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Forteresse de solitude de Jonathan Lethem

Par Sylvie

Editions de l'Olivier, 2003

De Jonathan Lethem, je vous ai déja présenté il y a quelques jours l'un des ses premiers romans, Alice est montée sur la table, un drôle de délire métaphysique. 
Avec Forteresse de solitude, Lethem s'est définitivement affirmé comme une valeur sûre de la nouvelle littérature américaine. 
Ce titre est une vaste fresque sociale nous contant l'amitié qui unit un blanc et un noir dans le quartier défavorisé de Brooklyn à partir des années 70 jusquà nos jours. Revenant parfois à ses premières amours de science-fiction, il nous fait cependant naviguer entre réel et imaginaire. 
Lethem s'est fortement inspiré de sa propre enfance de petit blanc dans un quartier pauvre ; Dylan, le double de l'auteur, est un enfant élevé dans le quartier noir de New-York. Ses parents, artistes et gauchistes, futurs "bobos" comme on dit aujourd'hui, décident d'inscrire leurs fils dans une école publique et de lui faire découvrir la vie de la rue ; il va être l'un des seuls blancs du quartier et de l'école. Sa forteresse de solitude va être "ouverte" par un métis, Mingus, fils d'une star déchue du rock sombrant dans la cocaïne. 
Ce dernier va l'ouvrir à un monde inconnu, celui de la culture américaine underground des années 70 : les graffitis, la soul...mais aussi la drogue et...les comics. Et c'est là que le roman s'envole. Car au coeur du récit des bas-fonds à la Dickens, il y a un mystérieux homme volant qui lègue un anneau au petit blanc faible ; cet anneau donne soit disant le pouvoir de voler...C'est alors que Dylan et Mingus se prenne pour les justiciers des bas-fonds et n'hésitent pas à attaquer les gros caïds du quartier. A ca moment là, nous avons l'impression de lire un histoire de supers héros, héritiers des Spidermans et des Quatre fantastiques. 
Entre réel et imaginaire, sociologie des quartiers et envolées fantastiques, Lethem signe un récit tout en nuances, très original. 
Au delà de cette peinture sociologique de l'Amérique des années 70, des conflits raciaux, de la délinquance et aussi de la culture underground, Lethem signe une très belle histoire d'amitié entre un blanc et un noir sur une trentaine d'année. Le narrateur blanc, devenu critique musical en Californie, se souviendra tôt ou tard de son ami noir des quartiers pauvres. Souvenirs, culpabilité, rédemption sont au coeur du récit. A ne pas oublier également les rapports père-fils très subtils, dans un monde sans mère.
Une belle histoire et une plongée dans les problèmes raciaux des Etats-Unis. 
L'écriture est très rythmée, très cinématographique et parfois aussi très poétique.Voici les premières phrases :
" Comme une allumette qu'on craque dans le noir :
Deux petites blanches en chemise de nuit de pilou et patins à roulettes de vinyle rouge aux lacets blancs, qui décrivent des cercles hésitants sur l'asphalte fissuré du trottoir bleu ardoise, à sept heures, un soir de juillet.

Les filles murmuraient des comptines, étaient un murmure de comptines, la mousseline de leur chevelure, rose sous le ciel, cascadant comme si elle n'avait jamais connu les ciseaux.
Puis, plus loin :
"Nous étions dans un espace médian, un cône de blancheur où nous nous déplacions, père et fils, à une certaine vitesse. Côte à côte, pas vraiment au repos mais en suspens, comme deux griffonnages entortillés, énigmatiques, deux rêves d'homme".


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