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La musique électronique: pop or not?

Publié le 01 juin 2010 par Mojorisin

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La musique électronique fait corps et âme avec le langage pop car celle-ci s’articule selon la même logique. Tout d’abord son origine en fait un mouvement pop par excellence, mais la technique la supportant constitue une véritable usine de laquelle découle la quasi majorité des musiques actuelles. 

Les œuvres pop découlent le plus souvent du détournement de technologies de leur usage d’origine (les jeux vidéos par exemple, résultent d’un détournement de l’intelligence artificielle) et la musique électronique ne fait pas exception. Les pères fondateurs travestirent l’usage du matériel de divers laboratoires de musiques et des techniques d’enregistrement radiophoniques pour créer des objets musicaux d’un genre radicalement nouveau. A Cologne, au début des années 50, le compositeur Herbert Eimert et le physicien Werner Meyer-Eppler travaillaient sur des sons générés par des moyens électroniques.

Pendant ce temps, à Paris, Pierre Schaeffer élaborait la juxtaposition et la transformation de sons naturels. Ce dernier élaborera à cette occasion le concept de musique concrète (plus besoin de partitions ou d’orchestres, le créateur peut travailler seul sur le son de sa création) dont il définira ainsi l’objectif : « Le miracle de la musique concrète, que je tente de faire ressentir à mon interlocuteur, c'est qu'au cours des expériences, les choses se mettent à parler d'elles-mêmes, comme si elles nous apportaient le message d'un monde qui nous serait inconnu » (À la recherche d'une musique concrète, Paris, Seuil, 1952). Nos alchimistes préparaient ainsi le terrain au futur de la musique en défrichant ce « monde inconnu ».

De la jonction de ces deux écoles naîtra l’électro-acoustique dont la structure remettra en cause la base ancestrale de la transcription musicale en occident, à savoir le solfège et le système tonal(en 2030 la flûte se verra remplacée dans les collèges par une boîte à rythme). Imaginez ce que ce type de son, créé en 1956, pouvait engendrer comme réaction (je suis d’ailleurs certain qu’aucun de vous n’ira jusqu’au bout…). Avant gardisme dites vous ?

Cette musique, bien trop savante cependant car entre des mains savantes, commencera à se populariser lorsque les artistes s’accapareront cette technologie capable de créer des sons de synthèse (synthétiseur), de reproduire une rythmique (boîte à rythme), ou de modifier la voix (vocoder), pour produire leurs albums. Kraftwerk, groupe composé de musiciens passés par le conservatoire de Düsseldorf et passionné de musiques électroniques expérimentales, sortira à la fin des années 70 des titres comme Numbers ou Trans-Europe Express (l’un des morceaux les plus samplés). Un genre nouveau émergera soudain, reflet des grandes villes industrielles et de leur technologisme rampant. L’homme lentement rompra avec ses origines pour muer en machine.

Mais la musique électronique entrera définitivement dans la culture populaire au début des années 80 grâce à Afrika Bambaataa qui insérera dans son titre culte rock planet des samples de Kraftwerk. L’électro naîtra sous l’hospice de la Zulu Nation et les sonorité électriques iront se propager partout dans l’univers musical grâce à une maniabilité plus grande, et surtout un coût bien moindre, de ses instruments. Et de cet acte fondateur émergera l’électro, petite soeur du rap. Le monde se révèlera enfin prêt à remuer ses fesses au son des musiques électroniques.

Car le synthétiseur, la boîte à rythme, ou le sampler, permettent de détourner certains morceaux, certaines parties, pour les assembler avec d’autres. Ils sont à la musique ce que Photoshop est au dessin, à savoir un outil d’assemblage. Dès lors plus besoin de suivre des cours de solfège pour devenir musicien, chacun peut le faire, à condition de créer un montage avec des enchaînements pertinents. Ces machines offrent donc les moyens de réaliser de véritables collages musicaux où peuvent se mêler des extraits de film, de vieux tubes funk ou disco, ou divers instruments comme le sitar et le saxo. La musique électronique est la matrice par laquelle s’agencent des sonorités et des rythmiques déliées (les fameux samples). Le talent consistera donc à bien les agencer. Le rap, la house, la techno et l’électro fonctionnent de la sorte.

Mais en modulant les intensités, ces outils peuvent également actualiser d’anciennes traditions musicales en y insufflant les pulsations électriques adéquates et les rétablir dans une modernité ne pouvant créer qu’en assemblant.

La musique électronique est donc plus qu’une musique pop, c’est une véritable révolution (initiée par le numérique) dont nous ne percevons (et percevrons) pas encore tous les effets. Durant des dizaines de siècles l’homme exprima la palette de ses sentiments au travers des bois et des cuivres ; à présent l’informatique devient son nouvel instrument. Car au fil des siècles les sentiments demeurent ; mais leur expression évolue. Fidèles, levez vos mains en l’air, la house nation est en marche !

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