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Lundi 1er septembre

Publié le 01 septembre 2008 par Menear
Introduction (ajoutée le 2 septembre 2008) :
La partie "boulot" du Journal cette année sera traitée à part. Je choisis d'y coller un filtre post-apoclyptique qui viendra déformer mes compte-rendus au jour le jour. Les évènements décrits seront pourtant toujours vrais (en partant du principe que ça veuille dire quelque chose), mais altérés, déformés par ce filtre. C'est un outil de mise en fiction permanente que je tente de mettre en place. On parle de science-fiction dans les commentaires, c'en est, en quelque sorte.

Premier jour.
Là-bas il n'y a pas de nom ni de visage, il n'y en a plus besoin, ce n'est plus indispensable, ce n'est plus le moment, ce n'est plus l'époque.
Ils ne nous ont pas fait visiter les bâtiments. D'après ce que j'ai pu en voir d'un long couloir à l'autre, ça s'étend sur deux, peut-être trois, bâtiments. Ils ont dit bienvenue pour les nouveaux et bonjour pour les autres. Nous nous sommes installés dans le bureau qu'ils nous ont alloué et nous avons rempli ensemble les papiers administratifs indispensables pour. J'ai écrit mon nom entre les cases, je n'ai pas tout rempli. Ils nous ont apporté un semblant de petit-déjeuner sur un plateau à faire passer entre nous. Je n'ai rien mangé ni bu car c'était déjà fait. Ils nous ont photographié un par un sur fond sale et puis nous les avons suivi pour la première réunion du jour.
Le directeur a pris la parole et il a dit : je ferai bref, ça ne durera pas deux heures. Ça a duré pourtant. Il parle dans le vide de la grande salle carrée où ils nous ont mis. Ils applaudissent toutes les tant de minutes alors nous suivons. Je n'ai pas écouté tout ce qu'il avait à dire. Il dit qu'il est nouveau ici et je comprends qu'il n'est pas à l'aise quand je dissèque simplement les mots qu'il utilise et comment il les utilise. Il ne finit pas ses phrases, il digresse beaucoup. Il masque son manque de mesures et de poigne par des anecdotes qu'il étale de digression en digression, des anecdotes où il se met en scène, silhouette juste et forte de ses propres fantasmes. Parfois il va plus loin et confesse des errements que sa hiérarchie officiellement n'approuverait pas. Il parle d'élitisme, de gestion, d'excellence, de théorie géographique, de fortune diverse et de fortune certaine, d'argent. Pour être ici, il faut en avoir. Il nous abreuve de sigles qu'il invente comme il parle. Il parle du matériau humain sur et contre lequel nous nous apprêtons à travailler.
Ils nous donnent notre emploi du temps lors d'une seconde réunion, celle qui ne concerne que l'équipe. Nous sommes entre dix et quinze et d'autres inconnus doivent nous rejoindre encore d'ici vendredi. Je ne connais pas les autres, ils ne se connaissent pas non plus, nous nous croisons sans nous voir, nous apprenons à ne pas nous parler.
Sur ma feuille (emploi du temps) je vois la grille qu'ils ont élaborée sans nous consulter, encore chaude, aux dents marquées par l'imprimerie. Je ne travaille pas le mardi ni le mercredi. Le reste de mes horaires est aléatoire. Ils ne nous ont pas dit exactement ce qu'ils attendaient de nous.
Lors de cette seconde réunion, le directeur nous prévient que nous serons durement surveillé pour parer à la moindre dérive :
que le moindre regroupement est interdit.
que chaque bâtiment est vidéo-surveillée vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
que la moindre faute est une faute grave.
Le docteur explique que lorsque nous aurons affaire à eux, il pourra arriver qu'ils se confient. Parce que vous êtes jeunes, parce que vous assurer l'intermédiaire entre nous (ils) et eux. Le docteur exige que nous leur (ils) rapportions chaque parole qu'ils (eux) pourrons nous confier. Le docteur nous explique comment scrupuleusement remplir le fichier mis en place par l'aide medico-psychologique pour chacune de ces confidences. L'un d'entre eux (ils) explique que les premières semaines seront cruciales. Après, dit-il, ils (eux) comprendront et ne vous confieront plus rien. Meilleurs vous serez, plus longtemps vous les maintiendrez en illusion.
La réunion est ajournée. Le café est gratuit jusqu'à seize heures. L'équipe se regroupe au bureau. Nous installons une plante et déplaçons des fauteuils manchots. Les courants d'air froid traversent les failles des murs écaillés. Il neige d'un côté de la baie vitrée mais pas de l'autre.
Je paye pour obtenir mon passe. C'est une clé niveau deux, la rouille entre les dents. Je sors par le hall puis l'entrée principale. J'appuie sur un bouton pour que la sécurité déverrouille le portail depuis l'envers de son bunker. L'asphalte au sol crève à l'horizontal comme une traînée de poudre qui doucement s'épaissit.

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