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EDEN (Ville I, troisième jour)

Publié le 03 juin 2008 par Menear
Des passages à problème y en a toujours. Celui-là plus que les autres. Et dans la durée en plus. Depuis deux ans que ça dure et pas deux fois je l'ai écrit pareil. Je l'ai toujours modifié, je l'ai toujours transformé, bouleversé. Parce qu'il y a un truc qui cloche. Quoi, je sais pas encore. Mais ça bloque, ça bute, ça fait chier.
On est dans la première partie du truc (Ville I), on se situe à la fin du troisième jour. Dans les versions précédentes, c'était pas exactement le troisième jour. Des fois c'était le quatrième ou le cinquième. Des fois ça se passait plutôt ici et puis ensuite plutôt là (fac en vacances, Méliès en relâche, EDEN en friches). Ça bougeait, ça évoluait, c'était jamais fixe. A chaque réécriture, je me disais, tiens et si plutôt et puis je faisais encore autre chose et je déménageais tout une fois de trop. En pleine troisième (ou quatrième, je sais plus) réécriture, il faudrait peut-être arriver à un compromis. Se fixer une bonne fois pour toute. Je croyais y être parvenu mais nom de| qu'est-ce que c'est laborieux.
Le truc, c'est que le passage en question (Ville I, troisième jour) a d'abord trouvé son utilité pour raccorder deux passages entre eux. Autrement dit : meubler. Autrement dit : se-planter-comme-c'est-pas-permis. Pourtant au fil des réécritures, le passage en question est resté, a gagné en importance, si bien qu'il est aujourd'hui essentiel. Il ne s'agit plus de meubler. En première plongée, cela dit, j'ai l'impression de me faire avoir quand même.
Le truc (l'autre), c'est que le passage en question nécessitait également une série de renseignements formels que j'avais du mal à débusquer. Mon passage se déroule dans un squat. Il me fallait donc une ambiance, des impressions d'ensemble. Or jusque là, ma façon de faire était toujours la même : caser des évènements et des personnages fictifs dans des lieux réels. Là, inversement, patatra : assembler des conversations réelles dans un lieu fictif. Et je patauge. Et même avec les informations que m'a gentiment confiées Virginie il y a quelques mois, et même avec tout un tas de visites diverses sur tout un tas de réseaux internet sur la chose, je ne me sens toujours pas dans mon élément. Parce que la phase de repérages me fait défaut. Parce que je ne peux pas repérer quelque chose qui n'existe pas.
EDEN (Ville I, troisième jour)

Les astuces ne manquent pas. Je ne me prive pas de les utiliser d'ailleurs. J'ai opté pour une retranscription stroboscopique de la soirée. Parce que mon personnage-narrateur ne reçoit que quelques impressions fixes. Parce qu'il capte aléatoirement ce qui lui coule devant les yeux. Je me sers aussi du film La quatrième guerre mondiale vu avant-hier comme outil pour hacher le rythme (plus qu'il ne l'est déjà).
Avant hier je regarde le documentaire avec mon cahier bleu (anciennement vert) sous la main histoire de prendre des notes. Je traque les phrases clé, j'épluche les sous-titres. Pendant que les explosions pleuvent et que les corps s'entassent et que les récits miséreux glissent, moi je me penche sur ma page et j'écris ce que je viens d'entendre ou de lire
j'écris
- d'un côté, un système d'une rare violence et de l'autre, nous...
- leur guerre anéantit le langage
- occupation veut dire que chaque jour tu meures et le monde te regarde en silence
- en me promenant dans les rues de Séoul de nuit, même moi j'arrive presque à croire
- les rues sont pleines de fantômes
- nous luttons pour un nouveau monde
- nous sommes tous des clandestins
- l'autre c'est moi
- la mort des gens c'est toujours pareil : comme si personne n'était mort, rien
- nous refusons de nous rendre
- et les rues nous appartiennent
- c'est l'heure de la dignité
- marche et parle
- notre regard avance
- tu ne seras plus toi, maintenant tu es nous
content d'avoir enfin ce que je cherche et là Hugo se tourne vers moi et me dit Tu m'étonneras toujours, alors je tourne la tête, j'appuie sur la barre d'espace pour mettre le documentaire en pause et je lui dis, mon stylo encore entre les dents : pourquoi ?
Mais quelque chose manque encore et si le résultat actuel est résolument meilleur que n'importe laquelle des étapes précédentes ce n'est toujours pas ça.
Cette manière de buter de façon répétée sur les mêmes erreurs, sur les mêmes ratés, au fur et à mesure des réécritures, mine de rien, ça plombe. Parce que je sais que ce Ville I, troisième jour n'est qu'une des multiples étapes à franchir.
Parce que toute la deuxième partie est elle-même un passage à problème.
Parce que la fin de la troisième partie est hésitante.
Parce que la quatrième est encore neuve.
Parce que la cinquième est probablement encore susceptible de changer d'ici à ce que je la rattrape.
Parce que le troisième jet (bancal et chaotique) était tellement mauvais, qu'il faudra encore de nombreux efforts pour rectifier le tir.
J'ai mis deux ans à trouver l'équilibre idéal entre le poids de la narration et la personnalité de mon narrateur. J'ai mis trois réécritures différentes pour comprendre où je devais aller. Mais ces passages-à-problème sont toujours là. Il n'en serait probablement même pas question si j'avais à la base bâti un plan digne de ce nom. Je me console en me disant que je ne fais qu'apprendre et que la prochaine fois je ne me planterai pas.

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