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Nous, les vivants

Par Rob Gordon
Résumer un film de Roy Andersson, c'est comme demander à un centenaire de raconter sa vie en vingt mots : strictement impossible et complètement idiot. Comme Chansons du deuxième étage, Nous, les vivants est une succession de tableaux composés avec soin, étudiés avec lenteur et précision par un cinéaste entomologiste. Une atmosphère très scandinave (entre les pubs Krisprolls et les premiers Bent Hamer, pour faire simple) pour une oeuvre froide mais aussi terriblement drôle.
C'est à travers ces nombreuses tranches de vies, plus ou moins sordides, plus ou moins originales, qu'Andersson entend faire le portrait de chacun d'entre nous. Tout le monde y retrouvera en effet des petits morceaux de sa propre vie, et en découvrira si besoin l'aspect pathétique. Sous l'apparence d'un simple délire, certaines séquences sont d'une vraie cruauté, telle celle où un automobiliste nous raconte l'un de ses rêves. Condamné à mort de façon expéditive pour une broutille (par des juges buvant de la bière), il passe sur la chaise électrique devant un parterre de spectateurs, tranquillement installés avec leur seau de pop-corn. Ça semble tellement réaliste que c'en est véritablement flippant.
Il faut bien sûr ne pas être allergique à la lenteur ni à l'humour à froid. Avec un peu de patience, on entre dans le film sans peine, et on en savoure chaque miette. C'est que, l'air de rien, il se passe toujours quelque chose dans les films de Roy Andersson. Chaque coin de plan est travaillé, tant et si bien que l'oeil peut se poser à mille endroits et s'amuser d'un milliard de choses. Ce cinéma-là est profondément auteuriste et extrêmement divertissant pour qui daigne s'y engager. Une dualité suffisamment rare pour être soulignée.
8/10

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