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La France a-t-elle peur des comédies américaines?

Par Geouf

La France a-t-elle peur des comédies américaines?Depuis près de deux décennies, un phénomène étrange se produit dans le monde du cinéma. Des acteurs comiques ultra connus aux Etats-Unis, dont chaque film engrange plusieurs millions de dollars de recettes, sont totalement ignorés en France. Leurs films sont distribués en catimini (quand ils le sont), bazardés rapidement dans quelques dizaines de salles sans aucune publicité, alors qu’ils ont fait des cartons publics et critiques dans leur pays d’origine. A côté de cela, un nombre incalculable de comédies franchouillardes ringardes trouvent sans peine un distributeur dans l’hexagone et sont présentes dans des centaines de salles. Ce phénomène relativement méconnu dans les années 90 a fini par faire surface depuis quelques années grâce à l’apparition d’internet, qui a permis à des hordes de cinéphiles de découvrir tous ces excellents films. Nombreux sont ceux qui se sont alors posé la question de savoir pourquoi tous ces films ne parviennent pas jusqu’à nous ou sont tellement dépréciés qu’il devient impossible de déclarer les aimer sans être regardé d’un air condescendant. En clair, y a-t-il une cabale anti comédies américaines en France ?

Comment en effet expliquer que des acteurs comme Will Ferrell ou Adam Sandler, véritables génies comiques célébrés aux USA, soient quasi inconnus en France ? Que personne ou presque ne connaisse le nom de Judd Apatow, producteur, scénariste, et même réalisateur de quelques-unes des meilleures comédies de ces dernières années ? Non pas que le public français soit réticent à voir ces films ou réfractaire à l’humour américain, il suffit de voir le carton récent de Very Bad Trip pour s’en convaincre. Autre exemple, Jim Carrey a très bien réussi à s’imposer dans l’hexagone et même ses plus mauvais films (Bruce tout Puissant par exemple) rameutent les foules ici aussi. Non, on dirait plutôt que le manque de succès de beaucoup de films soit presque dû à une mauvaise volonté des propriétaires de salles, voire des distributeurs de ces films, qui semblent tout faire pour saborder leur carrière en France.

On dirait en effet que les personnes charges de la communication autour de ces films font tout pour éviter de donner envie au public d’aller les découvrir. De toute évidence tout d’abord, pour ces géniales personnes du marketing, « comédie américaine » est équivalent à « humour gras et débile », donc à réserver aux ados attardés. Nul besoin dans ce cas de s’embarrasser à proposer un doublage correct de ces films, ou même de faire l’effort de les présenter en version originale sous-titrée (alors que beaucoup d’entre eux sont bases sur le génie de l’improvisation de leurs vedettes). On colle donc des voix débiles à tous les personnages pour accentuer le côté gras de la chose (honnêtement, qui a réussi une seule fois à regarder Austin Powers 2 jusqu’au bout en VF ?), voire on change de doubleurs entre deux épisodes d’une série de films (les Austin Powers encore une fois). On accentue la vulgarité des situations rien que par le doublage (Superbad, et surtout Sex and the City qui devient en VF une série d’une vulgarité hallucinante, totalement insupportable).

Etape suivante, on colle au film une affiche hideuse (Mallrats, Méprises multiples), quitte à modifier l’affiche originale pour la rendre moche (voir le traitement hallucinant de l’affiche de Disjoncté ci dessous), et surtout un titre racoleur au possible qui généralement n’a rien à voir avec le titre original (Dodgeball devient Même pas mal, Pineapple Express se transforme en Délire Express, et cerise sur le gâteau, You don’t mess with the Zohan se change magiquement en Rien que pour vos Cheveux !) ou qui laisse penser que tous les Américains, et par extension les spectateurs de ces films sont des obsédés (Eurotrip changé en Sex Trip, Cruel Intentions en Sexe Intention, Role Models en Mission 95C…). Dernières victimes en date, les excellents Get him to the Greek et The Hangover, qui deviennent par la magie du marketing American Trip et Very Bad Trip dans l’Hexagone. Des titres ringards et racoleurs qui rappellent douloureusement au choix les comédies polissonnes de Max Pecas (On se calme et on boit frais a Saint Tropez), les délires potaches des Charlot et d’Aldo Maccione, voire le temps heureusement revolu de la sinoxploitation. Sauf que Will Ferrell n’est pas Aldo Maccione, le comique américain possède lui un vrai génie de l’impro et un sens de la comédie inné.

