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L'amour a des atours dangereux

Par Tred @limpossibleblog
L'amour a des atours dangereuxDécidément en ce moment, malgré quelques jours de vacances, je cours après les films avant qu’il ne soit difficile de les voir. Ce qui est bien lorsque l’on attrape un film alors que sa fin de parcours se ressent dans son exploitation, c’est que se profile ainsi l’occasion d’aller explorer des salles qui sortent de nos habitudes. En laissant filer les semaines avant que je n’aille enfin le voir, Amore s’est ainsi offert à moi dans un petit cinéma de quartier peu fréquenté de Paris, le Saint Lazare Pasquier. Le Saint Lazare Pasquier m’a longtemps été inconnu, jusqu’à l’été 2009 précisément lorsque j’y avais vu (alors que le film ne passait plus que là !) Une arnaque presque parfaite de Rian Johnson.
Moi qui aime découvrir de nouvelles salles, j’aurais été bien déçu qu’Amore soit projeté dans la même petite salle 3 dans laquelle j’avais déjà pénétré. Ouf de soulagement lorsque le caissier, dont la petite cahute donne directement dans le froid de la rue, m’annonçai que le film passait en salle 2. Une belle petite surprise que cette salle 2, à la hauteur du caractère joliment désuet (au sens charmant et non péjoratif du terme) du cinéma. Certes une travée centrale la déchire malheureusement (très récemment encore je faisais part de l’aberration de ces travées centrales), mais c’est bien le seul point négatif que je peux trouver à cette salle de belle taille (il doit bien y avoir 120 ou 130 places), profonde, avec certes des sièges un peu bas à la Gaumont mais sommes toutes confortables. En outre, de beaux lustres ornent le plafond, à l’ancienne, ainsi qu’un rideau qui (dommage) était déjà ouvert avant le début du film.
Une belle salle rétro et confortable en plein cœur de Paris, quoi de mieux pour voir ce drôle de film qu’est Amore ? Au lieu de drôle, je pourrais dire étrange. Non, le film n’est ni comique ni surnaturel. C’est… comment le décrire… une saga familiale, ou un drame bourgeois. Les étiquettes sont ennuyeuses. Le film de Luca Guadagnino s’intéresse à une riche famille milanaise, les Recchi, membres de la haute bourgeoisie italienne depuis quelques générations maintenant. Le film s’ouvre sur une longue soirée d’anniversaire, celle du grand-père, le patriarche de la famille, créateur de sa fortune grâce à son entreprise familiale devenue au fil des ans acteur global de son secteur (le tissu). Il y a là sa femme (campée par Marisa Berenson), son fils et sa belle-fille, gardiens de l’immense demeure, les petits enfants qui sont de jeunes adultes. Et bien sûr le personnel, dont Ida qui fait presque partie intégrante de la famille. C’est le destin de tous ces personnages qui va se dérouler sous nos yeux quelques mois plus tard, après le décès du grand-père et le changement de rapports de forces au sein de la famille.
L'amour a des atours dangereuxL’un des petits-fils prend des responsabilités au sein de l’entreprise, la petite-fille sort du placard, la grand-mère joue sa diva. Et il y a la mère magnifiquement incarnée par l’écossaise Tilda Swinton. D’origine russe, elle tient à merveille son rôle de bourgeoise jusqu’à ce qu’elle s’amourache d’un ami de son fils (l’actrice maîtrise bien la langue de Nanni Moretti)… Il y a bien là tous les éléments d’une grande tragédie familiale… et pourtant Amore offre un visage surprenant. Guadagnino choisit une approche inattendue, inventive et forte dans sa mise en scène, pour nous sortir de la zone de confort du genre qu’il aborde. Sous des abords de classicisme prestigieux qui renvoie parfois aux glorieuses heures du cinéma italien, le réalisateur transalpin donne des contours dangereux à son récit. Il plaque une sensation constante de suspense, une atmosphère indéfinissable dont le pouls bat à cent à l’heure. Guadagnino filme son drame familial comme s’il s’agissait d’un thriller. Le soin qu’il apporte aux détails, sa caméra insistant sur des gestes qui paraitraient futiles sous l’œil d’un autre cinéaste, impriment un sentiment de malaise constant. La sensation haletante qu’à chaque instant, quelque chose peut se passer et changer le cours du film. C’est une menace sourde, pesante, presque inquiétante.
Pourtant les atours sont ceux du luxe, du calme et de la volupté. La minutie est de mise, densifiant incroyablement l’intrigue, les personnages, les enjeux. On attend l’explosion. Elle ne déçoit pas, à l’image du film, un signe que le cinéma italien peut être à la fois classieux et vivifiant.


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