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Claude Aïello et Mathieu Lehanneur récompensés du 11ème Prix Liliane Bettencourt Pour l’Intelligence de la Main

Par Thomas Ka

La genèse du projet de ces cinq jarres composant L’Âge du Monde est une réflexion poétique sur la pyramide des âges de la vie. En partant de données statistiques froides et mathématiques, Mathieu Lehanneur « a cherché un moyen de les transformer en objet émouvant, en restant au plus proche de la réalité scientifique de ces chiffres».

PrixLilianeBettencourt 1 Claude Aïello et Mathieu Lehanneur récompensés du 11ème Prix Liliane Bettencourt Pour lIntelligence de la Main   Céramique Design & Moderne

Chaque pièce se devait d’être le reflet de la présence de millions d’individus, des naissances, des morts, de l’histoire d’un pays, des
guerres, des croissances économiques… D’où le choix de la céramique, une technique ancestrale qui donne une dimension sensible à l’empilement des tranches d’âges, et de la jarre, forme emblématique rattachant chaque pyramide à la longue histoire de l’humanité. Le choix de l’émail noir rappelle le matériau de départ, graphes et histogrammes qui ne s’encombrent pas de couleur, mais souligne également la volonté du designer de ne pas ancrer la pièce dans le temps, une couleur pouvant être le reflet
des modes rapidement dépassées. L’objet doit être atemporel.

« Finalement, il n’y a pas de volonté esthétique. Je prends la statistique, j’en fais un plan et c’est le potier qui la transforme. C’est de la matière brute, non digérée, non stylisée, non décorée. C’est le monde tel qu’il est à tel endroit et à tel moment. »

PrixLilianeBettencourt 3 Claude Aïello et Mathieu Lehanneur récompensés du 11ème Prix Liliane Bettencourt Pour lIntelligence de la Main   Céramique Design & Moderne

Les pays figurés dans cette série sont la France, le Japon, les États-Unis, l’Égypte et la Russie, à partir des données de 2007.

Le défi était de taille. Il s’agissait de façonner au tour cinq pyramides composées chacune de 100strates des différents âges de la vie, sur une hauteur de 70 centimètres. Le tournage de chaque jarre a été décomposé en plusieurs parties rassemblées, la masse totale pesant alors 100 kilogrammes. « La pièce la plus difficile à réaliser était celle du Japon, avec le retour à l’horizontal de 8 cm, c’est énorme ! » précise Claude Aïello.

Le designer lui avait transmis un plan, et le céramiste devait mesurer régulièrement les strates pour rester dans l’exactitude des données statistiques. Une fois la pièce réalisée, il fallait l’évider pour prévenir les fissures et faciliter un séchage régulier.

Deux cuissons se succèdent : une à 1040°C pour l’argile, et la seconde à 980°C pour l’émaillage (une couche d’émail est projetée au pistolet). La pièce perd alors le tiers de son poids une fois cuite.

PrixLilianeBettencourt 2 Claude Aïello et Mathieu Lehanneur récompensés du 11ème Prix Liliane Bettencourt Pour lIntelligence de la Main   Céramique Design & Moderne

Lors de la réalisation du prototype, Claude Aïello a eu une très mauvaise surprise. Alors que toutes les opérations s’étaient bien déroulées, il a découvert la pièce cassée en deux à l’ouverture du four. Il a du adapter son mode de production en allongeant
le temps de cuisson (en passant de 10 heures à 26 heures, et autant en refroidissement), mais surtout en changeant de matière première. Il a choisi « une terre d’origine espagnole, qui encaissait mieux le choc thermique. Elle avait de plus l’avantage d’une terre très fine, c’est-à-dire privilégiant le façonnage anguleux des strates de la pyramide. »

A propos du Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main

Enrichissant l’action conduite depuis dix ans par le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main, la Fondation Bettencourt Schueller veut mettre en lumière le travail des artisans d’art en dialogue avec d’autres univers de la création.

La volonté de la Fondation Bettencourt Schueller est de distinguer une création exceptionnelle résultant d’une collaboration entre deux professionnels croisant des compétences ou talents spécifiques. La coopération de l’un et de l’autre doit être
significative et identifiable en fonction des compétences de chacun.

La Fondation Bettencourt Schueller souhaite récompenser un dialogue opératoire entre un artisan d’art, son savoir-faire, et un autre créateur qui serait un artiste plasticien, un designer, un architecte, un décorateur, un ensemblier…

Dialogues 2010 est doté de 50 000 €, attribués à parts égales entre les deux lauréats, soit 25 000 € chacun.

> Texte et images dossier de presse

> http://www.fondationbs.org/


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