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Mea Culpa

Par Nathalie Seguenot
Suite à un petit mot d’Ecaterina, voici un échange touchant entre un écrivain et la réponse publique de son éditeur.
Stéphane Coïc, auteur de « Contraventions » écrit en ces termes une lettre adressée à Monsieur Gilles Cohen Solal, (Héloïse d’Ormesson) :     Mon Cher Gilles,
T'as vu, on s'parle plus !!
On s'appelle pas, on s'répond plus, on s'rappelle pas non plus, on s'email plus tout autant, on déjeune pas, on trinque plus, on reporte, on repousse — bientôt on se dira vous, tiens —, et même, on s'anniversaire pas d'ascenseur — pourtant c'est rare un anniversaire d'ascenseur, dis ! C'est pas tout le monde qu'a un anniversaire d'ascenseur — et voilà, bref, tout ça nous éloigne; ça rend triste — enfin, là, je parle pour moi, pour toi je sais pas, hein. Alors plutôt que de — que de quoi d'ailleurs, tiens ??? —, je t'écris. Pour te le dire, que non, on s'écrit plus, on se parle plus, etc (cf plus haut).
Bon.
Ben voilà.
C'est dit.
Ainsi donc il en est ainsi ?! (putain d'phrase, ainsi donc il en est ainsi, je te la recommande, tiens, place la sur ton blog pour voir si t'es cap ?!!)(d'ailleurs, à propos, tu fus plus en verve, plus en verbe !... Mais c'est toi qui vois...) (enfin, quand même, ces derniers temps tu abuses un peu du copier-coller...) (mais revenons à ce qui nous intéresse, à savoir, on se parle plus...).
Du coup, je me demandais si j'allais t'envoyer les 100 premières pages de mon prochain — mon prochain quoi d'ailleurs, livre ? roman ? récit ? — mon prochain récit, oui, c'est bien, ça !! — récit, donc. Tu sais, celui qui commence par Dring ! — eh ben non, y commence plus par Dring ! Na ! Oui parce que je me refais pas. Je suis toujours hésitant, pétri de doutes et d'angoisses, je tourne toujours des films dans ma tête, à l'endroit et à l'envers, à rebours et à débours, et j'emmerde tous ceux que ça dérange !!!
Mais vois-tu, cette absence de communication m'angoisse... Va savoir... J'y peux rien, c'est comme ça. Et tu sais comme moi que, hélas, le silence est quand même de la communication. C'est ça le pire. Alors je me dis, bon, voilà, y veulent plus d'moi chez EHO !
Il m'arrive, hélas, de lire, malgré moi et par hasard — et de toi à moi, je préférerais pas lire ce genre de conneries — que chez Eho on choie ses auteurs, d'aucuns d'ailleurs s'en félicitent, ne jurent plus que par là, je lis même qu'ils angoissent dans un protable (non, un portable, pardon) tard le soir, mais c'est comme ça, un auteur, ça s'épanche à 22h, dit-on, mais moi qui me tiens bien — oui parce que je n'appelle pas à 22h, moi, j'appelle uniquement quand tu es à 6000 kms d'ici, moi ! —, je ne vois rien de tout ça — bon il se peut que ça n'existe pas, d'ailleurs... — et donc — d'ailleurs non, ça n'existe pas, la preuve —, et moi qui me tiens bien, donc, je me dis que je dois être banni. Ou indésirable, ou je ne sais quoi encore... (tu suis ?...?) (oui ?) (bon, je continue). Oui oui, en bon moi-même que je suis — que veux-tu, je me refais pas, et pourtant j'y travaille, mais j'ai des années de pratique, ça m'a forgé l'imaginaire, je ne le revendique pas, oh non, mais j'en suis là, alors bon, je ne reviendrai pas dessus, j'ai grandi avec, je vis avec, j'essaie juste que ça s'arrête à moi, comprends si tu peux !... (là, j'm'en fous si tu suis pas ! t'as qu'à comprendre !) — bref, en bon moi-même, je me dis, voilà, bon ben voilà, c'est comme ça. C'était bien. C'était chouette (j'espère que là tu penses à Laurette...) et puis voilà, ça s'arrête. Y 'a une raison à tout.
Dommage..., mais bon.
On s'y fait. (Mais si, on s'y fait, allez...)
Sauf que. Non.
(ah ah, j't'ai bien eu !)
Aussi étrange que ça apparaisse, ça me tord ma liberté !
Oui oui t'as bien lu !!
Ça me tord ma liberté !
Seulement, je vais pas m'arrêter là, c'est hors de question, si c'est pas toi ce sera quelqu'un d'autre ! Ce serait vraiment dommage, crois-moi, mais y'a un grain de sable quelque part... (shoote dedans, tu veux ...! fais-nous ce plaisir.)
