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Une vie de boy, de Ferdinand Oyono

Par Liss
Ferdinand OYONO, écrivain camerounais, auteur notamment des romans Le Vieux nègre et la médaille et Une vie de boy, qui sont devenus des classiques, nous a quittés le 10 juin dernier. A l'annonce de sa disparition, comment résister au désir de relire son oeuvre ? C'est la meilleure manière de lui rendre hommage. Lorsque je ne serais plus de ce monde, j'espère que vous aurez envie de me relire.
Une vie de boy, de Ferdinand Oyono
Ces deux romans, je les avais lus dans ma jeunesse, dans un passé qui s'amuse tellement à se planquer dans les coins et recoins de ma mémoire que je n'ai pas réussi à le saisir. Plutôt que d'essayer en vain de le débusquer, je me suis dit qu'il valait mieux relire l'auteur, non seulement pour lui dire au revoir le plus dignement, le plus horablement possible, mais aussi pour voir l'effet que cela me ferait, maintenant que j'ai un peu plus de maturité en tant que lectrice. Alors, Le vieux nègre ou Une vie de boy ? On cite souvent Le vieux nègre, c'est le titre qui est apparu dans les hommages qui lui ont été rendus, par exemple chez Obambé, ou sur le blog d'Alain Mabanckou. Mais les commentaires chez K.A. faisaient ressortir une nette préférence pour Une vie de boy. C'est donc celui-là que j'ai commandé. J'ai fait une agréable lecture, non que la vie de Toundi, le héros, boy chez le révérend père Gilbert, puis chez le commandant, soit agréable, mais je veux dire que je l'ai lu d'une traite, c'est un de ces romans que l'on lit d'une traite.
Le roman se prétend le journal d'un boy, qui a appris à lire et écrire auprès du premier Blanc auprès de qui il a travaillé, un prêtre. Nous sommes à l'époque coloniale. Les rapports entre les deux mondes, celui des Blancs et celui des Noirs, sont encore ceux de la domination des uns sur les autres, ceux de la déshumanisation des seconds, assimilés ou traités un peu comme des animaux. Même de la part de ceux qui sont censés avoir l'attitude la plus humaine : les hommes d'église. Eux non plus n'ont pu s'empêcher de traiter les Noirs qu'ils sont venus évangéliser comme des sous-hommes, et cela apparaît de manière subtile :
Je dois ce que je suis devenu au père Gilbert. Je l'aime beaucoup, mon bienfaiteur. C'est un homme gai qui, lorsque j'étais petit, me considérait comme un petit animal familier. Il aimait tirer mes oreilles et, pendant ma longue éducation, il s'est beaucoup amusé de mes émerveillements.Il me présente à tous les Blancs qui viennent à la Mission comme son chef-d'oeuvre. Je suis son boy qui sait lire et écrire, servir la messe, dresser le couvert, balayer sa chambre, faire son lit... Je ne gagne pas d'argent. De temps en temps, le prêtre me fait cadeau d'une vieille chemise ou d'un vieux pantalon. Le père Gilbert m'a connu nu comme un ver, il m'a appris à lire et à écrire... Rien ne vaut cette richesse, bien que je sache maintenant ce que c'est que d'être mal habillé...
(Une vie de boy, Julliard, p. 24)
Comme on peut le voir, Toundi est un garçon intelligent, il sait ne retenir que le meilleur d'une vie qui se montre plutôt ingrate. Du coup on a l'impression qu'il est heureux. En tout cas il apprend à apprivoiser la vie qui est la sienne, une vie de boy qui le perdra, malgré lui. Son tort : celui d'être témoin du fait que les Blancs, même ceux qui détiennent les plus hautes fonctions, ont leurs petitesses, comme tous les hommes, eux qui s'acharnent à se prétendre supérieurs...
Ferdinand Oyono, Une vie de Boy, première publication en 1956, Julliard, collection Pocket, 190 pages.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par vitivane
posté le 09 février à 18:02
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cet ecrivain a de belle ecriture

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