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La belle vie

Par Fibula
La belle vieLa belle vie, de Jay McInerney, Éditions de l'Olivier, 2007
Deux familles : d'un côté, Luke McGavock, sa femme Sasha, et leur fille Ashley ; de l'autre Russell et Corrine Calloway et leurs jumeaux Storey eet Jeremy. Milieux très aisés, bonnes situations dans le secteur de la finance ou du cinéma.
Une ville : New York ; une date : 10 septembre 2001. On découvre tous les protagonistes la veille de l'événement qui marquera l'Amérique du XXIème siècle.
Le surlendemain, Luke McGavock rencontre Corrine sur les lieux de la catastrophe du World Trade Center. Les deux décident de s'impliquer dans une cantine qui offre à manger aux secouristes, pompiers et bénévoles qui recherchent les survivants des attentats. Ce sera un vrai coup de foudre entre ces deux êtres qui se rapprochent l'un de l'autre à travers la catastrophe vécue par la nation toute entière, puis qui vivront dans un deuxième temps une vraie passion loin de tout le superficiel de leurs vies respectives. Prêts à fracasser leurs familles fragiles pour s'ancrer dans le réel de leur union qui leur est révélée au moment où ils s'y attendaient le moins.
C'est un magnifique livre que je viens d'achever, et pourtant il a été difficile de rentrer dedans. Les personnages peuvent apparaître superficiels d'un premier abord, vus à travers leurs situations financières, leurs préoccupations, leur obsession de la richesse, les bêtises de l'adolescente de Luke et Sasha, tout ce petit monde se montre lisse, égocentrique et faux.
Et puis les personnages se fissurent progressivement, laissant paraître à la fois leurs failles, leurs sentiments et émotions.
Et c'est absolument cela que je recherche dans un livre. Comment les mots arrivent à transcender les choses, avec une telle poésie, comment ils arrivent à nous faire sentir mal pour les personnages, comment ils arrivent à nous prendre et à nous emmener entre les lignes à espérer, à croire, à imaginer...
Certains de ces personnages s'avèrent plus sympathiques que d'autres, comme ce Luke McGavock, qui restera longtemps dans ma mémoire comme un homme doux, intelligent et surtout respectueux et tellement sensible. Magnifique personnage.
Corrine, avec sa part d'ombre reliée à la naissance de ses enfants, est extrêmement touchante, dans ses doutes et sa volonté de pardonner son mari infidèle.
Russell et Sasha, de leur côté, n'ont pas les beaux rôles mais on en vient à avoir pitié d'eux. Sasha est particulièrement haïssable par son côté mondain et son désintérêt pour sa fille qui se drogue et qui va mal, on hallucine devant son inhumanité. Personne n'est tout à fait innocent dans cette histoire et en prenant du recul, on peut retracer tous les éléments qui ont amené progressivement à la désintégration de leurs relations.
La fin un peu décevante nous montre que tout n'est pas si simple que ce à quoi l'on s'attend ou ce que l'on espère comme lecteurs. Les romans peuvent être aussi complexes que la vraie vie.
Mais peut-être Jay McInerney nous reviendra-t-il avec une troisième partie à cette histoire d'amour extrêmement belle, puisque j'apprends grâce à mes recherches pour écrire cet article que Corrine et Russell Calloway sont déjà les personnages du roman précédent de Jay McInerney, Trente ans et des poussières. Intéressant de reprendre des personnages comme ceux-ci quelques années plus tard (14 ans ici). comme Siri Hustvedt ou Paul Auster ont pu le faire aussi, à New York également. Cette ville est décidément bien inspirante.
Né en 1955 à Hartford (Connecticut), Jay McInerney vit aujourd'hui à New York. Il est l'auteur, aux Éditions de l'Olivier, de Bright Lights, Big City, Trente Ans et des poussières, Le Dernier des Savage, Glamour Attitude et La Fin de tout.
Une entrevue filmée de l'auteur ici
L'article du Figaro
L'article de L'Express
Un "Spécial New York" dans Les Inrocks
En écrivant ceci, j'écoute Do Make Say Think, Do Make Say Think (Constellation, 1997)

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