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[Soirée DVD] In the air de Jason Reitman

Publié le 03 juin 2010 par Cuttingpapers

In the Air - Jason Reitman - George Clooney
Ce qu’il y a de bien dans les films de Jason Reitman, c’est ce fragile équilibre entre l’humour et le drame, l’ironie mordante et la compassion.
Sans jamais que cela finisse réellement par pencher d’un côté ou de l’autre de la balance.

J’avais déjà fait ce constat avec Juno. Fausse vraie feel-good comédie qui sous ces atours bisounours planquait en fait une description du péril jeune et de la perte de responsabilité de trentenaires. Chacun trouvant un moyen de s’en sortir.
Par la fuite, ou l’acceptation frontale et aveugle de sa situation.

Dans In the Air, Reitman récidive, mais pousse finalement le bouchon plus loin.
Après vision, et n’en déplaise à certains, ce film est finalement beaucoup plus sombre que son prédécesseur.

Bon attention, par sombre je ne dis pas qu’il fait partie de ces métrages qu’il ne faut pas regarder avec une corde à proximité, hein, on est d’accord.
Non, c’est juste qu’il s’avère être plus pessimiste vis à vis de son personnage principal que ne l’était Juno.

Quid donc de cette histoire estampillée indie mainstream ?
Et bien on suit le parcours de Ryan Bingham (George ‘J’ai tué Batman, What else ?’ Clooney), employé par une compagnie pour aller licencier les gens à la place de leurs patrons.
Bingham. Synthèse parfaite et à peine caricaturée du quinqua individualiste branchouille qui traque les miles, vit à 300 à l’heure, s’abreuve de clichés, de bouffe merdique et de costards « so expensive« .
Live fast, die young, et si possible tout seul.

Le personnage est cynique, engoncé dans ses préjugés et son mode de vie, et persuadé qu’il s’agit de la meilleure façon de faire.
Oui, mais voilà, on lui file un jour dans les pattes Natalie Keener (Anna Kendrick). Jeune louve aux dents longues. Fausse dure, mais vraie idéaliste qui va prendre conscience de qui elle est au contact de son formateur, et réciproquement.

Bon, voilà pour le pitch…

La « comédie » de Reitman s’avère être au niveau de sa réflexion assez maline.
Où plutôt de ses réflexions.
Sous couvert d’une satire de la crise et des relations employeurs/employés et des destins parfois funestes qui les lient, notre réalisateur dissimule en fait son vrai sujet, à savoir à quoi se résument nos vies ?

Et la réponse est finalement simple : à notre boulot.
En tout cas en apparence.
Bingham vire des gens à tour de bras, mécaniquement, sans réellement se rendre compte de ce qu’il fait. Il balance à chaque fois le même speech : « C’est une nouvelle chance qui vous est donnée », avec la conviction d’une horloge parlante, et devant une middle-class effondrée et totalement désemparée.
Et ce sale boulot constitue en fait le noyau central de sa vie bien organisée. Son lieu de vie 90% du temps (les aéroports) et l’élément maitre qui lui permet de fuir tout ce qu’il veut, famille comprise.
Pas d’attache, pas de problème.

Seulement c’est ce même travail qui va lui permettre de rencontrer deux personnes clés, et susceptibles de lui faire changer sa vision des choses.
Natalie, la vraie nature de son job, et Alex Goran (Vera Farmiga) la vacuité de son existence.
Et cette prise de conscience salutaire s’avérera surtout douloureuse pour notre beau brun.

Le boulot d’un côté, le rapport au travail, et le parcours sentimental de l’autre dans une double hélice qui trouve sa conclusion dans les dernières minutes. Ryan Bingham n’est rien sans son boulot, et finirait anéanti sans lui. Il en est, contrairement à bon nombre de personnes qu’il a été chargé de virer, prisonnier.
Tous s’en sont sortis grâce à leur famille, Ryan, lui, ne le pourras pas…
Quoi qu’il fasse.

Ce rapport à l’autre, à la famille et finalement à nouveau aux prises de responsabilités auxquelles nous sommes confrontés, sont largement développées dans le film.
Qu’il s’agisse des relations catastrophiques (largement due au travail) entre Natalie et son petit ami, du mariage de la soeur de Ryan ou des mensonges d’Alex, tout tourne autour de ces gestions de vies, et de l’importance que le job, ou l’absence de job a joué dans chacunes d’elles.

En définitive, In the Air, bien que calqué sur le même schéma que ses prédécesseurs, s’avère être une nouvelle analyse des maux modernes. Ni jamais complètement optimiste, ets e refusant de sombrer dans le pathos, Jason Reitman se promène sur la corde et dépeint les aléas d’un monde égocentrique qui a perdu de vue les choses essentielles.
Un instantané d’un monde qui a fixé le travail comme valeur repère, et l’individualisme comme moyen de défense.
Un film qui laisse une porte ouverte à la réflexion après sa vision, plein de promesses et de solutions évidentes, mais que (ne soyons pas dupes), nous aurons tous oublié deux jours plus tard, trop absorbés par le flux de nos quotidiens…

Vision recommandée.


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