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SUEURS FROIDES d'Alfred HITCHCOCK

Par Abarguillet

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

Sueurs froides ( Vertigo ) est tiré d'un roman de Boileau et Narcejac qui s'intitule " D'entre les morts " et fut écrit pour que Hitchcock puisse en tirer un film. Et quel film ! L'un de ceux que je préfère de lui, un film qui mérite l'attention à plus d'un titre. Il y a dans cette histoire deux parties. La première va jusqu'à la mort de Madeleine, sa chute depuis le haut d'un clocher ; la seconde commence lorsque le héros rencontre une jeune femme rousse nommée Judy.

En effet, Scottie, ancien inspecteur limogé par la police à cause de sa tendance au vertige, avait été contacté par l'un de ses anciens amis Gavin Elster, afin de surveiller sa très belle jeune femme Madeleine, qui semblait avoir une fâcheuse propension au suicide. Or, un jour, en présence de Scottie, Madeleine se laisse choir dans un lac. Scottie la sauve de justesse et la ramène chez lui. Mais Madeleine va s'empresser de l'entraîner ailleurs, dans un monastère espagnol où, sous les yeux horrifiés d'un Scottie paralysé par le vertige, elle se jette dans le vide. Culpabilisé par l'impuissance qui fut la sienne à venir au secours de Madeleine, l'ancien inspecteur est hospitalié en proie à une dépression nerveuse.
A sa sortie, il rencontre une jeune femme qui ressemble étrangement à Madeleine et se nomme Judy. Judy cache à Scottie la vérité : elle était non la femme mais la maîtresse de Gavin Elster, qui a profité de sa ressemblance avec son épouse Madeleine. Elster a étranglé sa femme et l'a jetée du haut du clocher. Les amants avaient monté cette atroce machination pour faire disparaître l'encombrante épouse, spéculant sur l'infirmité de Scottie qui l'empêcherait de suivre Madeleine jusqu'en haut du clocher. Scottie, qui ignore tout encore, demande à Judy de reprendre l'apparence de Madeleine. Puis il se rend avec elle à la mission espagnole, monte dans le clocher et la supplie alors de lui dire la vérité. Acculée, Judy raconte tout en détails, mais effrayée par la soudaine apparition d'une religieuse, tombe dans le vide...


Kim Novak et James Stewart. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

Le film décrit ainsi les fantasmes d'un homme amoureux qui tente de recréer désespérément la femme pure qu'il a aimée. C'est la situation fondamentale du film. Les efforts de Scottie tournent autour de cette créature Judy qu'il fait teindre en blonde, habille, coiffe, maquille, de façon à ce qu'elle soit la réplique parfaite de Madeleine, faisant d'une femme vivante - qui est d'ailleurs une seule et même femme - un être imaginaire.
D'autre part, le suspense est en quelque sorte inversé. Alors que le public sait que Judy est bien Madeleine, le héros ne le sait pas encore et l'intrigue s'articule ainsi : comment réagira Scottie lorsqu'il découvrira que Judy lui a menti ? S'ajoute à cela un intérêt supplémentaire : la résistance de Judy à redevenir Madeleine, c'est-à-dire cette malheureuse épouse qu'elle et son amant se sont employés à tuer. A côté du machiavélisme de Judy, Scottie est d'une totale sincérité. Il s'est épris progressivement de cette femme, qu'il était chargé de suivre dans les rues, les parcs, les cimetières, qu'il a sauvé de la noyade et dont il est devenu éperdument amoureux. Tout cet aspect érotique du film est passionnant. Il y a une scène, vers le début, après que Scottie ait repêché Madeleine. On la retrouve chez l'inspecteur, couchée et nue dans son lit. Alors seulement elle revient à elle et cela nous prouve qu'il l'a déshabillée, qu'il l'a vue nue, sans que rien n'en fasse état dans le dialogue. Le reste de la scène est superbe, lorsque Madeleine circule dans le peignoir de Scottie et que l'on voit ses pieds nus courir sur la moquette. Il y a  dans Sueurs froides une certaine lenteur, un rythme contemplatif qu'on ne trouve pas dans les autres films d'Hitchcock, souvent construits sur un rythme rapide, fulgurant.


Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

Sueurs froides avait été conçu pour Vera Miles, une actrice que le metteur en scène affectionnait particulièrement et avec laquelle il avait réalisé Le faux coupable en 1957, mais celle-ci tomba enceinte et Hitchcock porta son dévolu sur Kim Novak qui avait remporté un immense succès avec Picnic de Joshua Logan. Il apparut très vite que leur entente traversait des turbulences, la jeune femme ayant sur son personnage des idées qui n'étaient pas celles de son metteur en scène. Les échanges furent tendus ; cependant, Kim Novak a exécuté une véritable performance d'actrice dans le double rôle de Madeleine et de Judy. Autant elle est mystérieuse, évanescente dans l'un, autant elle est charnelle, presque vulgaire dans l'autre. Cette femme manipulatrice qui, pour arriver à ses fins, se laisse volontairement manipuler par un Pygmalion transi d'amour, est un personnage féminin fascinant et l'un des plus forts que nous ait proposé le cinéma hitchcockien.
Quant à James Stewart, le film n'aurait pas ce romantisme sans sa présence d'homme obsédé, épris d'une femme fictive. On sait qu'il était avec Cary Grant, l'acteur préféré d'Hitchcock, avec lequel il a souvent travaillé. Le metteur en scène avait l'habileté de savoir les utiliser à bon escient, au mieux de leurs talents respectifs. Quand j'ai Cary Grant, disait -il, il y a davantage d'humour ; quand j'ai James Stewart, davantage d'émotion. C'est bien le cas dans SUEURS FROIDESPour notre plus grand plaisir.

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James Stewart et Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

 

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