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L'air plus vieux

Publié le 21 octobre 2007 par Menear
Comme Victor s'est retrouvé sur Paris ces jours ci, il m'a appelé, on est allé boire un verre ensemble, ça faisait un certain temps que je ne l'avais pas vu (un, deux ans ? je ne sais plus). Victor est mon oncle, le frère de ma mère. Lui et moi, durant ma jeunesse, étions assez proche. Il m'a offert mon premier album de Rage Against the Machine. Ça n'a peut-être rien à voir, mais ça m'est subitement revenu.
On est allé boire un verre donc, à l'Alouette avant que ce soit trop plein mais après que les premières tables aient eu le temps de se remplir. Vraisemblablement, il venait de la Fnac, ou bien alors il se baladait juste avec un petit sac Fnac, je ne sais pas. Toujours est-il qu'à l'intérieur, il y avait un best-of des années soixante et je ne savais pas que Victor écoutait ce genre de musique. J'ai regardé quand il est allé aux toilettes. Peu importe.
Je disais donc que je ne l'avais pas vu depuis longtemps : il m'a donné quelques nouvelles de la famille, celle là même avec laquelle je n'ai plus guère de contact (ma mère, elle aussi, ne m'appelle plus, suite à une affaire que je raconterais peut-être un jour). Son fils rentre au lycée. Sa femme sera peut-être mutée, peut-être vont-ils quitter Bordeaux, ils ne savent pas encore. Dimanche dernier, c'est lui qui m'a appelé pour me demander si j'étais disponible. Je m'attendais donc à quelque chose, je ne sais pas, une nouvelle importante, une révélation, même une tentative détournée pour que je reprenne contact avec la maison mère mais non, rien, juste l'une de ces habituelles conversations pas réellement motivées par quoi que ce soit. Il ne m'a pas dit pourquoi il était à Paris cette semaine, pourquoi il ne travaillait pas, ne travaillait plus. Je ne lui ai pas demandé. J'ai pensé qu'il faisait une dépression, ou quelque chose comme ça, qu'il était en arrêt maladie. J'y ai pensé sur le chemin du retour, lorsque je suis remonté chez moi, mais c'était l'une de ces pensées subites sans fondement que l'on oublie instantanément sans trop de peine. Alors réellement, non, je ne sais pas, mais je pars du principe que s'il ne m'a rien dit, et bien, c'est qu'il n'avait pas envie d'en parler.
Il m'a dit qu'il était venu pour des affaires personnelles mais qu'il en profitait aussi pour aller voir quelques expos. Quelles expos, je lui ai demandé, mais il n'avait pas de nom en tête, ni de musée d'ailleurs. Je n'ai pas creusé la question.
C'est à ce moment là qu'AMF est arrivée, a mis les pieds dans le plat et lui a demandé s'il avait une maîtresse. Victor a rigolé, il a rougi, aussi, et puis il n'a pas pris la peine de répondre, peut-être parce qu'il pensait que ce n'était pas une vraie question (mais avec AMF toutes les questions sont des vraies questions). Il n'a pas répondu, donc. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il en ait une (de maîtresse), c'est ce que j'ai dit à AMF sur le chemin du retour. Mais il n'a pas non plus dit le contraire, elle a dit. Ce genre de petit jeu, ça peut durer longtemps.
Il faudrait, un jour, que je consacre quelques lignes à AMF, mais ça impliquerait que je raconte beaucoup de chose, le jour où je l'a rencontrée par exemple, et que je parle de mon boulot, aussi, ce que je ne suis pas disposé à faire pour l'instant, sans réel fondement d'ailleurs. AMF, c'est un peu la seule personne qui me donne envie de poursuivre cette vie grotesque, c'est ce qu'on peut dire pour résumer grossièrement. AMF, c'est aussi la seule personne que je ne sais pas par quel bout prendre. Et écrire sur elle, par conséquent, me poserait véritablement problème. C'est peut-être pour ça que je préfère fuir une occasion de le faire...
Bref.
On est resté quoi, là, tous les trois, à l'Alouette, à peine une heure, pas plus ? Mais j'ai trouvé Victor triste, amaigri aussi, l'air pas bien, l'air plus vieux. Difficile à dire ce que c'était ce truc qui le préoccupait. Et lorsqu'on s'est fait la bise, à la fin, qu'il est parti, qu'il s'est éloigné, j'ai failli lui dire : lui demander ce qui n'allait pas, lui demandait pourquoi il fallait absolument qu'on se voit. Et puis, je ne sais pas si c'était à cause de la présence d'AMF (pourquoi d'ailleurs ?) mais je n'ai rien dit, je me suis juste contenté de lui faire la bise et de lui dire à la prochaine, ce genre de conneries habituelles, et puis il est parti. Et nous aussi, on est rentrés, voilà. Et j'ai oublié de dire à AMF que c'était Victor qui m'avait offert mon premier disque de Rage Against the Machine. Comme si c'était important, hein...

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