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Show must go on…

Par Borokoff

A propos de Tournée de et avec Mathieu Amalric 2 out of 5 stars

Show must go on…

Joachim est un quadragénaire à qui en apparence tout sourit. La revue érotico-New burlesque qu’il produit rencontre un franc succès en Province, menée tambour battant par des strip-teaseuses américaines à l’humour aussi excentrique que dévastateur. Mais les démons du passé ressurgissent le jour où l’ami de Joachim, qui lui avait promis de monter son spectacle à Paris, le « lâche » au dernier moment…

De quoi parle Tournée ? D’un type en pleine crise et qui fait, à quarante ans, le bilan de sa vie ? Ou bien est-ce un documentaire sur la tournée en France d’une revue érotique ? Un peu des deux à la fois mais Amalric ne semble jamais trancher. La mise en scène est brillante et formelle mais ne lève pas les doutes ni cette question du parti-pris sur ce que veut réellement raconter le réalisateur-acteur dans son film.

Tournée est à la fois le portrait psychologique d’un producteur en plein doute (joué par Amalric lui-même) mais aussi un documentaire précis et détaillé sur la tournée en France d’une compagnie de danseuses érotiques. Sorte de journal réaliste au quotidien des aléas matériels d’une troupe. Et des états d’âme de ses artistes qui ont le « mal du pays ».

C’est un peu le problème récurrent tout au long du film. On a du mal à situer ce qu’Amalric tient vraiment à raconter. Ses doutes ne confinent-ils pas à l’hésitation ? On pourrait très bien imaginer un portrait croisé du producteur et de sa troupe, mais Amalric les filme souvent séparément ou chacun de leur côté. Une scène est emblématique de ce problème du parti-pris formel, cette difficulté à faire des choix de mise en scène. Lorsque Mimi Le Meaux (Miranda Colclasure) danse, tantôt la caméra la filme seule sur scène, tantôt alterne avec des portraits en gros plan de Joachim. Joachim-Miranda, Miranda-Joachim. Amalric filme tout. Il aurait pu se contenter de filmer les émotions qui passent sur le visage de Joachim comme il le fait très bien au début du film. Pas besoin de filmer le spectacle à plumes de Mimi, le son suffisait (en hors-champ),  le show lui-même ayant peu d’intérêt (d’ailleurs il lui dit peu après). Mais Amalric filme tout.

Il y a pourtant une belle matière à filmer et un beau portrait à faire de Joachim. Qui est-il au juste ? Autrefois producteur télé de talent (c’est là qu’il a débuté), Joachim est aujourd’hui considéré par la profession comme un « looser » voire un paria. Sa violente altercation avec un producteur renommé (Pierre Grimblat) en atteste tout comme le coup de poing qu’il reçoit en plein visage.

« T’as toujours eu un comportement de merde » lui répète son pote producteur, François (Damien Odoul). Joachim est un rebelle, quelqu’un qui en a toujours fait à sa tête et eu du mal avec le système. Incapable de faire des compromis. Aujourd’hui, il paye cher la note. Divorcé, de retour des Etats-unis où il s’était exilé, il effraye ses enfants dont l’aîné lui en veut.

Mais ce portrait d’un producteur de revue en crise et de sa joyeuse troupe de strip-teaseuses en chair et gentillement « freaks » sont deux films différents. Et malgré quelques beaux moments tendus, comme cette rencontre inattendue entre Joachim et une employée dans une station service, qui donne l’impression d’avoir été prise sur le vif (on pense à une scène dans la rue de Le journal de David Holzman de Mc Bride, 1967), on reste sur sa faim. Malgré une chute brillante…

www.youtube.com/watch?v=NvoE-R8u3Dk


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