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Anthologie permanente : Michel Leiris

Par Florence Trocmé

Tentative inédite pour cette anthologie d’été. Poezibao se propose de suivre pendant quelque temps, pour le choix des textes, le fil d’une lecture en cours, celle du livre de Jean-Claude Mathieu, Écrire, inscrire, sous titre ″Images d’inscriptions, mirages d’écriture″ (éditions José Corti 2010). Jean-Claude Mathieu, sur la trace des « inscriptions » cite d’innombrables poètes. Poezibao reprendra certaines de ces citations et tentera de les compléter, chaque fois que possible, par un autre texte du même auteur.   
 
  •La citation d’Écrire Inscrire  
« Des rectangles aux bords parallèles, des volumes emboîtés, la page, la table, la chambre, la maison donnent un cadre aux signes. La forme de la ″stance″, stanza, stantia, chambre de repos pour l’écrit, les apparente. Leiris fait vœu, au début d’une nouvelle année, d’un grand vent qui vienne balayer cette géométrie : 
  ″Que la table sur laquelle s’ouvre ton cahier devienne l’esquif de planches mû par une voile où le vent souffle ! 
  Que ta chaise et son quadrangle de pieds t’unissent aux points cardinaux, au lieu de n’être que la sellette qui t’isole quand tu y a pris place. 
  Que la lampe qui t’éclaire t’apprenne à ne plus être un feu avare
.″ 
Au centre du dispositif la feuille, isolée par la coupe franche de ses bords, mais se creusant depuis Mallarmé en blancheur abyssale. Ces cadres isomorphes, quand ils accueillent la mort, deviennent la cassette et le tombeau de Mallarmé, les rectangles que dessinent ″papier″, ″toile″ et ″suaire″ dans Louve Basse. Kafka s’accroche à sa table comme un mort à sa tombe :  
  ″Pour écrire, j’ai besoin de vivre à l’écart, non pas ″comme un ermite″, ce ne serait pas assez, mais comme un mort. Écrire, en ce sens, c’est dormir d’un sommeil plus profond, donc être mort, et de même qu’on n’arrache pas, qu’on ne peut arracher un mort au tombeau, de même on ne peut pas m’arracher à ma table de travail dans la nuit
 »

 
Michel Leiris, Le Ruban au cou d’Olympia, Gallimard, 1981, p. 10 et Franz Kafka, Lettres à Felice, 26 juin 1913, Œuvres complètes, Pléiade, Gallimard, 1989, IV, p. 422, tous les deux cités in Jean-Claude Mathieu, Écrire Inscrire, José Corti, 2010, p. 222. 
  •D’autres textes de Michel Leiris  
AVARE 
 
M’alléger 
me dépouiller 
réduire mon bagage à l’essentiel 
Abandonnant ma longue traîne de plumes 
de plumage 
de plumetis et de duvets 
devenir oiseau avare 
ivre du seul vol de ses ailes 
• 
SANS THÈME 
 
  Pour Françoise et René Leibowitz 
Cueillir au vol les météores 
Faire crépiter leur succession de pointes acérées 
sans que jamais elles s’apprivoisent 
en longes 
ou crinières bien peignées 
de lignes courbes ou droites 
filant vers la guipure de bord de table en quoi 
happé 
l’horizon se résout.  
Michel Leiris, Haut Mal, suivi de Autres lancers, Poésie/Gallimard, n0 40, 1969, p. 196 et 207  
• 

Entre chien et loup,  
quand le papier ne sait quelle mouche se pose 
ou quelle encre le pique, 
l’alphabet s’émancipe. 
En route, mauvaise troupe !  
Michel Leiris, « Marrons sculptés pour Miro », Mots sans mémoire, Gallimard, 1969, p. 141. 
Michel Leiris dans Poezibao :  
bio-bibliographie, extraits 1, extrait 2, notes sur la poésie, 
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