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Lumière silencieuse : la vie, l'amour, les vaches

Par Rob Gordon
La vie, l'amour, les vaches. Le titre a déjà été utilisé par Billy Crystal mais aurait très bien pu convenir à Lumière silencieuse, troisième réalisation du Mexicain Carlos Reygadas. Le cinéaste a (temporairement ?) délaissé sa description crue du sexe comme moyen de communication, et livre un film plus mesuré, qui ne pourra plus être réduit à de la prétendue provocation.
Le retour aux sources est total : Lumière silencieuse, c'est l'histoire d'un homme marié qui tombe amoureux d'une autre. Point. Un argument dont Reygadas assume la banalité sans nom, souhaitant simplement apporter sa propre vision de ce genre de situation. Première particularité : il place l'histoire chez les mennonites du Mexique, une communauté pacifiste refusant le progrès matériel et vivant dans le dénuement le plus complet. Chez les mennonites, on parle un dialecte très proche de l'allemand, on parle très peu, et on s'adresse en priorité à Dieu. La deuxième particularité du film, le style de Reygadas, exploite du mieux qu'elle peut ce côté mutique et désespérément calme. Racontant cette histoire simple en près de 2h20, Reygadas prend son temps, jouant avec les baisses de rythme et les (très) lentes montées en puissances. L'image est souvent belle, les acteurs (amateurs) impressionnants et monolithiques. Ça donne un peu la même impression que si, lors de la visite d'un musée, on passait une demi-journée devant chacune des magnifiques toiles exposées : on ne peut pas tout à fait se plaindre, on n'est même pas sûr d'en avoir envie, mais quand même, au fond, on se fait un tout petit peu chier.
Là où le radicalisme de Reygadas fonctionnait à plein régime dans ses deux premiers films (et notamment dans le superbe Bataille dans le ciel, plus beau à chaque vision), il semble ici un peu plus vain, car au service d'aucun propos. Car ce qui pouvait passer pour de la provocation, c'est cette vision si particulière du monde, ce pessimisme à l'égard des hommes, cette envie de faire vivre le cinéma comme un chemin de croix. Lumière silencieuse semble en fait trop sage pour séduire, appliqué et homogène comme un bon vieux drame scandinave. On souhaite retrouver bien vite la cohue qui faisait de Reygadas un grand metteur en scène.
6/10

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