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“Salt” de Phillip Noyce

Publié le 24 août 2010 par Boustoune

Sur le papier, Salt aurait pu donner un divertissement efficace, à défaut d’un film d’une grande subtilité : un réalisateur confirmé, pas génial mais habile faiseur, en la personne de Phillip Noyce (Calme blanc, Jeux de guerre, Bone collector,…), une actrice star ayant déjà montré des aptitudes pour les films d’action musclés, et ayant aussi laissé entrevoir un réel talent dramatique – Angelina Jolie – de bons comédiens en soutien – Chiwetel Ejiofor et Liev Schreiber – et une approche du film d’espionnage se voulant réaliste, dans la lignée des films de la Trilogie Jason Bourne… Mais à l’écran, c’est une catastrophe…

Ah ça, elle est Jolie, l’Angelina ! Version brune ou version blonde – vous aurez les deux dans le film… – elle fera probablement craquer plus d’un spectateur mâle (ou femelle, ne soyons pas sectaires…) et s’attirera la jalousie de ces dames…
Elle sait aussi se montrer très à l’aise dans les scènes physiques et Dieu sait qu’elles sont nombreuses dans ce film-ci ! Mais pour la finesse de jeu, l’intensité dramatique, la densité psychologique, on repassera…

Salt - 4

Il est vrai que son personnage ne se prête pas vraiment à la subtilité… :
Evelyn Salt est une super-espionne de la CIA. Le genre de nana qu’il vaut mieux ne pas trop chatouiller… Plus vive que James Bond, plus intrépide que Jason Bourne, plus increvable que Rambo, plus débrouillarde que MacGyver, plus endurante que Lara Croft (ben oui, il faut quand même citer une fille…)
Elle est assez incroyable cette femme-là, capable de courir comme une gazelle avec une balle dans la jambe, de sauter sur les toits de camions lancés à vive allure sur l’autoroute – quelle drôle d’idée ! – de maîtriser d’une pichenette des gardes du corps d’élite, membres des services secrets ou de la NSA… Et si on la lâche au beau milieu de l’océan, elle s’en sort sans problème. Elle peut nager pendant des kilomètres sans s’arrêter, sans risquer de souffrir d’hypothermie ou de se faire croquer par les requins… Pour un peu, elle marcherait sur l’eau…
Et le plus fort, c’est qu’elle s’en sort toujours sans une égratignure, que malgré tout ce qu’elle subit, elle conserve un look absolument nickel. Un accident de voiture alors qu’elle n’avait pas attaché sa ceinture ? Pas de problème, elle sort du véhicule parfaitement pimpante, sans un bleu, sans la moindre douleur, vêtements pas du tout froissés et brushing impeccable…

Salt - 2

Sinon, elle sait comment fabriquer un bazooka avec un bout de tuyau et un extincteur (MacGyver, on vous dit!), et si elle a envie de se reposer un peu, elle n’a pas besoin de recourir à la violence pour arriver à ses fins. Un coup de regard humide de biche aux abois, une moue avec sa bouche de mérou siliconée et cela suffit pour mettre KO n’importe quel agent de la CIA, du KGB ou d’ailleurs…
Ah ça, elle ne rigole pas, Evelyn Salt !

Le spectateur, en revanche, ricanera du ridicule (assumé ?) d’un script assez incohérent, tentant vainement de s’appuyer sur des twists successifs, des rebondissements complètements tordus, afin de masquer l’indigence de l’intrigue…
En gros, tout commence quand l’agent Salt est accusée par un transfuge russe d’être un agent du KGB infiltrée dans les services secrets américains et ayant pour mission de tuer le président russe, en visite officielle chez l’oncle Sam…
Plutôt que de se disculper en répondant aux questions de la sécurité nationale, elle préfère s’enfuir, obsédée par la protection de son entomologiste de mari. Ben oui, parce que la super-espionne est amoureuse. C’est-y pas mignon, ça ?
Pour ne pas être en reste, son délateur s’enfuit lui aussi… Pourquoi pas, mais c’est curieux… Le gars a fait tout ce chemin pour être mis sous protection de la CIA, et il renonce dans la dernière ligne droite…
S’ensuit une looongue et spectaculaire course-poursuite dont dépend l’avenir de la planète, rien que ça…

