement, elle n'est pas évoquée. Les personnages sont là: les compagnons, l'ennemi intime (le shérif, sous exploité) mais c'est leur seule raison d'exister: que l'on entende des noms connus. Ils seraient absents, la donne ne changerait pas beaucoup. De même pour Robin. D'où lui vient sa détermination et sa volonté de protéger les faibles? Eh bien, en fait, il la trouve sous un rocher (littéralement!). Scott n'explique rien du changement de son héros. Pourquoi un homme devient il un hors la loi afin de protéger son idéal? C'est une question qui restera sans réponses.

Las, c'est impuissant que l'on assiste au remake involontaire de deux classiques Disney. Mulan, tout d'abord, avec une Marianne qui veut évoluer dans un monde d'hommes afin de protéger l'honneur de son (beau) père. Elle finira par partir à la guerre et en armure. Le second n'est autre que Peter Pan, à l'origine inventé par le génial James Barrie. En effet, les enfants sauvages, victimes collatérales de la guerre, en plus de leur inutilité font penser aux enfants perdus. Mais de Robin des bois, nous ne retrouvons rien.

 

 

Ce film n'apporte rien à la légende et pire, tente de la détruire. Il est difficile de comprendre ce qui a intéressé Ridley Scott là dedans tant l'impression qu'il n'y croit pas domine. C'est le même constat pour Russel Crowe, plus monolithique que jamais. Si eux n'y croient pas, je ne vois pas pourquoi nous nous devrions.

 

 

 

Note:

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