Non ?
Même pas vrai ?
Voyons... ... ça doit faire six mois que,
– Écoute j'ai pas le temps là, je te rappelle !...
et encore, ça c'est sur ton portable, sinon je n'espère même plus arriver jusqu'à toi, oulala, non...
Rends-toi compte, on ne s'est pas parlé depuis que Contravention est sortie !!!!!!!!!!!!!!!!!
Oui oui, vas-y, repasse-toi la bande...!
Rien...
Rien de rien, je sais que dalle sur son parcours, que dalle de ton opinion sur son parcours "commercial", que dalle de comment il a été perçu, que dalle des retours que vous avez eus sur lui... (je t'avais prévenu au début pour le "vous", eh ben voilà, ça arrive, c'est malin).
Bonjour l'angoisse !
Bonjour les encouragements !!
C'est vachement engageant sur l'avenir !!
C'est si pitoyable que ça, les retours sur Contravention ???
Alors c'est fini, on fait plus un bout de route ensemble ? Tu crois plus en moi ??
Et viens pas me dire que t'es désolé ! Parce que t'as forcément cinq minutes pour m'appeler !
Et si tu les as pas, prends-les ! A qui veux-tu que je pose les questions qui m'assaillent, que j'expose mes doutes, à qui je vais annoncer que je renonce à écrire, pour m'y remettre juste après, qui va avoir les mots justes pour me remonter le moral quand je l'ai au bout des chaussettes, parce que non, ça sert à rien, tout ça est vain, y'a rien à tirer de la littérature, elle est morte en France, elle se regarde le nombril, se tourne autour, s'auto-congratule en se tapant dans le dos, quelque part sur un trottoir de Saint Germain des prés. Et il est vain d'être moi dans ce monde enfermé, ce Monde trop petit, oui, il est vain d'écrire comme moi, à quoi bon, mon éditeur lui-même ne s'y trompe plus, qui ne m'appelle pas, comme un signe..., non ? Il y a cru et puis voilà, il en revient... OUI, à qui je vais le dire, hein ! Si t'es pas là pour l'entendre, dis !? À qui je vais me plaindre ??!
...
Ben pas à toi c'est certain !
Quoi, t'as eu peur ? Mais non, rassure-toi, t'es pas joignable !...
Allez, je m'arrête là.
C'est trop con.
je te l'envoie quand même, je l'ai pas écrit pour rien !
Démerde-toi avec... je sais pas si c'est possible, à toi de voir ( je te l'ai dit, je me refais pas) ...
Moi.
Si je ne suis pas pour moi, alors qui le sera...
Si je ne suis que pour moi, alors qui suis-je ?   Voici la réponse apportée à ce courrier touchant :   Mon Cher Stéphane,
je vais mettre ton texte en ligne sur le blog sous le titre "Autocrique"
Tu y liras ma réponse d'ici la fin de l'après midi.
Même si un certain nombre d'évènements personnels et familiaux ont joué, et jouent encore un rôle non négligeable dans mon attitude depuis le début de l'année, cela ne justifie en rien le silence auprès d'un auteur.
Je n'ai donc aucune excuse...
Difficile à avouer mais c'est vrai!
On ne peut pas que se vanter de faire bien les choses et d'être différent, positivement, des autres... alors que tu es la preuve que ce n'est pas vrai
Je comprends parfaitement, non c'est prétentieux, j'imagine ce que tu peux ressentir ; cette chose qui s'apparente à une désertion, donc à de la lâcheté...
Je n'ai rien à dire pour ma défense.
Je ne me suis pas bien conduit à ton égard, je le regrette et te prie de bien vouloir m'en excuser même si l'excuse n'efface pas l'offense...!
Pour ceux qui n'ont pas lu ton livre, j'espère que cet échange va leur donner envie de se jeter dedans.
Car il est à ton image; sensible, intelligent et foisonnant d'une imagination débridée.
"Contravention" est un excellent livre qui ne s'est pas bien vendu (environ 1000 exemplaires), mais cela c'est le cas de la majorité des excellents premiers romans...
La plupart d'entre eux ne se vendent qu'à 3/400 exemplaires...
Donc je ne suis nullement déçu par la "performance commerciale"
Pour le reste nous le garderons pour nous et nous le dirons lors d'un déjeuner au début janvier si tu le veux bien.
Je n'ai pas honte, c'est un sentiment que je connais peu, mais je suis désolé, tout en le comprenant fort bien, que mon attitude largement dictée par des circonstances extérieures ait pu te blesser.
Très amicalement à toi
Gilles

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