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Rebecca Di Giusto : La vie sous d'autres cieux

Par Gangoueus @lareus
J’apporte une attention marquée au titre des ouvrages. Il m’arrive même de faire des impasses sur certains ouvrages mal titrés à mon goût. Je conçois la difficulté pour certains auteurs de trouver la bonne formule pour traduire l’esprit d’un texte ou orienté notre interprétation de ce dernier.
Le titre de ce récit autobiographique de Rebecca Di Giusto a quelque chose de basique, d’assez simple mais qui en dit pas mal sur le positionnement de l’auteure.
C’est le récit de voyage d’une jeune femme partie avec son mari, Patrick, au Kenya le temps d’une année sabbatique découvrir ce pays et en particulier ses réserves animalières. La narratrice nous partage la conception de ce projet ambitieux pour ce jeune couple mixte basé dans la banlieue ouest de Paris, sa préparation matérielle, les contacts, l’arrivée au Kenya et à Nakuru en particulier, ville secondaire de ce grand pays de l’Afrique de l’est. Installés en plein cœur Milimani, quartier résidentiel de cette ville, la narratrice et son compagnon vont constituer leur petite ferme avant de parcourir les grandes réserves du Kenya, à pied, en bus, accompagnés, en couple... Ce couple sorti de son train-train quotidien et de la grisaille s’extasie à ce contexte nouveau auprès d’une population kenyane très imprégnée des codes de la société britannique.
Je ne connaissais pas beaucoup le Kenya, mais en fermant cet ouvrage j’en conclus que Rebecca Di Giusto m’a fait réaliser un beau voyage. Si on perçoit que chez nos deux tourtereaux, l’intérêt premier est cette rencontre avec la nature et le monde animalier très prolifique et accessible dans ce pays où les safaris sont légendaires, la narratrice porte également son regard sur les habitants du Kenya, les rencontres humaines inévitables. Et elle offre dans certains chapitres une description « ethnologique » de ce pays qui m’a parue très enrichissante. L’année sabbatique se prolonge en trois années, où ce couple revient travailler en Hexagone, un peu comme on fait un plein de carburant pour reprendre l’autoroute. On sourit, quand l’auteur porte un regard à la fois affectueux et acide sur Paris et son mode de fonctionnement s’appuyant sur la consommation chaque jour plus engagée de l’individu. A la lisière entre deux systèmes, on peut envisager si on fait le premier pas, bosser quelques mois et aller se la couler douce au cœur de la savane africaine. On sourit parce que Rebecca reste malgré tout attachée au fait du shopping chaque fois qu’elle revient à la « civilisation », que ce soit Nairobi,  au Cap ou à Paris.
Enfin, ce qui m’a intrigué, c’est cette distance de l’auteure avec le lieu qu’elle observe. Parce que n’eut été le quatrième de couverture qui nous rappelle l’immigration récente de l’écrivaine en France, originaire du Cameroun où elle a vécu jusqu’à l’âge d’être adulte, et un épisode dramatique par lequel la narratrice revient sur sa rencontre avec son homme à Douala, on a là la description d’une occidentale complètement détachée de cette Afrique. Le Kenya n’est pas le Cameroun, c’est certain. Mais, la vie sous d’autres cieux...
Ce sont là des réserves sur le fond. Mais, je recommande vivement ce livre à tous ceux qui en mal d’exotisme trouveront à la fois le désir de découvrir ce pays magnifique et les moyens de parvenir à cet objectif. Mention spéciale à la description de l’épisode de la guerre civile qui a suivi la réélection de Mwai Kibaki il y a deux ou trois ans. Contrairement à de nombreux touristes, notre couple est resté et il a longtemps vécu les choses de l’intérieur.
Je terminerai en soulignant la qualité de l’écriture de Rebecca di Giusto. Le style est très sobre, mais l’écriture est maîtrisée et agréable.  
Rebecca Di Giusto, La vie sous d'autres cieux
Edition Le manuscrit, 1ère parution en 2010, 279 pages

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