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Guyotat #1

Publié le 21 avril 2008 par Menear
Masse suffocante et boucherie glaciale qui pourtant ouvre sur cette dernière « phrase » (parole plutôt) chargée d'un érotisme palpable (pressée entre le dernier point-virgule et les doubles slash). Impossible de comprendre où l'on est, qui est quoi ; la peau recouvre tout, et la merde, le sang, la sueur, le sperme par dessus. Et la sable par dessus encore. Et tout se dévoile par couches, chaotiques et saccadées.
les jumeaux, la merde graissant leurs fesses frottées, foulent le sable ; le nomade se baisse, visage bridé, saisit la jambe de l'adolescent, caresse les blessures, relève la jambe dénudée, souffle sur le talon ensanglanté, relâche la jambe, se place devant l'adolescent, jette sa longue main lisse entre les cuisses, écarte, du poing, le lambeau cache-sexe, empoigne l'amas sexuel embaumé, le rabat sur le ventre, ses ongles frôlent les membranes écorchées ; le berger lève sa cuisse écartée ; ses yeux roulent sous ses paupières vérolées ; Hamza dégrafe son short, rabat un pan sur sa cuisse, le nomade pose le pouce sur une médaille d'alphabétisation épinglée au revers du tissu ; Hamza la dégrafe, la lui met dans le poing ; le nomade l'agrafe au voile qui bride ses yeux ; il pousse le berger hors du camp ; Hamza, son jumeau, épaules jointes, s'accroupissent, boivent à longs traits au baquet, arrosent d'eau rouge leur corps tout entier avec le tuyau tenu au poing ; redressés, ruisselants, ils se jettent l'un contre l'autre, s'étreignent, tombent, se roulent dans le sable, s'appesantissent, écrasent l'un contre l'autre leur sexe tendu, se mordent au front, rampent, accolés, le sable recouvrant leurs épaules nuées, leur tête secouée dans le baiser : crâne, oreilles, gorge scarifiées, nuque marquée par les mailles du hamac ; les poings d'Hamza creusent le sable sous le ventre, s'enfoncent dans le short, comblé de sable, de son jumeau ; Assa sort de la chambrée, nu, recasqué ; ses pieds mauves broient le sable ardent ; le sable est accroché aux traînées de foutre sur ses cuisses, de merde sur le gras des fesses, derrière lui, se pressent tous les autres soldats, sexe dardé nu, dardé sous le short, dardé sous le slip ; ils lui tiennent le gras des fesses ; le nomade, le berger, pressés contre les chameaux, s'éloignent, courbés sous le vent, le nomade, sa médaille étincelant sur le voile entre ses deux yeux, vaporisant le crâne, les cuisses, les fesses, de l'adolescent, que le vent dénude à chaque rafale //
Pierre Guyotat, Éden, Éden, Éden, L'imaginaire, P. 96-97.

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