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Carnets de déroute, suite

Publié le 12 décembre 2007 par Bertrand Gillet
Chapitre 4 :
Show case au Zèbre
The Agency with Sourya
Robots après vous
Quelques jours plus tard, alors que Sandoz ne donnait plus aucun signe de vie, je reçus un curieux paquet soigneusement ficelé et accompagné d’une carte de correspondance. Sur le papier vélin une élégante écriture sillonnait les moindres rainures apposant ici et là un trait vif dont le bleu intense et presque noir semblait scintiller. La dernière goutte d’encore avait fait exploser cette signature bi syllabique, Marie, une amie de mon compositeur favori, Carl-Baptist Von Rhodes. Je déballais la surface incroyablement tendue, lisse et plate, tenant entre mes mains, au bout d’une interminable seconde figée, quasi statuaire, la superbe édition vinyle du single de Xu Xu Fang, These Days, dont la pochette en carton précieux offrait à mon regard ébahi le magnifique visage iconique d’Uschi Obermaier, célèbre mannequin allemand qui fréquenta longtemps la bohème berlinoise. Marie était notre intermédiaire et ses talents de négociatrices de l’underground nous avaient valu ce présent inestimable, Le Los Angeles Times n’avait-il pas d’ailleurs justement écrit à leur sujet « See Xu Xu Fang now, before we lose them. », à défaut de les voir, nous pouvions aujourd’hui les écouter. Je posais la précieuse surface noire aux sillons magiques sur ma platine et ce que révéla le diamant ne fut que rêverie chimique pendant des minutes qui me parurent une éternité de défonce. Ces nuages immatériels étaient un bien meilleur antidote à la froide monotonie d’un été merdique passé dans une capitale vidée que le café bouillant que je sirotais dans une posture quasi extatique, robotique me fit vite oublier. Robotique, tien donc ? Ce mot venait de surgir et semblait englober une tout autre réalité, plus magnétique peut-être, moment chargé, intense que je ne pouvais me résoudre à ignorer, le show case de Sourya et de The Agency au Zèbre de Belleville. Slurp, slurp, le café embaume l’espace et ma chair frissonne une dernière fois, envahie par une épaisse chaleur bienveillante. Mon esprit remonte les strates du temps, il en extrait des souvenirs, comme une matière malléable  arrachée à l’inspiration du sculpteur. Oui, je me souviens. La salle était petite, feutrée bien que haute de plafond ce qui donnait l’agréable sensation d’être dans un théâtre moliérisé. Les convives s’étaient tous donnés rendez-vous, les uns occupant les balcons, les autres se massant en un conglomérat hybride à deux pas de la scène. Quand je débarquai avec ma nana, The Agency jouait déjà en formation serrée, François à la guitare et au chant, Yannick à l’orgue et Romain à la basse. Le trio égrainait ses perles psyché pop dans un trip acoustique qui sentait bon les tipis et les bois détrempés, la musique était cool, radieuse, aussi fraîche qu’une cascade phosphorescente, de celles que l’on trouve encadrée dans les échoppes et autres bazars de ChinaTown. Pour en revenir à The Agency, j’adore ce groupe dont l’inspiration et le songwriter doivent autant aux Kinks (la voix de François !) qu’à Traffic période Hole In My Shoes, ils ont le style, la manière avec un art consommé de la perfection sonore. Ils n’ont pas besoin de sitar ou de mellotron, ni même d’un quator à corde, ils sont pop par essence, par tradition, ils ont ce feeling dans le sang, comme les Stones pour le blues. Parisiens et anglais à la fois, ils ont aussi la classe, le flegme et l’humour, ce goût certain pour ces délirantes manifestations scéniques aussi efficaces que Pete Townshend pétant les plombs et sa rickenbaker un soir de débauche physique au Marquee. Le public est plus que réceptif, littéralement acquis à leur cause. Parmi les amis, il y a aussi et surtout des fans de la première heure, des filles qui moussent d’un plaisir à peine dissimulé lorsque Light My Boy claque dans la salle. Mon visage sourit benoîtement, on pourrait croire à une consommation excessive de drogues, ou que mon esprit est alors hypnotisé par la voix flûtée, aigrelette de Madame Royal dont le bavardage télévisuel aux inflexions caoutchouteuses vous charme en même temps qu’il vous suce la conscience si bien que vous errez alors dans un rêve absurde qui peut durer cinq ans. Non, pas du tout. Je suis bien. Le set finit dans les applaudissements nourris au grain de folie, de génie, blablabla.
À suivre…

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