Magazine Beaux Arts

De la lumière solide

Publié le 20 décembre 2007 par Marc Lenot

C’est ainsi que Anthony McCall nomme son travail, “solid light films”, montré actuellement à la Serpentine à Londres, jusqu’au 3 Février (après le Musée de Rochechouart cet automne, où l’on va trop peu souvent). Je ne résiste pas au plaisir de citer les premières notations d’Olivier Michelon dans sa préface au catalogue : “réduction abrupte du médium cinématographique, résurgence des croyances spirites du XIXème siècle, abstractions pures, sculptures de lumière, plans prolongés dans l’espace, volutes psychédéliques, murs franchissables, praticables éphémères, cadre pour une expérience collective..” (voir aussi cette interview).

De quoi s’agit-il ? De faisceaux de lumière dont on voit d’abord la trace élégante sur un mur noir dans une pièce obscure : un trait blanc se dessine sur le mur, il se déplace lentement et trace des figures géométriques planes, simples, des lignes droites et courbes qui s’entrecroisent. On regarde alors en amont : le cône de lumière qui part du projecteur est souligné par les volutes d’une fumée artificielle qui flotte dans la pièce, il en devient mordoré, ondoyant, tangible; on peut tendre la main ou avancer le corps, interrompre le faisceau, créer une ombre et voir sa propre main s’illuminer, barrée d’une ligne blanche. Il faut ensuite se placer derrière le projecteur et regarder les surfaces de lumière qui ondulent entre projecteur et écran, la manière dont elles se déploient comme des voiles, s’intersectent et se rassemblent. Dans chacune des trois salles où une telle sculpture de lumière est déployée, on reste longtemps, regardant sans fin la lumière devenir solide, puis se liquéfier à nouveau.

Est-ce du cinéma ? Ne restent que la durée et la lumière, mais comme matérialisée, en trois dimensions. Est-ce de la sculpture ? Ne subsistent que des photons, éphémères et incapturables. Cette déconstruction du cinéma est aussi une expérience à vivre, une oeuvre avec laquelle interagir.

A côté de nombreux dessins préparatoires dans la première salle (à voir en dernier, à mon avis), trois films relatent des performances plus anciennes d’Anthony McCall. Dans des paysages brumeux, lui et ses acolytes, vêtus de blanc, allument des feux au son de cornes de brume selon un schéma géométrique quasi magique (Landscape for Fire II) ou bien ils promènent de grands carrés blancs dans une nature désolée, s’assemblant et se dispersant, se montrant et se cachant (”Landscape for White Squares”). Enfin Earthwork montre l’artiste seul, bêchant la terre, creusant un trou, puis prenant un peu de cette glaise, l’enfermant dans un paquet et ré-enfouissant ce paquet comme un trésor au fond du trou qu’il rebouche : jeu d’enfant et de chasse au trésor, ou plutôt éternel recommencement de Sisyphe heureux ?


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