Photo©Ange Mozziconacci (archives)...Brunetti, de sa fenêtre, flirtait avec le printemps. Car il était là, juste de l'autre côté du canal, trahi par les bourgeons qui crevaient la terre. Au cours des derniers jours - alors que cela faisait des années qu'il n'avait jamais vu quiconque travailler dans ce jardin -, quelqu'un avait dû retourner la terre, même s'il ne s'en apercevait que maintenant. De minuscules fleurs blanches pointaient entre les jeunes herbes et s'apprêtaient, impavides, à se hisser au-dessus du sol ameubli ; il y en avait des jaunes et des roses, mais il n'arrivait pas à se rappeler leur nom.Il ouvrit la fenêtre et sentit l'air frais s'engouffrer dans son bureau surchauffé, apportant avec lui un parfum de jeunes pousses, ou de sève, ou d'il ne savait quoi, mais quelque chose qui provoquait une fièvre printannière et réveillait le besoin atavique de chercher le bonheur.(Requiem pour une cité de verre, chap.1)