Salt - 6

Rassurez-vous, nous n’allons pas éventer les quelques coups de théâtre qui émaillent ce récit, afin de respecter ceux qui auront malgré tout l’envie de voir ce petit nanar. Disons juste qu’il s’agit d’une histoire d’agents doubles, voire triples ou quadruples, qui se trahissent les uns les autres à un rythme stakhanoviste.
Ah, ce ne sont pas les taupes qui manquent, dans Salt! C’est notre équipe de France de football qui va être contente, elle qui s’est ridiculisée en Afrique du Sud pour avoir tenté de trouver une taupe sur la pelouse plutôt que de taper dans le ballon… C’est bon, ils peuvent arrêter de chercher…

Passé le premier twist, on sait qu’on est dans le grand n’importe quoi et du coup, on peut aisément prévoir les autres rebondissements (pourtant absurdes) qui vont jalonner le scénario… Du coup, on s’ennuie un peu jusqu’au dénouement, et toute cette action ininterrompue, plus fatigante qu’autre chose, n’arrange rien…

Cela dit, on peut toujours passer le temps en essayant de résoudre le principal mystère du film : comment des producteurs ont-ils pu accepter, au XXIème siècle, de financer la réalisation d’un script aussi rance, tout droit issu des années 1980, avant la chute du Mur de Berlin ?
Il faudrait peut-être dire au scénariste que la guerre froide est finie depuis une vingtaine d’années maintenant, et qu’il n’est plus vraiment “tendance” de faire des russes les grands méchants de l’intrigue…
Enfin… Nos lecteurs russes (oui, nous en avons !) seront ravis d’apprendre qu’ils habitent un pays peuplé d’illuminés prompts à déclencher l’apocalypse nucléaire, un nid d’espions rouges, un repaire d’infâmes cocos préparant l’invasion du phare de la civilisation occidentale : la glorieuse Amérique…
Mais ils se sentiront moins seuls quand ils sauront que le scénario stigmatise aussi les nord-coréens (encore des vilains cocos, sadiques et imprévisibles) et le monde arabo-musulman (qui, c’est bien connu, cherche à rayer de la carte les Etats-Unis…)
Brrr… Ca fait peur !

Salt - 3

Oui, ça fait peur, l’indigence de ce scénario, tout comme les clichés haineux qu’il véhicule… Il faut dire qu’il n’y avait pas grand chose à espérer de Kurt Wimmer, déjà coupable des scénarios de Sphere, Ultraviolet et du nauséabond Que justice soit faite, pas encore sorti en France (euh… on n’est pas pressés !)…

Inutile de perdre encore du temps à disserter davantage sur ce nanar totalement idiot – les 1h40 de temps précieux perdu à assister à cette projection sont bien suffisantes. Salt ne contentera guère que les nostalgiques de la guerre froide, les fans absolus d’Angelina Jolie ou les amateurs d’action bourrine et décérébrée.
Après, dans le même registre, on vous conseille plutôt The Expendables, au scénario aussi désespérément mince, mais qui assume totalement son côté série B et joue d’un second degré dont le film de Phillip Noyce semble dépourvu…
Salt, c’est tout ce que l’on déteste dans le cinéma d’action américain : une trame basique dont l’intrigue est écrite sur un post-it, un patriotisme exacerbé – et les relents de xénophobie qui vont avec – et de l’action épuisante, menée sans temps morts ni surprises… Saleté de film !

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Salt affiche
Salt
Salt

Réalisateur : Phillip Noyce
Avec : Angelina Jolie, Chiwetel Ejiofor, Liev Schreiber, Daniel Olbrychski, August Diehl
Origine : Etats-Unis
Genre : grand n’importe quoi
Durée : 1h41
Date de sortie France : 25/08/201
Note pour ce film :

contrepoint critique chez :  Le Monde

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