La France a-t-elle peur des comédies américaines?

La France a-t-elle peur des comédies américaines?
N’oublions pas non plus les accroches sur les affiches, qui tentent de faire passer le message clairement sur la prétendue qualité du film : « On veut du cul ! » (Supergrave), « Un vrai film de boules ! » (Dodgeball), «Après avoir défendu les bijoux de la couronne, il se bat pour les bijoux de famille ! » (Austin Powers 2). A croire que les équipes marketing sont persuadées que toutes les comédies américaines sont des décalques d’American Pie… Et au cas où quelqu’un décide tout de même qu’il a envie d’aller voir ces films, on lui rend la tâche la plus ardue possible en restreignant au maximum le nombre de salles (Step Brothers, Dodgeball), en retardant ad vitam la sortie du film (Zack and Miri make a Porno, finalement sorti directement en DVD deux ans après sa sortie américaine et britannique) avant de le balancer confidentiellement en plein mois d’aout (Anchorman, Talladega Nights), ou de  finalement décider de le sortir directement en DVD à la sauvette (Sex Drive, Eurotrip). Mais même lors de la sortie en DVD, il convient bien évidemment d’empêcher le bon spectateur français de poser ses yeux sur ces films démoniaques. On change donc le titre et l’affiche (Role Models, titré Les Grands Frères pour sa sortie ciné, est ensuite devenu Mission 95C pour sa sortie DVD, avec une jaquette immonde de sous American Pie totalement non représentative du film, de quoi décourager tout acheteur potentiel), voire on regroupe toutes ces comédies dans une collection au nom suffisamment évocateur pour foutre la honte à toute personne se présentant à la caisse de la FNAC avec un de ces films (King of Stupid Comedies, avec son site internet annonçant fièrement « Le site du meilleur des comédies US déjantées, régressives, débiles… mais tellement bonnes ! », et qui pourtant renferme quelques perles comme Bad Santa ou Superbad…)

Bref, on en vient rapidement à se demander si les distributeurs de ces films ont vraiment envie qu’ils rapportent de l’argent sur le territoire français. Peut-être est-ce un bon moyen pour le cinéma français d’éviter que le public ne se rende compte que certaines comédies américaines sont de bien meilleures qualités que les daubes nationales (on exclut bien entendu du panier les étrons commis par le duo Jason Friedberg – Aaron Seltzer). Pour éviter que les gens ne s’aperçoivent qu’un Talladega Nights ou un You don’t mess with the Zohan, au delà de leur humour apparemment lourdingue, sont des films analysant brillamment les errements d’une Amérique gangrenée par la beaufitude et le racisme ordinaire. Quand verra-t-on en France une comédie vraiment drôle s’attaquer frontalement à de tels sujets ? Non, nous on préfère célébrer Bienvenue chez les Ch’tis ou Asterix aux Jeux Olympiques… Aura-t-on un jour des comédies françaises s’intéressant à des gens ordinaires confrontes à la paternité (Knocked up) plutôt qu’à des bobos parisiens ? Ou à des jeunes réalistes (Superbad) et pas des stéréotypes comme dans LOL (ok, dans ce cas-là on a eu l’excellent Les Beaux Gosses, mais c’est malheureusement une initiative bien trop isolée) ?  On peut toujours rêver…

La France a-t-elle peur des comédies américaines?

En attendant, l’amateur de bonnes comédies américaines n’a pas d’autre choix que de ravaler son honneur et de demander un ticket pour Rien que pour vos Cheveux, passer en caisse avec un DVD marqué en gros « King of stupid Comedies » ou passer dans l’illégalité pour découvrir certains films. Vive la France !

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