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Interview Belisamart (1ère partie)

Par Eguillot

Nathy Lunathyque du blog Belisamart, que je remercie ici pour son travail, a eu la bonne idée de me demander une interview à un moment de ma vie où je ressentais précisément le besoin de faire le point sur le parcours accompli. On a souvent tendance à enjoliver les faits en entretien, je me suis donc astreint à une certaine sincérité. Je ne suis pas sûr d'y être toujours parvenu, mais j'ai fait de mon mieux. Comme j'avais pas mal de choses à dire, j'ai décidé de scinder cette interview en trois partie sur ce blog. Si vous faites partie des courageux(ses), vous pouvez d'ores et déjà en retrouver l'intégralité sur le blog de Belisamart ou sur mon site. Ne vous étonnez pas de retrouver une petite bio en préambule de l'interview, celle-ci m'a semblé nécessaire à la compréhension du tout.

Biographie :


Né à Quito en Équateur en 1971, Alan Spade a ensuite passé une partie de son enfance en Afrique sub-saharienne. Ses parents ont finalement choisi de s'établir dans le sud de la France, où Alan a fait connaissance avec les auteurs classiques de l'hexagone en même temps qu'il baignait dans les romans d'Asimov, Lovecraft, Bradbury, Tolkien, King et tant d’autres... Marié, il est l’heureux père d’un petit garçon de deux ans et d’une petite fille de 5 ans. Il réside à présent à Pontoise, dans la région parisienne, mais se définit avant tout comme "citoyen du monde." Ce qui, étant donné son parcours, n'est pas une surprise…

Œuvres :

Mai 2009 : GPS (nouvelle fantastique parue dans l’anthologie Alice au Pays des Morts, collectif Babel la Ghilde des Mondes, ed. Emmanuel Guillot)
Juillet 2009 : Les Explorateurs (ed. Lokomodo)
Mars 2010 : Le Souffle d’Aoles (ed. Emmanuel Guillot)

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La toute première version des Explorateurs, sortie en 2005 sous le titre
d'
Espace et Spasmes. Couverture : Dorothée

Liens :

http://emlguillot.free.fr/
http://www.babelpocket.fr
http://emmanuelguillot.over-blog.com/

Interview :


1. B’A : Tu utilises un pseudo ? D'où vient-il ? Pourquoi ne pas garder ton vrai nom ?
Alan SPADE : Eh oui, j’utilise un pseudo. Alan, c’est en référence à un ami d’enfance, Alain. Lui et moi nous sommes tapés de bons délires, pour ainsi dire, dans notre adolescence. Je tiens à me souvenir de cela, ça me permet de me situer, de savoir qui je suis et d’où je viens. Spade, c’est pour sa consonance qui fait penser à Blade, et là, je pense au mythique Blade Runner. Mais c’est aussi pour moi une abréviation de « spadassin ». Non pas dans le sens de « tueur à gages », mais dans celui de « bretteur ». J’ai choisi Spade pour me souvenir qu’il faut avoir l’âme d’un guerrier dans ce métier, à la fois dans la phase d’écriture, où je me bats contre moi-même, contre les facilités d’écriture notamment, et dans la phase d’édition.
Si j’ai fait ce choix de ne pas garder mon vrai nom, c’est essentiellement pour des raisons d’ordre commerciales et marketing : pour vendre plus de livres. J’ai opté pour une consonance anglo-saxonne car mes ouvrages s’inspirent des auteurs cités un peu plus haut dans ma biographie, c’est un signal pour les lecteurs habitués à ces écrivains. C’est aussi parce qu’à titre personnel, mon premier réflexe quand j’étais « simple » lecteur et que je me baladais dans les rayons SF/Fantasy/Fantastique des librairies était de rechercher les noms anglo-saxons, les auteurs francophones ne venant qu’en second lieu. 
Cela me permet aussi de me distancier par rapport à ce personnage d’Alan Spade. Un peu comme dans un jeu de rôle, où, en supprimant les enjeux paralysants de la vie réelle, on regagne de la souplesse et de la marge de manœuvre. Ou bien, si vous voulez, à l’instar de Spiderman qui, lorsqu’il enfile sa tenue, laisse de côté l’étudiant timide et se fait fougueux défenseur de l’opprimé. Le costume fait l’homme, en quelque sorte. Il devient aussi plus facile de couper le cordon ombilical avec sa création et d’en parler comme d’un objet extérieur. C’est enfin une manière de répartir les rôles entre Alan Spade qui écrit et Emmanuel Guillot qui édite. Les gens ont besoin de cette répartition des fonctions, qu’on le veuille ou non.

