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Anthologie permanente : Erich Fried

Par Florence Trocmé

Trois fois rien

pour Catherine

Je ne sais pas ce que c’est que l’amour
mais peut-être
quelque chose comme ça :

Lorsqu’elle
revient de l’étranger
et qu’elle me dit fièrement : « J’ai vu
un rat d’eau »
et que je me souviens de ces paroles
en m’éveillant la nuit
et le lendemain au travail
et qu’il me tarde
de l’entendre encore une fois
prononcer ces mots-là
et aussi
qu’elle m’apparaisse en les disant de nouveau
exactement
comme elle m’était apparue la première fois –

Je pense que c’est peut-être ça l’amour
ou alors quelque chose qui s’en rapproche beaucoup

Peut-être

Se souvenir
c’est
peut-être
la forme la plus douloureuse
de l’oubli
et peut-être
la façon la plus douce
d’apaiser
cette souffrance

Ceci n’est pas une nature morte

Puisque te voici étendue
béante
entre moi et ma mort
tu peux être les deux à la fois
ma mort et ma vie
m’être plus intime que mon sexe
pleine de ton odeur et de la mienne

Parce que nous nous rions de la vie
tu peux rire maintenant
Parce que nous pleurons la vie
tu peux pleurer maintenant
et tu peux rire
et pleurer à la fois
parce que nous vivons et mourons

Eine Kleinigkeit

 

für Catherine

 

Ich weiß nicht was Liebe ist
aber vielleicht
ist es etwas wie das :

 

Wenn sie
nach Hause kommt aus dem Ausland
und stolz zu mir sagt : « ich habe
eine Wasserratte gesehen »
und ich erinnere mich an diese Worte
wenn ich aufwache in der Nacht
und am nächsten Tag bei der Arbeit
und ich sehne mich danach
sie dieselben Worte
noch einmal sagen zu hören
und auch danach
daß sie nochmals genau so aussehen soll
wie sie aussah
als sie sie sagte –

 

Ich denke, das ist vielleicht Liebe
oder doch etwas hinreichend Ähnliches

 

 

Vielleicht

 

Erinnern
das ist
vielleicht
die qualvollste Art
des Vergessens
und vielleicht
die freundlichste Art
der Linderung
dieser Qual

 

 

Kein Stillleben

 

Wie du hier liegst
offen
zwischen mir und meinem Tod
kannst du beides zugleich sein
mein Tod und mein Leben
mir näher als mein Geschlecht
und duftend nach dir und nach mir

 

Weil wir das Leben verlachen
kannst du jetzt lachen
Weil wir das Leben beweinen
kannst du jetzt weinen
und kannst lachen
und weinen zugleich
weil wir leben und sterben

 

Erich Fried, Es ist was es ist : Liebesgedichte, Angstgedichte, Zorngedichte. Berlin, K. Wagenbach 1984, p. 11, 14 et 32, traduction inédite de Chantal Tanet et Olivier Angel.

Contribution de Chantal Tanet et Olivier Angel

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