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“Happy Few” : tristes fous

Par Kub3

Happy Few est sorti sur les écrans il y a quelques jours et démontre que le cinéma français, sans vraiment réussir à s’éloigner de ses clichés et de ses faiblesses, peut raconter des choses fortes et marquantes. On laissera aux énervés le soin de savoir si le film est bobo auteuriste ou pas ; franchement on s’en moque. Happy Few arrive à nous captiver et à nous entraîner bien plus loin que le pitch de base le laisse le supposer.


A priori, le nouveau film de Anthony Cordier, après Douches Froides, n’est pas un film sur l’échangisme. Bien évidemment la permutation des couples est au centre du conflit. Marina Foïs et Roschdy Zem d’un côté, Élodie Bouchez et Nicolas Duvauchelle de l’autre : ce sont quasiment les seuls personnages du film. Les autres passent, vaguement invisibles, malheureusement selon les besoins de la dramaturgie. Les premières minutes sont douloureuses pourtant, à cause de nos à priori à la con. Foïs bosse dans un atelier de bijoux et drague Duvauchelle. De leur première rencontre naît une amitié entre les deux couples puis les mains glissent, les doigts s’écartent et les langues s’enlacent.

La machine lancée, Anthony Cordier maîtrise à la perfection son rythme. Il y a quelque chose de truffaldien dans le jeune cinéma de Cordier, cette manière de se détacher brusquement de son point de vue omniscient pour donner la parole à ses personnages, le temps d’une scène ou d’une séquence. La caméra se rapproche, s’éloigne, tremble un peu, semble voir pour la première fois les évènements qui se déroulent sous ses yeux et les nôtres. On assiste à la lente descente aux Enfers de cette passion difficile à gérer et à vivre.

Car Happy Few est un film sur la passion. Celle qui détruit au lieu de créer, qui brise, qui fait mal. Si le sexe - le cul ? - est très présent, ce sont toutes les conséquences de l’échange qui sont mises en arrière-plan, avec pudeur. Le quatuor va passer un week-end à la campagne, laissant leurs enfants à une nounou. Les enfants sont tristes et les parents les oublient instantanément. C’est là que le film prend la bonne ampleur, la bonne puissance et réussit à toucher.

Difficile de ne pas parler des comédiens. Les quatre sont parfaits dans leurs personnages respectifs, les dialogues sont impeccables et le film n’évite pas de faire rire ou de faire peur aux bons moments. La coda finale, bien qu’un peu longuette, fait écho au cinéma de Truffaut ou celui de Rohmer, quelque chose de très vrai mais de très poétique. Cordier se raccroche aux petits riens qui font les couples et qui transforment petit à petit la passion en un amour véritable .

De par ses acteurs parfaits, son rythme, sa technique et sa poésie, Happy Few est plus qu’un drame français bobo auteuriste onaniste. Rayez les mentions inutiles, allez-y juste avec l’envie de voir l’énergie destructrice se créer de la passion sous l’œil d’un jeune grand dont nous attendons le troisième film avec impatience.

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Happy Few
Sortie le 22 septembre 2010

Photo : © Le Pacte


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