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La deuxième version des Explorateurscomportait trois nouvelles 
en plus, soit huit en tout. Couverture : Dorothée


2. B’A : D'où te vient ta passion ? Et depuis quand écris-tu ?
Alan SPADE : Ma passion concerne d’abord les univers imaginaires, et là, elle remonte à mon enfance, à la découverte d’auteurs comme Tolkien ou King. J’étais un gros lecteur, de BD aussi bien que de livres d’ailleurs. Et pas seulement d’œuvres de fantasy ou de SF. J’ai tenu à aller un peu au-delà des ouvrages que l’on nous donne à lire à l’école, j’ai par exemple lu les Essais de Montaigne, la série de romans A la recherche du Temps perdu, de Proust, l’Emile de Rousseau, Victor Hugo, une partie de la Comédie humaine de Balzac, Homère, Virgile… Je tenais à me bâtir une culture classique éclectique – ce à quoi j’ai sans doute échoué, mais enfin j’aurais essayé.
Il y a écriture et écriture. J’ai commencé à écrire en 1996 en tant que critique pour des revues mensuelles spécialisées de jeux vidéo, la plupart du temps à la pige (c’est à dire en freelance), et j’ai eu cette fierté de gagner ma vie avec ma plume pendant huit ans. A partir de 2001, j’ai commencé à vouloir aller plus loin dans l’écriture tout en gardant cette vision « marchand de tapis » de ma plume. Je veux dire par là que l’écriture devait me rapporter de l’argent. Eh oui, je sais, shame on me ! En toute logique, mon destin aurait donc dû être de devenir nègre littéraire, et ce serait sans doute arrivé si je n’avais eu cet attachement si particulier aux univers imaginaires. C’est ainsi que le roman que j’ai écrit de 2001 à 2003 était une sorte d’hommage d’heroic fantasy aux livres dont vous êtes le héros, et notamment à la série Loup Solitaire, à ce détail près qu’il s’agissait déjà d’une création personnelle. Avec le recul, je suis heureux qu’il n’ait pas été publié, même si mes proches ont regretté de ne pouvoir lire la suite.

3. B’A :
Qu'est-ce qui t'a motivé à la partager avec un public ?
Alan SPADE : L’appât du gain, entre autres. J’étais habitué à être lu sous forme d’articles par les lecteurs des magazines. PC Team, chez qui j’ai été brièvement chef de rubrique, tirait par exemple à 20 ou 30000 exemplaires. Je me disais, si j’arrive à n’avoir que la moitié de ces lecteurs avec mon livre, ça fera quand même 10 ou 15000 ventes. Un raisonnement d’une naïveté excessive, je le reconnais ! (Pause.) Bon, d’accord, il n’y avait pas que cela. L’écriture était devenue une nécessité, il fallait que j’alimente ce désir, et il fallait que je m’améliore. Et pour m’améliorer, il me fallait un échange avec le public. Je ne sais pas si on peut parler de névrose. Peut-être.
4. B’A : Qu'est-ce qui a été le plus dur pour te faire éditer ? Raconte-nous un peu ton parcours.
Alan SPADE : Le plus dur dans mon parcours aura été ce moment charnière dans la période où j’avais noué des relations avec un éditeur rencontré au Salon du livre de Montreuil. Que mon premier manuscrit ait été refusé par lui alors qu’au départ, il s’était dit intéressé, avait déjà été un vrai coup dur, un uppercut dévastateur. Je m’étais en effet de plus en plus impliqué dans cet ouvrage, à force de l’écrire et de le réécrire. Et puis il me dit qu’il serait intéressé par un autre roman, et il me décrit, de manière vague, ce qu’il veut que je fasse. A cette époque, ma femme était enceinte et sans travail et je ne gagnais presque plus rien avec mes articles, notre situation était devenue très précaire. J’ai commis l’erreur de me lancer dans ce projet à corps perdu sans même exiger de signer un contrat. J’ai travaillé l’univers à fond, puis le synopsis, puis j’ai écrit les trois premiers chapitres. Malgré de très nombreuses relances, et en dépit du fait que jusqu’à ce que je lui envoie ces chapitres, le directeur de collection et moi nous étions vus régulièrement, je n’ai pas eu de réponse pendant six longs mois. Je ne pouvais pas écrire la suite pendant tout ce temps. Une véritable torture… Et évidemment, j’avais eu la faiblesse et le tort de croire que ce nouveau roman pourrait me tirer de mes difficultés financières. Même avec le recul, je trouve encore inhumain le traitement qui m’avait été réservé par cet éditeur, qui porte le nom d’un célèbre vicomte d’Alexandre Dumas. C’est ce projet ancien qui a trouvé un début d’accomplissement cinq ans plus tard, avec la parution du Souffle d’Aoles en mars 2010.

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Troisième et avant-dernière version des Explorateurs en 2006. 
La découverte de lulu.com aura été une étape importante dans
mes efforts de publication. Couverture : photo prise par le téléscope Hubble


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