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Suspiria

Par Evelyndead

La sortie, ces jours-ci, d'un coffret collector réunissant le film remasterisé, un DVD de bonus et le cd de la bande originale, nous donne l'occasion de revoir le chef d'œuvre de Dario Argento. Et de constater à quel point cet opéra baroque et flamboyant, climax d'une carrière en dents de scie, n'a rien perdu de sa force hypnotique, ni de son pouvoir de fascination. Passons rapidement sur le scénario (qui oppose une jeune américaine et une sorcière, la Mère des Soupirs, propriétaire d'une inquiétante école de danse) pour nous concentrer une nouvelle fois sur le magistral travail pictural, qui charge les lumières et les décors somptueux d'une infinie poésie mortuaire.

Peu de films d'horreur peuvent en effet se targuer d'avoir fait l'objet d'un tel soin et d'une telle recherche dans le stricte champ chromatique (on peut penser au Shining de Kubrick, et bien sûr à Inferno du même Argento, mais c'est à peu près tout), avec comme visée et comme réussite, une ambiance en tout point unique. Le film se vit comme un cauchemar kaléidoscopique, dont les prismes se fichent d'une manière définitive dans l'esprit et la mémoire du spectateur, qu'il soit aficionado du genre ou pas. À l'aune de cet écrasant masterpiece, les autres films d'Argento (par ailleurs quelques fois remarquables, surtout la période giallo) semblent inexistants. À l'exception, encore une fois, d'Inferno, la suite chronologique de Suspiria, qui met en scène, dans un hôtel particulier, et dans de magnifiques aplats flashy, une deuxième sorcière, la Mère des Ténèbres, poursuivant dans la même veine et se payant même le luxe d'enfoncer plus loin l'expérimentation. Les deux films peuvent  (doivent ?) naturellement s'envisager comme un hommage au Hitchcock de Vertigo. Ils sont surtout le moment et l'endroit où le talent et l'inspiration d'Argento ne peuvent être rattrapés.


Il faut voir Suspiria (et Inferno), si l'on est un tant soit peu concerné par le genre du film d'horreur. Il faut voir le film comme un jalons: quelque chose qu'on a fait, et plus jamais fait par la suite.
E.D.

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